"Fatwa numérique": une enseignante menacée après avoir montré une photo de Soprano en classe

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Dans une classe de biologie - Sputnik France, 1920, 18.01.2022
Choisi par la professeur afin de faire plaisir à ses élèves, le cliché du rappeur Soprano a entraîné des problèmes allant jusqu'à une accusation de racisme de la part d’un parent.Une mise à l’indexpour laquelle il a été condamné à de la prison. Ceci, peu après le drame de Samuel Paty, également dans les Yvelines.
C'est lors d’un cours de SVT qu'une enseignante d'un collège de Trappes a utilisé la photo du rappeur Soprano pour illustrer la chaîne de l'évolution menant à l'homme moderne. Utilisée depuis 2015, l'image choisie n'a pas plu à une élève.
Le cours en question s'est tenu en décembre 2020, mais l'affaire n'a fait surface que récemment dans les pages du Parisien. Une longue histoire rappelant celle de Samuel Paty, mais avec une meilleure fin.
Dans son matériel pour la classe, l'enseignante d'un collège de Trappes, dans les Yvelines, utilisait souvent les images de personnalités comme Mbappé ou l'actrice Josiane Balasko.
Le rappeur marseillais a été ajouté après que les étudiants se sont plaints du manque de diversité, puisqu'ils ne voyaient "que des photos de Blancs" dans les manuels, précise Europe 1. La méthode a reçu la validation de l'inspection académique.
Après cette leçon sur l'évolution de l'Homme, la professeure a été accusée à tort de racisme par le père d'une élève. Il a publié un message sur Facebook deux mois plus tard, dévoilant une partie du cours et exigeant des explications de la part du chef d'établissement. Le post est devenu viral.
Dans le post, "elle est désignée, on a les termes +faites tourner+", explique à BFM TV l'avocat de l'enseignante, Me Stéphane Colmant. "Elle est clairement accusée de racisme."

Le principal aurait-il pu éviter cela?

La professeure a été invitée à une discussion quelques jours plus tard et la publication a été retirée. Le soir même, elle allait déposer une main courante.
Alors que, dans un post suivant, le père de famille s'excuse pour "un malentendu", l'enseignante de 34 ans fait déjà face à de multiples menaces. La police lui conseille de déménager. Alors, elle porte plainte et change de région.
"Elle a abandonné la vie qu’elle menait", constate l'avocat, déplorant ses "dix années de vie d’enseignante détruite" dans cet établissement qu'elle avait choisi.
Le 15 novembre 2021, l'auteur du post viral a été condamné à six mois de prison ferme. Le procureur l'a accusé d’avoir lancé contre elle une "fatwa numérique".
L'homme, déjà connu pour contester régulièrement les notes de sa fille, a fait appel.
Selon Fatiha Agag-Boudjahlat, professeure et essayiste interrogée par Europe 1, ce n'est pas la victime qui doit changer d'établissement.
"Le principal aurait pu tout bloquer" en invitant le parent à changer sa fille d'établissement ou à se tourner vers le privé. Alors qu'en réalité c'est souvent au contraire: "comme avec les enfants harceleurs, c'est la victime qui doit changer d'établissement, changer de vie, et s'éloigner pour sa protection", regrette-t-elle.

Amendement dit "Samuel Paty"

Les Yvelines demeurent ébranlées par l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie décapité en octobre 2020 près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine pour avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. À Trappes également, un professeur de philosophie a été placé sous surveillance policière, après ses déclarations sur la religion.
Conformément à l'amendement dit "Samuel Paty", intégré à la loi du 24 août 2021 sur le respect des principes de la République, "le fait d'entraver, d'une manière concertée et à l'aide de menaces, l'exercice de la fonction d'enseignant" sera puni de trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende.
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