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"Le bourbier diplomatique du Maroc": une analyse à charge contre le ministre des Affaires étrangères

© AFP 2021 FADEL SENNANasser Bourita, ministre des Affaires étrangères marocain
Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères marocain - Sputnik France, 1920, 08.01.2022
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Le magazine politique américain Foreign Policy a publié une analyse sur la crise que traverse la diplomatie au Maroc. Samia Errazzouki, journaliste marocaine et doctorante à l’université de Californie, estime que Rabat ne jouit plus du soutien indéfectible de Washington. Le responsable de ce marasme serait le chef de la diplomatie Nasser Bourita.
Contrairement à l’image véhiculée par les autorités et les médias du Maroc, la diplomatie de l’unique royaume du Maghreb traverse une véritable crise. C’est en tout cas ce qu’affirme Samia Errazzouki dans une analyse publiée mardi 4 janvier 2022 dans le magazine politique américain Foreign Policy. Journaliste et cofondatrice du collectif féministe Khmissa, Samia Errazzouki est actuellement doctorante en histoire à l’université de Californie à Davis. C’est sous cette casquette d’universitaire qu’elle a rédigée cette analyse qui s’appuie sur une série d’événements et d’éléments qui prouvent, selon elle, que la diplomatie marocaine s’est empêtrée dans un "bourbier" (morass dans le titre anglais).
"Pendant longtemps, le Maroc a été le chouchou des cercles politiques de Washington. Le pays est souvent salué comme le premier à avoir reconnu l'indépendance des États-Unis [en 1777, ndlr], et peu de choses ont fait obstacle aux relations maroco-américaines depuis. Les efforts de lobbying du royaume n'ont historiquement pas nécessité beaucoup de travail pour convaincre les législateurs américains des deux bords [républicains et démocrates, ndlr] d'adopter une législation alignée sur ses intérêts. Aujourd'hui, cependant, le consensus bipartite autrefois inébranlable des États-Unis sur le Maroc s'est éloigné du principe du soutien indéfectible", écrit Samia Errazzouki.
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La colère de Trump

Selon elle, la reconnaissancede la "marocanité du Sahara occidental" par l’ex-Président Donald Trump n’a été qu’un simple détail dans la relation entre les deux pays. "Malgré la volte-face de Washington sur le Sahara occidental, l'ancien chouchou des cercles politiques américains est plus isolé que jamais", note l’universitaire. Samia Errazzouki considère que les soucis de Rabat ont débuté durant de la campagne présidentielle américaine de 2016, lorsque "le roi Mohammed VI avait promis 12 millions de dollars à la Fondation Clinton en 2015". Le monarque s’était donc opposé à Donald Trump.
"Pendant toute la durée du mandat présidentiel de Trump, il n'a eu aucune réunion officielle avec le roi Mohammed VI. L’unique fois où des deux chefs d'État étaient proches c’était en 2018 lors de la cérémonie du centenaire de l'armistice en France lorsque leurs images sont devenues virales: Trump regardait alors Mohammed VI assoupi", ironise-t-elle.
Samia Errazzouki a listé les revers subis par le Maroc de la part des États-Unis: blocage par le Congrès de l'ouverture d’un consulat dans la ville sahraouie de Dakhla, refus de vendre des drones d’attaque, aide militaire conditionnée par la recherche par Rabat d’une solution politique mutuellement acceptable au Sahara occidental, opposition d’une partie de l’establishment américain à la déclaration de reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental…
La reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental qui se veut être le socle de relations solides entre Washington et Rabat s’avère presque impossible à mettre en œuvre. Isaias Barrenada, professeur de relations internationales à l’université Complutense de Madrid, explique au micro de Sputnik que l’administration Biden a hérité d’un "grand problème".
"La déclaration de reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental par Donald Trump s’est faite à travers une proclamation, formule utilisée par l’administration américaine. Il existe des déclarations exécutives, qui sont mises en œuvre immédiatement, et des déclarations qui sont plutôt symboliques. Trump l’a fait quelques jours avant de quitter la Maison-Blanche, il n’a donc pas eu le temps prendre des mesures effectives. La nouvelle administration se retrouve face à un grand problème, car au sein même de l’establishment, aussi bien parmi les Démocrates que parmi les Républicains, il y a des personnalités très importantes qui demandent à Biden de faire marche arrière", indique le professeur Isaias Barrenada.
En réalité, l’administration Biden est prise dans un piège: "elle a refusé d’approfondir la mise en œuvre de cette proclamation, mais elle ne peut pas faire marche arrière pour ne pas mettre en danger l’autre facette de l’accord qui comprenait le rétablissement des relations entre le Maroc et Israël".
"Washington ne veut pas prendre de décision qui aura un impact négatif sur cette autre dimension que sont les relations israélo-marocaines. Mais n’importe quel spécialiste du droit international sait que la reconnaissance d’un fait illicite est en lui-même un fait illicite. En reconnaissant une occupation, Trump s’est mis dans une position non conforme au droit international. Les diplomates américains sont conscients de cela", ajoute le chercheur qui reconnaît partager les éléments d’analyse de Samia Errazzouki.
Du côté du Front Polisario, principal ennemi du Maroc, l’analyse de l’universitaire marocaine semble faire l’unanimité. Contacté par Sputnik, Malainin Lakhal, ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) au Botswana, a relevé "l’intégrité de Mme Samia Errasouki, qui a traité ce sujet de façon très académique et neutre, pour prouver que la diplomatie marocaine se porte vraiment mal".
"Même si elle n’a fait que relater quelques manifestations, son analyse reflète quelques points qui démontrent principalement l’échec de la diplomatie marocaine au niveau international à cause justement de ses positions erronées sur la question sahraouie. Le régime du Makhzen ne peut pas s’en sortir toujours indemne et ne peut plus compter sur la protection de ses alliés, car ni les États-Unis ni la France ne peuvent imposer a jamais cette occupation marocaine illégale du Sahara occidental", indique le diplomate sahraoui.
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La faute de Bourita

L’ambassadeur est convaincu que "la monarchie marocaine vit sa plus sombre période en tant que régime expansionniste, mais aussi en tant que régime rejeté par les Marocains eux-mêmes après avoir pactisé avec l’entité sioniste contre la volonté et les intérêts de son propre peuple et des peuples de la région". L’analyse de Samia Errazzouki ressemble fortement à une pièce d’un dossier à charge contre Nasser Bourita. Selon elle, la détérioration du corps diplomatique autrefois dynamique du Maroc fait suite à la nomination de Nasser Bourita, "un jeune bureaucrate sans affiliation à un parti et au curriculum vitae relativement maigre, au poste de ministre des Affaires étrangères en 2017. Au cours de son mandat, le Maroc n'a jamais été aussi éloigné de ses voisins et alliés". Dans le texte publié par Foreign Policy, Samia Errazzouki ne semble pas avoir jugé utile d’accorder un paragraphe au forcing du Maroc au sein de l’Union africaine, ni même à l’ouverture de consulats au Sahara occidental par certains États. Deux dossiers que suit personnellement Nasser Bourita. Le chef de la diplomatie marocaine s’est vu infliger un zéro pointé.
"+Il existe un consensus général parmi les diplomates anciens et actuels que l'état de la diplomatie marocaine a atteint son point le plus bas depuis l'indépendance+, a déclaré un diplomate marocain vétéran, qui s'est entretenu avec Foreign Policy sous le couvert de l'anonymat par crainte de représailles. Il a décrit la diplomatie marocaine actuelle en deux mots: +erratique et médiocre+. +Jusqu'à il y a quelques années, les décisions de politique étrangère étaient le résultat d'un groupe collégial de conseillers qui donneraient leurs recommandations au roi Mohammed VI+", rapporte l’universitaire.
Au Maroc, l’analyse publiée par le magazine politique américain passe mal. Accusée d’être à la solde de la CIA et de l’Algérie, sa rédactrice est la cible d’attaques sur les réseaux sociaux.
Le média Barlamane a ainsi évoqué "un article très tendancieux et à charge" s'en prenant à "une agitatrice pro-Polisario", le tout en s'employant à démonter les assertions contenues dans l'article du magazine américain: "le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a apporté fin novembre un soutien appuyé au plan du Maroc pour le Sahara, qu’il a jugé +sérieux+ et +crédible+, pour le Sahara occidental […] Depuis l’arrivée du Président Joe Biden à la Maison-Blanche en janvier, Washington a maintenu cette position, tout en saluant l’accord israélo-marocain", peut-on entre autres lire par exemple sur le média en ligne marocain.
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