"L'argent n’est pas un obstacle à la conquête spatiale par les pays africains"

Voie lactée - Sputnik France, 1920, 15.12.2021
La Côte d’Ivoire envisage de se doter d’une agence spatiale. Un pas qu’ont déjà franchi une dizaine de pays d’Afrique, ces deux dernières décennies. Mais ces ambitions spatiales exprimées sur ce continent qui passe pour être le plus pauvre de la planète et confronté à toutes sortes de problématiques de développement, laissent certains perplexes.
Plus que jamais, l'Afrique a le regard fixé vers le ciel. Elle rêve désormais d’espace. Et de nouvelles nations comme la Côte d’Ivoire veulent accéder au cercle encore restreint des États du continent intéressés par la conquête spatiale.
Pourtant, nombreux sont ceux qui découvrent, surpris, les ambitions spatiales des pays africains, victimes, parfois à juste titre, d’idées reçues – guerres, famines, épidémies, terrorisme et misère omniprésents... – qui ont la peau dure. Mais surtout, qui sont plus que perplexes en ce qui concerne la capacité, financière notamment, de ces États à soutenir leurs aspirations.
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Interrogé par Sputnik, Sébastien Périmony, auteur du livre "Voir l’Afrique avec les yeux du futur" est, quant à lui, convaincu du contraire. En effet, pour cet expert de l'Institut Schiller sur l'Afrique, "un nouveau paradigme émerge" actuellement sur ce continent en pleine industrialisation. Il soutient que "l’argent n’est pas un obstacle aux ambitions spatiales des pays africains". Selon lui, "le problème, c’est où va l’argent de ces pays".
"L’Association ivoirienne d’astronomie créée en février 2021 a reçu son premier télescope, offert par l’association française Uranoscope. Il faut savoir qu’un seul télescope ne coûte même pas le prix d’un 4X4, dont regorgent pourtant les rues d’Abidjan. Imaginez un peu si pour chaque 4X4 acheté, les autorités compétentes offraient un télescope à une école", fait-il remarquer.
Par ailleurs, Sébastien Périmony estime que les ressources financières perdues chaque année par les pays africains à cause de la corruption et de l’évasion fiscale sont plus que suffisantes pour leurs industrialisation et aspirations.
"Selon la Banque africaine de développement, la corruption fait perdre chaque année à l’Afrique 148 milliards de dollars[pratiquement le quart du PIB moyen du continent, ndlr] soit en 10 ans, 1.480 milliards de dollars. À titre d’exemple, la ligne de chemin de fer à grande vitessed’environ 500 kilomètres qui relie Nairobi à Mombasa a coûté 4 milliards de dollars. Avec 1.480 milliards, on aurait pu construire 185.000 kilomètres de chemin de fer [le réseau ferroviaire africain était d’environ 75.000 kilomètres en 2014, ndlr] à grande vitesse. Toutes les capitales du continent seraient ainsi déjà reliées entre elles", explique-t-il.
Ses propos font d’une certaine manière écho à ceux des autorités ivoiriennes qui indiquent que la corruption occasionne une perte de plus de 1.300 milliards de francs CFA (près de 2 milliards d’euros) par an, soit 1/8e du budget annuel de la Côte d’Ivoire.

Le spatial, une nécessité de développement

Comme l’affirme Sébastien Périmony, "la politique spatiale en Afrique n’a rien à voir avec une certaine conception hollywoodienne de la conquête de l’espace qui vise à poser un homme sur la Lune ou sur Mars".
En effet, ce à quoi se proposent essentiellement toutes ces agences africaines qui ont vu le jour ces deux dernières décennies, c’est d’utiliser le plus efficacement possible le spatial au service du développement économique et social, mais aussi de la sécurité. Plus concrètement, les pays africains misent sur les technologies spatiales pour espérer apporter des solutions aux problèmes et besoins auxquels ils sont confrontés.
Clairement identifiés de longue date par l’Union africaine (UA), les besoins sociétaux de l’Afrique sont communs à la plupart des 55 États qui composent le continent. Ils portent, entre autres, sur des questions de sécurité alimentaire, de santé, de ressources en eau, d’environnement, de gouvernance, de sécurité et de réponses aux catastrophes.
"Aujourd'hui en Afrique on utilise des satellites pour prévenir des épidémies de paludisme, surveiller des catastrophes naturelles, pour fournir des données précieuses dans la lutte contre le terrorisme, pour protéger des espèces animales menacées, pour faciliter l’accès à l’eau et l’agriculture, bref, les applications sont nombreuses. Et tout ceci sans compter que ce type de projet industriel (fabrication, utilisation d'un satellite) forme la jeunesse aux sciences et aux technologies, ce qui est très bon pour les pays", se réjouit-il.
À ce jour, seulement 12 pays africains possèdent leur propre satellite. L'Égypte a ouvert le bal en 1998, puis ont suivi l'Afrique du Sud, l'Algérie, l'Angola, l'Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Nigeria, le Rwanda, le Soudan et la Tunisie. Ces nations possèdent leur propre agence qui coordonne toutes les activités spatiales, notamment l’envoi de satellites.
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D'autres pays commencent à se pencher résolument sur la question du spatial. C'est ainsi le cas de la Côte d’Ivoire qui a annoncé le 6 décembre sa volonté de fonder très bientôt sa propre agence.
"Nous sommes en train de travailler sur le projet de création de l’agence spatiale ivoirienne, parce que c’est une nécessité au regard de notre plan national de développement. Il y a de vraies opportunités autour des activités liées à l’usage des satellites. Surtout qu’en Côte d’Ivoire, nous avons besoin de renforcer les travaux de recherche en cours dans nos universités et institutions de recherche sur l’utilisation spatiale pour la protection de la biodiversité et la gestion durable des ressources naturelles terrestres et marines, mais aussi limiter leur exploitation abusive et anarchique", a déclaré Adama Diawara, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en marge du deuxième forum continental GMES et Afrique.
Résolument déterminés à asseoir une stratégie spatiale efficace à l’échelle du continent, les 55 pays de l’Union africaine ont entériné en 2019 la création d’une agence dont les objectifs affirmés sont "le développement durable et l’amélioration du bien-être des citoyens".
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