Suicides d'internes en médecine: que peut-on faire?

A l'hôpital - Sputnik France, 1920, 23.01.2022
Un interne en anesthésie-réanimation travaillant aux Antilles françaises s'est donné la mort le 28 décembre. Sollicitée par Sputnik, l'association ISNAR-IMG évoque les difficultés auxquelles font face les internes en médecine actuellement et comment il est possible de les aider.
La Saint-Sylvestre du service anesthésie-réanimation du CHU de Martinique s’est déroulé dans le deuil après la mort de l'un des internes, Corentin Valy. Un drame qui a encore augmenté le nombre d’internes ayant mis fin à leurs jours sur l'année écoulée.
"Un énième suicide d’interne. Cette fois-ci, c’était un copain. Un interne en médecine se suicide tous les 18 jours en moyenne. Combien encore devrons-nous en supporter à l’hôpital?", s'est indigné un ami de cet interne de 27 ans, originaire de l’île de Ré.
Comme l'a constaté le Bureau des internes caraïbes (BIC) dans un communiqué, Corentin a "plusieurs fois pris part aux renforts sollicités durant les vagues Covid ayant récemment touché l'archipel".
Un vent de grogne s'est fait ressentir sur les réseaux sociaux pour dénoncer l'inaction des autorités en l'espèce, ainsi que le fait que ce problème était insuffisamment couvert dans les médias.
Le gouvernement a décidé de revoir à la hausse le nombre de postes d’internes pour les années 2020-2023, selon un arrêté publié au Journal officiel du 4 septembre 2019.
Entre-temps, les "conditions de travail" poussent "de un à deux" internes à s’ôter la vie mensuellement, met en garde l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI).
"Chaque année, nous avons connaissance d’environ 10 décès d’internes, mais il n’existe pas de données nationales officielles", indique l’Enquête Santé Mentale parue en octobre 2021 et réalisée en partenariat entre plusieurs associations dont l’InterSyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG).
Se basant sur des données collectées à l’été 2021 (sur 12 mois), l’enquête fournit un aperçu de l’état d’esprit des étudiants en médecine lors de la pandémie.
Interrogée par Sputnik, la porte-parole de l’ISNAR-IMG, Marina Dusein, explique qu'"on observe:
39% de symptômes dépressifs dans les sept derniers jours précédant le questionnaire contre 27,7% en 2017,
25% de répondants décrivent un épisode dépressif caractérisé au cours des 12 derniers mois,
19% parlent d’idées suicidaires (contre 23,7% en 2017)".
"Pour l’épisode dépressif caractérisé, les principaux éléments identifiés ont été le temps de travail trop important, les humiliations, le harcèlement, l'agression sexuelle et les difficultés financières", poursuit-elle.

Mais quelles solutions?

Comment alors l’administration de l’hôpital et l’exécutif pourraient rectifier la situation et quelles mesures peuvent-ils mettre en place pour protéger les internes?
"En améliorant et respectant les conditions de travail des internes, et notamment leur temps de travail et de repos", commence Mme Dusein. "En démocratisant auprès des internes les ressources existantes et cellules d’aide, en cas de besoin".
En outre, il est indispensable de "lutter contre les violences sexuelles et sexistes", de "condamner les stages maltraitants par des sanctionsdes auteurs et des services concernés, qu’il s’agisse de comportements malveillants ou de non-respect du temps de travail", souligne-t-elle.
À la question de savoir si l'on a considéré des chèques psy comme une option, la porte-parole de l’ISNAR-IMG pointe qu'ils sont un "dispositif supplémentaire".
"Nous souhaitons avant tout améliorer et valoriser ce qui existe déjà. Permettre à un interne de consulter un psychologue pour parler de ses difficultés en stage est une bonne chose, s’assurer que sa formation se passe dans des conditions adéquates avec des interlocuteurs adaptés est mieux", résume Marina Dusein.
Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала