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Malgré le "vent d’optimisme dans la région", les tensions persistent dans le Golfe

© AFP 2021 BANDAR AL-JALOUD42e sommet du Conseil de coopération du Golfe
42e sommet du Conseil de coopération du Golfe - Sputnik France, 1920, 15.12.2021
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Lors du 42e sommet du Conseil de coopération du Golfe, les pays de la péninsule arabique, sous la houlette de Riyad, ont affiché leur volonté de s’unir et de résoudre les conflits régionaux. Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres.
"Les Arabes se sont entendus pour ne jamais s’entendre." Et si Mohammed Ben Salmane (MBS), le prince héritier saoudien, venait de faire mentir Ibn Khaldoun, sociologue et géographe tunisien du XIVe siècle?
Ses nombreux déplacements semblent avoir porté leurs fruits. En tournée à Oman, au Qatar, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et au Koweït du 7 au 9 décembre, l’homme fort de Riyad préparait activement le 42e sommet du Conseil de coopération du Golfe. En l’absence de son père, c’est lui qui a accueilli, le 14 décembre, ses hôtes au palais Diriyah, dans la capitale saoudienne.
Les dirigeants du Golfe sont tombés d’accord sur "l’importance de coordonner les politiques étrangères des États membres afin de cristalliser une politique étrangère unifiée et efficace", à en croire le secrétaire général du Conseil, Nayef Moubarak Al-Hajraf. Les pays membres ont évoqué l’importance d’une politique commune, touchant aussi bien l’écologie avec l’après-pétrole que les relations extérieures, le tourisme, les transports, la lutte contre l’épidémie, la jeunesse, mais surtout la Défense.
Les dirigeants de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar, du Koweït, du Sultanat d’Oman et de Bahreïn ont convenu de "mettre l’accent sur le contenu de l’article 2 de l’Accord de défense mutuelle selon lequel les États membres du Conseil de coopération considèrent que toute attaque contre l’un d’entre eux est une attaque contre eux tous, et toute menace contre l’un d’eux les menace tous".

L’Arabie saoudite voulait envahir le Qatar

Ainsi, ce sommet devrait-il en apparence tourner la page des dissensions au sein des pays du Golfe. "Il y a un vent d’optimisme dans la région", estime Pierre Berthelot, chercheur associé à l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE) et directeur de la revue Orients stratégiques.
"Ce qui est clair, c’est qu’il y a des progrès qui ont été observés. Les pays du Golfe multiplient les initiatives pour mettre fin aux tensions régionales. On peut le voir avec la Turquie, mais aussi avec le Qatar. Il a été acté que le blocus n’avait pas eu les effets escomptés. C’est une bonne nouvelle", souligne-t-il au micro de Sputnik.
"Nous soulignons l’importance d’achever l’unité économique du Golfe", a d’ailleurs déclaré MBS avant de saluer "la solidarité qui a conduit au succès du sommet d’Al-Ula". Un sommet qui avait mis fin en janvier dernier à l’embargo imposé en 2017 par Riyad, Abou Dhabi, Le Caire et Manama au petit émirat qatari. Officiellement, il s’agissait de condamner Doha pour ses relations avec les Frères musulmans et avec l’Iran. La monarchie saoudienne avait même proposé d’envahir le Qatar avec ses troupes. Face au refus américain, Riyad s’était finalement ravisé.
Pour confirmer l’élan d’optimisme à travers le Golfe, le cheikh Hamad ben Jassim Al Thani, ancien chef de la diplomatie qatarie, a déclaré que "des signes d’harmonie politique positive dans la région du Golfe commencent à apparaître à l’horizon".
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Et c’est peu dire: même sur le dossier iranien, les discussions semblent avancer progressivement. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Faisal ben Farhan, a indiqué que "son pays attendait avec impatience des relations amicales et bénéfiques avec l’Iran, mais cela nécessitait de passer des paroles aux actes". Oman, le Koweït et le Qatar ont maintenu des liens avec Téhéran, tandis que les relations avec l’Arabie saoudite, Bahreïn et les Émirats arabes unis sont restées tendues. Mais depuis plusieurs semaines, si ce n’est plusieurs mois, des efforts de désescalade ont aplani certains différends avec l’Iran.

MBS reprend l’initiative de Macron

C’est notamment le cas des Émirats arabes unis. Le Conseiller émirati à la Sécurité nationale, le cheikh Tahnoun ben Zayed, s’est rendu à Téhéran le 6 décembre pour discuter du renforcement des relations économiques. Le 24 novembre dernier, une délégation émiratie a reçu à Abou Dhabi le vice-ministre des Affaires étrangères iranien, Ali Bakiri. Les deux parties ont confirmé "le développement de relations fondées sur le bon voisinage conformément à leurs intérêts communs". Malgré les sanctions économiques, les Émirats restent le deuxième partenaire commercial de l’Iran. Dubaï est une plaque tournante pour les transactions commerciales et financières entre l’Iran et d’autres pays. "Il y a un contexte plus global de réchauffement régional", résume le chercheur. Une nouvelle approche également partagée par Riyad.
Outre les pourparlers officieux à Bagdad depuis le mois d’avril dernier avec des représentants iraniens, la Jordanie a organisé début décembre un "dialogue sur la sécurité" entre l’Arabie saoudite et l’Iran à Amman. La réunion a duré plus de deux jours et a rassemblé des politiques et des universitaires des deux pays. Mais derrière cette dynamique positive, certaines inquiétudes demeurent sur les réelles intentions iraniennes.
"Indépendamment de ce vent d’optimisme, il y a toujours la permanence des crises. La question du nucléaire iranien revient souvent, elle est au cœur des préoccupations, notamment pour l’Arabie saoudite", résume Pierre Berthelot.
Lors de son discours, Mohammed Ben Salmane a notamment indiqué que "le sommet du Golfe a lieu à la lumière des nombreux défis auxquels la région est confrontée", notant que les pays arabes "aspirent à parvenir à une solution efficace à la crise nucléaire iranienne". C’est dans cette optique que le prince héritier saoudien reprendrait l’initiative française d’inclure les puissances régionales dans les négociations en cours sur le nucléaire iranien.

Syrie, Israël, Yémen, pommes de discorde

De surcroît, cette union affichée des pays du Golfe n’a pas pour autant mis fin aux tensions autour du dossier yéménite. Si Riyad a mis l’accent sur la résolution de cette crise, "c’est qu’il est le principal acteur impliqué dans ce conflit", rappelle le géopolitologue. Les autres puissances ne partagent en effet pas les vues de Riyad. Les Émirats jouent plus la carte de la partition avec les indépendantistes du Sud et ont préféré se désengager progressivement de cette guerre, tandis que le Qatar a toujours condamné l’intervention au Yémen.
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Les dissensions persistent également sur la question israélienne. Abou Dhabi et Manama ont normalisé leurs relations avec l’État hébreu en septembre 2020 lors des accords d’Abraham, mais l’Arabie saoudite a tenu à rappeler qu’il n’y aurait pas de normalisation tant qu’il n’y aurait pas d’État palestinien indépendant avec comme capitale Jérusalem-Est. En somme, Riyad reste attaché à l’initiative du roi Abdallah de 2002.
"Il y a également la question syrienne qui ne fait pas consensus", précise le géopolitologue. Alors qu’Abou Dhabi a repris le chemin de Damas, Riyad tarde à lui emboîter le pas et Doha refuse catégoriquement de renouer avec la Syrie tant que Bachar el-Assad sera au pouvoir.
"Dans la forme, c’est indéniable, il y a des avancées majeures, une envie de dialoguer, mais maintenant il faut des actions concrètes qui confirmeront cette nouvelle dynamique", conclut Pierre Berthelot.
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