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Présidentielle en Gambie: entre l’ombre de Yahya Jammeh et le cas Barrow

© AP Photo / Jerome DelayYahya Jammeh
Yahya Jammeh - Sputnik France, 1920, 03.12.2021
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De son exil de Malabo après sa disgrâce de janvier 2017, l’ex-Président Yahya Jammeh pourra mesurer son influence au terme de la première élection présidentielle à laquelle il sera absent depuis une trentaine d’années. Mais ce scrutin a l’air aussi d’un référendum pour son successeur Adama Barrow.
Pour la première fois depuis 1994, une élection présidentielle se tient en Gambie sans la participation de l’ex-Président Yahya Jammeh. Le scrutin, à un seul tour, a lieu ce 4 décembre avec la participation de six candidats, dont deux présumés favoris. Le Président sortant Adama Barrow, chef du Parti national du peuple (NPP) est en quête d’un second mandat après quatre ans de pouvoir. Son adversaire désigné est Ousainou Darboe, chef historique du Parti démocratique unifié (UDP) et de l’opposition, qui aspire à goûter enfin au pouvoir suprême après plusieurs tentatives infructueuses contre Jammeh.
"Cette élection présidentielle est d’une importance capitale pour la Gambie. Les Gambiens et les Gambiennes n’ont plus peur de voter et ne se cachent plus pour exprimer leurs choix politiques entre diverses personnalités. C’est le moment pour tous de mesurer à quel point ils tiennent à cette démocratie en balbutiements dans notre pays et ce qu’ils attendent de la classe politique pour les quatre prochaines années", analyse Muhammed Bah, président de la Gambia Press Union (GPU), l’association nationale qui regroupe les journalistes gambiens, interrogé par Sputnik.
Yahya Jammeh au bord de la Wele à Mongomo - Sputnik France, 1920, 20.10.2021
Gambie: l’étrange jeu d’alliance entre l’ex-Président Jammeh et son successeur Barrow
Installé au pouvoir en janvier 2017 par les forces armées de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) après le refus de l’ex-chef d’État Yahya Jammeh de reconnaître sa défaite à la présidentielle de décembre 2016, Adama Barrow est considéré comme le favori du scrutin. Mais au dernier virage d’une campagne électorale qui, de fait, a duré plusieurs mois, il a perdu le soutien de son prédécesseur dont l’ombre plane sur le scrutin.
"De son exil de Guinée équatoriale, Yahya Jammeh a conservé une véritable influence dans l’opinion publique gambienne. Il dispose encore et toujours de nombreux et puissants soutiens. Il parle beaucoup à ses partisans à travers des plateformes sur les réseaux sociaux comme il le ferait à des meetings en plein air. Et son discours politique centré sur les questions ethniques est dangereux et fragilise davantage la Gambie", déplore le président de la Gambia Press Union.
Après des brouilles et un deal manqué avec le Président Adama Barrow, Yahya Jammeh a activé la machine des représailles en ordonnant à ses partisans de soutenir un autre candidat, Mammah Kandeh, chef du Congrès démocratique de la Gambie (GDC). Une injonction rejetée par une frange de son parti, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), qui a rejoint les rangs du Président sortant.
"Les électeurs sont très attentifs à toutes sortes de combinaisons entre candidats. Je puis vous dire qu’une très forte participation populaire est attendue de leur part. Les gens de la diaspora gambienne sont, eux aussi, déterminés à jouer leur rôle par une grande mobilisation. Les femmes, les jeunes, tous mesurent l’intérêt politique de cette élection présidentielle", indique Muhammed Bah.
Selon les organisations de la société civile, la présidentielle du 4 décembre est en partie un référendum pour ou contre le Président Adama Barrow accusé d’avoir trahi plusieurs de ses engagements solennels, dont la limitation des mandats présidentiels à deux et l’instauration d’un scrutin à deux tours. Même si des progrès substantiels ont été notés dans la gouvernance en place depuis janvier 2017, des soupçons existent contre des candidats comme Barrow auxquels il est reproché de vouloir fermer les yeux sur les conclusions du Rapport de la "Commission vérité, réconciliation et réparations" (TRRC) relatives aux violations des droits humains sous l’ancien régime.
"C’est là un enjeu majeur aux yeux des victimes et de beaucoup de Gambiens: que les hommes politiques s’engagent pour sa mise en œuvre judiciaire effective, globale et sans parti pris […] D’où l’intérêt que [le Rapport, ndlr] soit pris en charge [par les candidats déclarés, ndlr] pour éviter que des auteurs présumés de crimes et d’atrocités puissent revenir au pouvoir en passant par des alliances opportunistes", déclarait à Sputnik il y a quelques semaines Fatou Jagne Senghor, la directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest de l’ONG Article 19.
Le Président sortant, Adama Barrow, en campagne électorale
C’est le 26 novembre dernier que le Président Adama Barrow a finalement accepté de recevoir le Rapport du TRRC après plusieurs faux bonds infligés à la Commission. Le document n’est pas encore rendu public, mais selon le communiqué publié "la Commission identifie et recommande des poursuites contre ceux qui portent la plus grande responsabilité dans les violations grossières des droits humains commises aussi bien contre des Gambiens que des non-Gambiens entre juillet 1994 et janvier 2017". Cet intervalle correspond au règne de l’ancien Président Yahya Jammeh, entre son arrivée au pouvoir par un coup d’État et son départ en exil pour la Guinée équatoriale.
Dakar - Sputnik France, 1920, 27.11.2021
Miss Sénégal: une affaire de viol présumé qui finit en dossier d’État
Outre Adama Barrow, Ousainou Darboe et Mammah Kandeh, les autres candidats de la présidentielle du 4 décembre sont Halifa Sallah, Abdoulie Ebrima Jammeh et Essa Mbaye Faal, l’unique candidat indépendant parmi ceux ayant été retenus par la Commission électorale indépendante.
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