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Enregistrements téléphoniques fuités de Ben Ali: "Il avait l’intention de revenir"

© AP Photo / Hassene DridiZine el-Abidine Ben Ali, ancien Président tunisien
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Des enregistrements d’appels téléphoniques attribués à l’ancien Président tunisien Ben Ali, au moment où il quittait définitivement le pays, viennent d’être dévoilés par la BBC, 11 ans après les faits. De quoi lever le voile sur des zones d’ombre autour de ses dernières heures à la présidence et d’une "fuite" en plein en chaos. Explications.
Il y a 11 ans jour pour jour, l’ancien Président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali quittait son pays en pleine révolte. Avait-il réellement fui par peur pour sa sécurité? Pourquoi n’est-il jamais revenu? Des enregistrements d’appels téléphoniques entre l’ancien Président, son ministre de la Défense Ridha Grira, le chef de l’armée Rachid Ammar ou encore des proches comme l'homme d'affaires Kamel Eltaïef ou le producteur Tarak Ben Ammar, dévoilés par la BBC vendredi 14 janvier 2022, font la lumière sur quelques questions restées en suspens.
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Le 13 janvier 2011, alors que la colère des manifestants gronde depuis près d'un mois depuis l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi, le Président tunisien délivre un troisième discours à la nation (qu'il a choisi de faire en dialectal tunisien), afin d’apaiser la situation. Selon les enregistrements fuités, le producteur Tarak Ben Ammar a vanté cette sortie: "Tu as été formidable, c'est le Ben Ali qu'on attendait […] C'est un retour historique. Tu es un homme du peuple. Tu parles leur langue". Rassurés, ils ne se doutaient pas que les manifestations s’intensifieraient, et que de nouveaux événements viendraient menacer la sécurité du Président et de ses proches, au point que celui-ci prend l'avion pour l'Arabie saoudite.
En effet, le lendemain, la situation devenant de plus en plus critique, il escorte sa femme et son fils devant se rendre en Arabie saoudite. Mais arrivés à l’aéroport, Ali Seriati, chef de la garde présidentielle, aurait finalement convaincu l’ex-Président de monter à bord de l’avion, d'après les explications à Sputnik de Tarek Cheikh-Rouhou, co-auteur du livre "14 janvier, l’enquête".
"Face à la prise d’otages de la famille présidentielle par Samir Tarhouni, chef de la Special Force de la police, l’hélicoptère et les bateaux non identifiables proches du palais, les manifestants qui se préparaient à marcher sur le palais, et pour finir, les échos du ralliement de la Special Force de la Garde nationale à la prise d’otage de sa famille, la proximité de ces forces de l’aéroport militaire, Seriati n’a eu d’autres choix que de convaincre Ben Ali de monter à bord de l’avion avec sa famille", selon l'auteur tunisien.

La thèse de la fuite écartée?

Sur place, les enregistrements fuités indiquent que le Président a appelé ses interlocuteurs pour demander l’évolution de la situation sur le terrain. Le ministre de la Défense semble d'abord le rassurer de la situation sur place, le Président lui répondra alors qu’il sera de retour dans le pays "dans quelques heures". Appelé à son tour par Ben Ali, l'homme d'affaires et lobbyiste Kamel Eltaïef corrige cette observation: "Non, non, non. La situation change rapidement et l'armée ne suffit pas". "Me conseillez-vous de revenir maintenant ou pas?", demande alors Ben Ali à Eltaïef qui lui répond: "Les choses ne vont pas bien". Même réponse de Rachid Ammar qui, après lui avoir assuré que tout allait bien, a finalement ajouté: "Quand nous verrons que vous pouvez revenir, nous vous le ferons savoir, monsieur le Président". Même son de cloche pour le ministre de la Défense, Ridha Grira qui lors d’un second appel lui assure qu’il ne peut pas garantir sa sécurité s’il revient.
Selon la BBC, au moment où l'avion du Président a atterri en Arabie saoudite, il a ordonné au pilote de se préparer pour son voyage de retour. "Mais le pilote désobéit à l'ordre et abandonne Ben Ali et s'envole pour la Tunisie", écrit le support. La thèse de la fuite semblerait donc définitivement écartée, observe Abdelaziz Belkhodja, co-auteur du livre "14 janvier, l'enquête": "Ces enregistrements montrent clairement que Ben Ali avait l’intention de revenir".
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Trahi par ses proches?

Des questions persistent toutefois quant aux intentions de ses interlocuteurs qui l’ont dissuadé de revenir en Tunisie, sur fond de rumeurs d’un coup d’État préparé par les siens. Pour Tarek Cheikh-Rouhou, au plus haut sommet de l’État, on n’entendait pas les choses de cette manière. "Pour ne pas être punis au retour de Ben Ali, ils sont allés jusqu’à inventer de faux prétextes, celle du coup d’État d’Ali Seriati, de snipers dans les rues, pour éviter à Ben Ali de revenir en Tunisie".
Pour Abdelaziz Belkhodja précise:
"Le régime était très policé et personne parmi les hauts responsables n’aurait osé trahir Ben Ali. La situation était vraiment trouble, le ministre de la Défense, le chef de l’armée, le Premier ministre et le chef de la sécurité présidentielle étaient dépassés par les événements".
Commentant la révélation de ces audios,cet écrivain tunisien trouve "assez gênant d’entendre des enregistrements fuités par la BBC alors que les enregistrements à notre disposition, ceux des téléphones portables des principaux protagonistes, sont toujours gardés secrets".
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