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Après le renseignement français, une société de big data US proche de la CIA investit la Station F

CC0 / Aichi8Seiran / Big Data
Big Data - Sputnik France, 1920, 13.01.2022
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À l’occasion de l’installation de Palantir au sein de la Station F, Pascal Jouary, journaliste, revient au micro de Rachel Marsden sur les liens du géant américain de la big data avec le renseignement américain.
L’industrie française devrait-elle s’inquiéter ou se réjouir de l’arrivée au sein de la Station F –la pépinière parisienne de start-up– d’une entreprise américaine de big data qui a des liens étroits avec les services américains de renseignement?
La société Palantir Technologies propose en effet depuis décembre dernier aux jeunes pousses françaises "Foundry for Builders, un programme permettant aux start-up de souscrire à Palantir Foundry sur un modèle d’abonnement". Ce service en ligne met la puissance d’analyse du big data à la portée des PME françaises. Séduisant, non?
Ordinateur - Sputnik France, 1920, 01.12.2019
Big data: en renouvelant son contrat avec Palantir, la DGSI «lance un cri d’alarme»
Pascal Jouary, journaliste et auteur du livre Secret Défense: Le livre noir (Max Milo Éditions), revient sur le parcours de Palantir en France:
"Ce n’est pas la première fois qu’ils travaillent en France. Ils ont commencé avec Carrefour mais au bout d’un an, Carrefour a arrêté en disant que c’était beaucoup trop cher. Ils voulaient pourtant leur faire gagner des gains de productivité en analysant absolument toute leur activité car le big data touche absolument à tout, c’est le nouveau pétrole. Ils ont ensuite travaillé pour Airbus, où ils ont débauché le numéro deux pour en faire leur directeur France."
Après sa création en 2003 par, entre autres, Peter Thiel, un milliardaire germano-américain et l’un des investisseurs initiaux de Facebook, et jusqu’en 2008, Palantir n’avait qu’un seul client : la CIA. La branche d’investissement de l’agence, In-Q-Tel, avait même injecté 2 millions de dollars dans le démarrage de l’entreprise et en serait toujours actionnaire. Voilà qui est déjà plus problématique, ce que confirme Pascal Jouary :
"Cela a démarré avec des financements de la CIA et des employés de la NSA, puis ils ont commencé à faire leur réputation avec la traque de ben Laden –on ne sait même pas si c’est vrai mais ils ont beaucoup communiqué dessus. Aujourd’hui, ils affirment avoir signé avec dix États pour les assister dans la gestion de la pandémie [à noter que l’AP-HP française a opposé une fin de non-recevoir à l’entreprise américaine]."
Palantir a par ailleurs été liée à plusieurs dossiers sulfureux. Citons Cambridge Analytica, qui porte sur des tentatives de manipulation des réseaux sociaux, mais aussi des affaires de surveillance des migrants ou de renseignement sur le champ de bataille. Elle aurait même fourni des services à la DGSI, les services de renseignement intérieur français, après les attentats du 13 novembre 2015. D’ailleurs, la DGSI a signé avec l’entreprise américaine un contrat en 2016, pour s’en émanciper en 2018 puis le voir renouvelé en 2019.
"Il y a eu une polémique avec la DGSI car cela touchait à nos données les plus sensibles et des gens à l’intérieur du renseignement se demandaient où était notre souveraineté. Ce n’est pas la première affaire avec les Américains mais là, cela touchait à nos données secret défense. Palantir se défendait en disant qu’ils ne siphonnaient pas les données mais les experts du domaine s’accordent à dire que comme leur modèle repose sur la donnée, plus ils en ont, plus ils ont de valeur", explique Pascal Jouary.
Peut-on imaginer un concurrent français de Palantir? D’après Pascal Jouary, ce n’est pas d’actualité:
"Il y avait le projet d’intelligence artificielle Athéa, fait par Thales et Atos. D’après les spécialistes, on n’est pas sûr qu’il aboutira ou alors qu’il arrivera au niveau de Palantir. On peut aussi se demander pour quoi faire puisque, comme l’on est sous commandement américain dans l’Otan, quel est le problème d’utiliser un logiciel américain? Mais on y perd de notre souverainté."
Quel est l’enjeu pour l’entreprise américaine cotée en Bourse de s’implanter à la Station F? Pour Pascal Jouary, ce n’est pas seulement pour redorer son image:
"Il y a 1.000 start-up à la Station F et Palantir va investir très vite dans les plus prometteuses, c’est le capitalisme."
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