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Réaménagement de Notre-Dame: une Église n’est pas un "son et lumière"

© Sputnik . Oxana BobrovitchLors du spectacle "La Dame de cœur", le son et lumière de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 18 octobre 2018
Lors du spectacle La Dame de cœur, le son et lumière de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 18 octobre 2018 - Sputnik France, 1920, 14.12.2021
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Le projet d’aménagement intérieur de Notre-Dame de Paris inquiète. Examiné par la Commission du patrimoine, il reste pourtant confidentiel. Le président de Sites & Monuments commente pour Sputnik des détails qui ont filtré.
Que deviendra la plus célèbre des cathédrales françaises? La question se pose à nouveau, alors que la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture vient d’approuver les grandes lignes du projet d’aménagement intérieur de Notre-Dame de Paris, présenté par le clergé. Son contenu a fait objet de maintes spéculations dans la presse, notamment anglophone, qui s’est inquiétée de trouver un "Disneyland dans la Cathédrale".
Encore aujourd’hui, les détails du projet restent obscurs et les informations qui filtrent ne font pas l’unanimité. "Je suis un peu mitigé", avoue au micro de Sputnik Julien Lacaze, Président de la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF), plus connue sous le nom de Sites & Monuments:
"Le clergé a une grande liberté dans l’utilisation de l’espace. L’État n’a pas son mot à dire."
Pour le président de la SPPEF, qui a réussi à se procurer le projet, "les aménagements d’ensemble –les bancs, par exemple– sont plutôt élégants et intéressants". En dehors du design des bancs "contemporains, assez architecturés, avec du bois de plaquage sombre, avec des lumières qui créent un effet de cheminement", plusieurs changements lui inspirent néanmoins de l’inquiétude.

De l’art contemporain dans un espace sacré?

"La République assure la liberté de conscience", proclame la Loi de 1905. Un principe qui se traduit dans l’aménagement de Notre-Dame de Paris par un "un travail de conviction" pour trouver un compromis entre modernité et murs historiques. La présentation du projet évoquait la création de tapisseries tissées par la manufacture des Gobelins, éventuellement une pour chacune des chapelles.
"Il ne s’agit pas de s’opposer à toute introduction d’art contemporain. Il faut l’introduire par petites touches. Il ne faut pas se priver d’art religieux, d’autant plus commandé à de grandes artistes", détaille M. Lacaze.
La Tribune de l’Artse félicite pour sa part de cette possible commande à la fabrique fondée en 1662, qui "permettrait de fournir une importante commande à la manufacture dont l’excellence n’est pas à démontrer" et ces œuvres ne viendraient pas "rompre l’harmonie du décor des chapelles". Justement pour la SPPEF, l’un des "points qui posent problème", c’est le réaménagement des quatorze chapelles latérales, entre l’entrée et le transept.
© Sputnik . Oxana BobrovitchLors du spectacle "La Dame de cœur", le son et lumière de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 18 octobre 2018
Lors du spectacle La Dame de cœur, le son et lumière de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 18 octobre 2018 - Sputnik France, 1920, 14.12.2021
Lors du spectacle "La Dame de cœur", le son et lumière de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 18 octobre 2018

"On enlève les confessionnaux"

Faute d’informations précises sur l’aménagement intérieur, M. Lacaze assure que tout le monde se pose des questions sans réponse, "pour lesquelles la Commission des monuments historiques n’a pas compétence", puisqu’il ne fait pas partie de l’immobilier classé.
"Les médias sont allés un peu vite en besogne en disant que la Commission avait validé les aménagements. Mais elle ne peut pas être compétente sur les types d’œuvres à mettre en place et les projections sur les murs", assure Julien Lacaze.
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Le projet consisterait notamment à "libérer de la place" dans les quatorze chapelles pour y aménager un "parcours qui accueillerait les visiteurs, pour expliquer la Cathédrale et la foi catholique". Dans le collimateur des auteurs du projet, les dix confessionnaux dessinés par Viollet-le-Duc, actuellement installés dans ces chapelles. Les ôter romprait avec la vocation cultuelle de la cathédrale.
"Il y avait dix confessionnaux, il n’en resterait qu’un seul. Cette décision a aussi une influence sur le symbole: une Église ne se résume pas à un parcours lumineux, ce n’est pas un son et lumière. Chaque chrétien sait que dans ce lieu, la confession a une importance particulière."
Pour l’instant, il s’agirait de monter ces confessionnaux dans la galerie supérieure, où "plus personne ne les verra".

"On enlève les “Mays” de Notre-Dame"

Mais, pour Sites & Monuments, ce n’est pas le plus grave: dans ces chapelles, ont étés accrochés les treize "Mays" de Notre-Dame. Il s’agit de grands tableaux commandés par la corporation des orfèvres parisiens en accord avec les chanoines, réalisés entre 1630 et 1707 par des peintres célèbres en leur temps.
"C’était un musée de peinture assez extraordinaire. À la Révolution, ces “Mays” ont été un peu dispersées. Il en restait treize, exposé d’une façon “unitaire” dans ces quatorze chapelles", précise le président de la SPPEF.
Julien Lacaze s’attend à ce que cet ensemble soit "éclaté, pour n’en garder que sept". Les six autres seraient déplacés après le transept, dans le chœur des chanoines.
"Sur les 28 murs [libérés après réaménagement, ndlr] des chapelles, dix restent dans leur décoration d’origine, dix-huit autres –une grosse majorité– doivent accueillir une “zone de création” et/ou une œuvre ancienne de collection."
Pour l’instant, aucune précision n’a filtré sur ce que seraient ces "œuvres anciennes de collection". Ni sur ce que représente la "zone de création": une projection lumineuse ou une commande passée à un artiste? La maigreur du dossier ne permet que de se lancer dans des spéculations. Par exemple, on y trouve un mur sur lequel serait projeté le "Venez et voyez" tiré de l’Évangile selon Saint-Jean. "On ne donne qu’un exemple. On ne peut pas savoir si c’est sur tous les murs ou un seul", se plaint M. Lacaze.
"Je trouve que le concept est très pauvre. On a déjà vu ça partout maintes fois. Je pense que le clergé n’a pas conscience de ça. Il pense faire œuvre de modernité, alors qu’ils font œuvre de banalité."
Face à cette perte "d’unité fondamentale" et gêné par un déséquilibre "entre le patrimoine et la création" –18 murs seront repris, pour 10 gardés intacts–, Sites & Monuments formule une alternative. L’association propose de "profiter d’un élan de générosité pour demander à tous les musées" qui conservent ces "Mays" de les déposer à nouveau à Notre-Dame. "On profiterait de cette occasion pour réparer une blessure plus ancienne: le démembrement de cet ensemble exceptionnel, unique dans le patrimoine français", assure le président de la SPPEF.
"Il en a eu plus de 70 accrochés dans la nef et dans les chapelles latérales, c’était le premier musée de peinture. Il faut jouer la carte de l’émerveillement, du retour massif de ces toiles colorées dans la Cathédrale, au moins, de façon provisoire. Par exemple, pour une période de dix ans."
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