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Ouverture des archives sur la guerre d’Algérie: Paris tente l’apaisement avec Alger

© AFP 2021 DANIEL JANINArchives de la guerre d'Algérie
Archives de la guerre d'Algérie - Sputnik France, 1920, 10.12.2021
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Sur fond de tensions entre Paris et Alger, Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, a annoncé ouvrir "avec 15 ans d’avance" ses archives sur la guerre d’Algérie. Un geste diplomatique visant à pacifier les relations avec Alger. Analyse.
Au mois de décembre 2020, l’Algérie exigeait de la France qu’elle lui remette la totalité des archives de la période coloniale algérienne. Exactement un an plus tard, après douze mois de relations tendues entre les deux pays, Roselyne Bachelot contente en partie cette demande officielle algérienne.
"J’ouvre avec quinze ans d’avance les archives sur les enquêtes judiciaires de gendarmerie et de police qui ont rapport avec la guerre d’Algérie", a-t-elle annoncé sur BFMTV. "On a des choses à reconstruire avec l’Algérie, elles ne pourront se reconstruire que sur la vérité", a indiqué la ministre de la Culture, qui a autorité sur la gestion des archives.
"Je veux que sur cette question –qui est troublante, irritante, où il y a des falsificateurs de l’histoire à l’œuvre– je veux qu’on puisse la regarder en face. On ne construit pas un roman national sur un mensonge", a-t-elle ajouté.
Consciente que pourrait émerger la confirmation d’actes de torture commis par la France au moment de la guerre entre 1954 et 1962, la ministre explique que "c’est l’intérêt du pays que de le reconnaître."

"Petits pas" sur la question mémorielle

Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron multiplie les gestes de ce type. Après avoir reconnu le 13 septembre 2018 la disparition en 1957 à Alger du mathématicien et militant communiste Maurice Audin, le Président de la République avait commandé en 2020 à l’historien engagé Benjamin Stora un rapport pour "dresser un état des lieux juste et précis" de la colonisation et de la guerre d’Algérie. En mars 2021, le pensionnaire de l’Élysée avait annoncé une simplification des accès aux procédures de déclassification des archives classifiées de plus de 50 ans, permettant d’écourter les délais d’attente liés à cette procédure. Enfin, en octobre dernier, il dénonçait les "crimes inexcusables" des autorités françaises dans les massacres d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris.
Jean-Yves Le Drian, ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères - Sputnik France, 1920, 09.12.2021
Visite de Le Drian à Alger: un petit tour et puis s’en va
Si cette dernière annonce de Roselyne Bachelot s’inscrit dans cette ligne des "petits pas", elle est à replacer dans le contexte des tensions politiques actuelles entre Paris et Alger, affirme au micro de Sputnik Yahia Zoubir. Ce géopolitologue algérien est également professeur de relations internationales et de management international dans plusieurs universités et écoles de commerce, en France, en Europe et en Asie.

"La visite de Jean-Yves Le Drian à Alger ce 8 décembre était un premier pas vers un apaisement des relations. Cette annonce est un second pas", explique-t-il.

En effet, les relations entre Alger et Paris sont au plus bas depuis plusieurs mois. En septembre lors d’un déjeuner au palais de l’Élysée auquel participaient 18 jeunes gens invités à débattre "de la question mémorielle liée à la guerre d’Algérie", Emmanuel Macron avait dénoncé le "système politico-militaire" algérien et déclaré que la "nation algérienne post-1962 s’est construite sur une rente mémorielle […] un discours qui, il faut bien le dire, repose sur une haine de la France."

Quand Macron met du sel sur les plaies

Une réalité qu’avait confirmée au micro de SputnikBrahim Oumansour, spécialiste franco-algérien du Maghreb et chercheur associé à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). "La question mémorielle de la période coloniale a souvent été instrumentalisée tant par la France et que par l’Algérie", expliquait-il. Le chef d’État s’était également interrogé sur le fait qu’il y ait une nation algérienne avant la colonisation française. "C’est ça, la question", avait-il lancé.
Fondées ou pas, ces déclarations avaient provoqué l’ire d’Alger, qui avait aussitôt dénoncé des "propos irresponsables" et une "ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures". Le pouvoir avait en conséquence rappelé son ambassadeur en France pour "consultation" et interdit le survol de son territoire aux avions militaires français participant à l’opération Barkhane, au Mali.
la manifestation contre la guerre en Algérie - Sputnik France, 1920, 22.12.2020
Alger réclame la totalité des archives coloniales à la France: l’impossible «réconciliation des mémoires»?
Abdelmadjid Tebboune, le Président algérien, avait également fait savoir en novembre de cette année que ce n’était pas à lui de faire le premier pas vers la réconciliation avec la France. "Sinon, je perdrai tous les Algériens, il ne s’agit pas de moi, mais d’un problème national. Aucun Algérien n’accepterait mon contact avec ceux qui nous insultent", avait-il indiqué.

Ouverture des archives, un "geste diplomatique"

Alger avait également très mal pris la décision de Paris, prise fin septembre, de réduire de moitié le nombre de visas accordés à ses ressortissants. Une mesure de rétorsion prise pour faire pression sur le gouvernement algérien, jugé peu coopératif sur la réadmission des clandestins algériens expulsés de France.
C’est donc la France qui a tendu la main pour apaiser ces tensions. Et selon Yahia Zoubir, auteur de Politique de l’Algérie: problèmes domestiques et relations internationales (Éd. Routledge), si l’exécutif français engage ce processus d’apaisement, c’est parce qu’il s’est "rendu compte de son erreur." Non pas vis-à-vis du gouvernement, mais du peuple algérien.
"Selon moi, ces pas français vers Alger ne sont pas une réponse au courroux du gouvernement algérien après les commentaires sur le régime “politico-militaire”. Ça, même les Algériens le disent. C’est une réponse aux commentaires sur le fait qu’il n’y avait pas de nation algérienne avant la colonisation", explique le chercheur.
"Ces commentaires ont été très mal reçus par tous les Algériens", explique-t-il. Le professeur de relations internationales note d’ailleurs que certains historiens français, dont Benjamin Stora, ont été embarrassés par ces déclarations de Macron: "Il est toujours dangereux pour un chef d’État de s’aventurer dans un registre historique controversé", a expliqué l’historien. D’après Yahia Zoubir, la France ne s’attendait pas à une réaction aussi vive de l’Algérie, tant au niveau du gouvernement que de la population:
"C’est là où Emmanuel Macron s’est trompé. Ce n’est pas le régime, c’est le peuple algérien dans son entièreté qui a été choqué."
Or, cette déclaration de Roselyne Bachelot, "si elle est suivie par des faits, pourrait jouer un rôle très important dans l’amélioration des relations entre l’Algérie et la France, car les archives jouent un rôle important pour l’histoire des Algériens."
Dans la presse algérienne, on ne considère d’ailleurs pas ce geste français comme une nouvelle pierre à l’édifice mémoriel qu’Emmanuel Macron souhaite construire, mais comme un "geste diplomatique."
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