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Côte d’Ivoire: le dialogue politique est-il une "farce"?

© Sputnik . DoubrovskiAbidjan
Abidjan - Sputnik France, 1920, 05.01.2022
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Les discussions du cinquième dialogue politique en Côte d’Ivoire débuteront très bientôt. Les formations politiques et organisations de la société civile y participant ont toutes adressé leurs propositions au gouvernement à cet effet. Mais des voix soutiennent d'ores et déjà qu’il ne faudra espérer grand-chose de cette nouvelle rencontre.

"Il n’y a pas grand-chose à attendre de cet énième dialogue politique. Tout dialogue politique doit faire l’effort de réunir les représentants de tous les Ivoiriens. Vu que là le gouvernement a décidé de ne convier que 21 partis, ce n’est pas le cas. Le casting n’est juste pas bon", soutient Gnamien Konan, député et président du parti d’opposition La Nouvelle Côte D’Ivoire, interrogé par Sputnik.

Pour cet ancien ministre qui a occupé tour à tour, de 2012 à 2016, les portefeuilles de la Fonction publique, de l’Enseignement supérieur, puis de l’Habitat et du logement, sous la présidence d’Alassane Ouattara, cette nouvelle phase du dialogue politique n’est ni plus ni moins qu’une "farce orchestrée sous la houlette du RHDP [Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, le parti au pouvoir, ndlr] avec la complicité de l’opposition significative".
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Il estime que tous les 40 candidats (sur 44 en tout) à l’élection présidentielle d’octobre 2020 dont la candidature avait été invalidée par le Conseil constitutionnel (notamment l’ancien chef d’État Laurent Gbagbo, l’ex-Premier ministre Guillaume Soro, mais aussi Gnamien Konan lui-même) "auraient dû être associées d’une manière ou d’une autre au processus".

"Il faut savoir que les candidats qui ont été injustement et illégalement recalés par le Conseil constitutionnel représentent des Ivoiriens. Mais, ils n’ont pas été conviés au dialogue. Et pourtant on y retrouve des partis qui n’ont pas remporté la moindre circonscription aux dernières élections [législatives de mars 2021, ndlr]. Par ailleurs, je trouve choquant le fait que les partis conviés à ces discussions y sont sans même savoir sur quel critère les uns et les autres l’ont été, mais aussi pourquoi tel ou tel autre parti ne l’a pas été. Et cela ne semble pas leur poser problème", souligne-t-il.

Pour un climat sociopolitique apaisé

Comme l’indique le gouvernement, l’objectif de cette cinquième phase du dialogue qui rassemble des acteurs politiques (21 formations, à savoir huit groupements et 13 partis individuels) et responsables d’organisations de la société civile (au nombre de 26) est de "poursuivre l’enracinement d’un climat sociopolitique apaisé, permettant, tout à la fois, le bon fonctionnement des institutions comme celui du débat démocratique et la poursuite du développement économique vigoureux du pays, dans un contexte de stabilité et de concorde nationale".
Les trois premières phases de ces discussions nationales entamées en 2018 ont échoué à permettre d’organiser une élection présidentielle consensuelle et pacifique en octobre 2020. En effet, les violences sur fond de contestations contre la candidature d’Alassane Ouattara, ont officiellement fait 85 morts et près de 500 blessés.
La quatrième phase, qui s’est déroulée en décembre 2020, soit deux mois seulement après la présidentielle, avait permis d’apaiser un tant soit peu les tensions, et de faciliter la tenue des législatives en mars 2021. Aussi les autorités considèrent-elles comme "une chance" le fait que les débats de fond de la cinquième phase démarrent en ce début janvier, en dehors d’un calendrier électoral, les prochaines élections locales étant prévues en 2023, et la présidentielle en 2025.
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Mais si le gouvernement ivoirien présente ce nouvel acte du dialogue politique comme ouvert et inclusif, tout le monde ne partage pas cet avis. Tout comme Gnamien Konan, Charles Blé Goudé -définitivement acquitté en mars 2021 par la Cour pénale internationale, en même temps que son coaccusé Laurent Gbagbo, des charges de crimes contre l’humanité qui pesaient sur eux, mais toujours en attente du passeport que doivent lui remettre les autorités ivoiriennes pour permettre son retour au pays- déplore lui aussi l’absence de son parti, le Cojep, aux discussions. Ce à quoi Mamadou Touré, le porte-parole adjoint du gouvernement interrogé par RFI, a répondu qu’il y a "plus de 200 partis politiques en Côte d’Ivoire et que si tous ces 200 partis devaient se retrouver autour de la table des discussions, on aurait quelques difficultés".

"Je suis désolé, mais l’explication avancée par le porte-parole adjoint du gouvernement ne tient pas. Ce ne sont les salles qui manquent pour rassembler les représentants de tous les partis politiques de Côte d’Ivoire. Cela dit, ce ne sont pas non plus les solutions qui manquent, si le pouvoir tient à ce que tous participent. À la limite, il aurait pu être demandé par exemple à chaque formation de transmettre ses propositions par mail", argue Gnamien Konan.

Le président de La Nouvelle Côte D’Ivoire dénonce par ailleurs des "manœuvres antidémocratiques" du gouvernement.

"Depuis que le RHDP est au pouvoir, tous les partis qui ont été créés -c’est le cas du mien et c’est certainement aussi celui de GPS de Guillaume Soro et du Cojep de Charles Blé Goudé- n’ont pas reçu de récépissé définitif les reconnaissant. La loi nous reconnaît, mais pas l’administration RHDP qui ne nous a toujours pas donné notre récépissé. Ils sont peut-être obligés de reconnaître le PPA-CI de Laurent Gbagbo, car ce parti est dirigé par un ancien Président", soutient-il.

En tout état de cause, le dialogue politique est de nouveau sur les rails. Et les sujets de discussion sont nombreux. En plus des griefs ordinaires contre la Commission électorale indépendante (la structure chargée d’organiser les élections) et le Conseil constitutionnel, les partis d’opposition demandent, entre autres, la libération des prisonniers civils et militaires des crises électorales de 2010-2011 et 2020, ainsi que le retour de tous les exilés. Autant de sujets qui demeurent sensibles.
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