Quand l'AFP atténue une insulte de Biden qu'elle avait pourtant traduite sans pincettes pour Trump

© REUTERS / CARLOS BARRIALe président des États-Unis, Joe Biden, prononce un discours
Le président des États-Unis, Joe Biden, prononce un discours - Sputnik France, 1920, 27.01.2022
Plusieurs médias français ont choisi de ne pas traduire mot à mot l’insulte lancée par Joe Biden à un journaliste de Fox News. L’expression s’y prêtait pourtant bien. Donald Trump n’avait pas eu droit à ce traitement.
La dernière sortie médiatique de Joe Biden continue de faire parler dans les rédactions françaises. L’insulte lâchée par le Président américain à l’encontre de Peter Doocy, journaliste de Fox News, semble en effet avoir bénéficié d’un traitement spécial dans certains médias, rapporte Libération.
Interrogé sur l’inflation, le chef d’État avait lâché en pleine conférence de presse "What a stupid son of a bitch!", à l’encontre du journaliste, ce 24 janvier. Soit littéralement "Quel stupide fils de p*te!". Ce n’est pourtant pas la traduction qu’a choisi l’AFP, qui a finalement opté pour "espèce de connard", bientôt suivi par Franceinfo, Paris Match ou Le Parisien. Sputnik avait choisi d'utiliser la même traduction que pour Trump.
Une légère déformation qui intrigue, alors que l’expression pouvait véritablement être traduite mot à mot.

Trump pas logé à la même enseigne

Certains médias n’avaient d’ailleurs pas pris autant de pincettes avec Donald Trump, coupable d’avoir utilisé le même "son of a bitch" lors d’un discours dans l’Alabama en 2017, visant cette fois des joueurs de football américain. Ce que l’AFP avait alors bel et bien traduit par "fils de p*te".
Une différence de traitement que relativise Sébastien Blanc, le chef du bureau francophone de l’AFP en Amérique du Nord.
"Dans le domaine des jurons, injures et autres expressions outrageantes, il est rare qu’il existe une traduction parfaite, reflétant exactement le degré de vulgarité et d’animosité voulu par le locuteur [...] On est obligé de faire un choix, forcément imparfait", explique-t-il ainsi à Libération.
Les débats semblent en tout cas avoir animé les rédactions françaises, et le résultat final n’est pas le fruit du hasard, comme le montre plusieurs messages publiés sur les réseaux sociaux.
Peter Doocy, le journaliste insulté par Biden, avait plus tard fait savoir que le Président l’avait appelé pour s’excuser, affirmant qu’il n’y avait "rien de personnel" dans ses propos.

De l’Obamania à la Bidenmania?

Ce n’est pas la première fois que l’attitude la presse tricolore vis-à-vis d’un Président américain interroge. L’élection de Barack Obama avait notamment suscité une vague d’enthousiasme dans les rédactions françaises, qualifiée par certains d’"Obamania".
Le phénomène semble s’être répété dans une moindre mesure avec Joe Biden, présenté par exemple en "Popeye de la relance budgétaire" dans un éditorial du Monde de mars dernier, ou en "nouveau Roosvelt" par l’Obs.
Un concert d’éloges sans doute dû au passage de Donald Trump à la Maison-Blanche, qui semble avoir laissé de mauvais souvenirs à une partie de la presse, française comme américaine, aux opinions plutôt libérales, comme l’expliquait Ronan Planchon dans un éditorial du Figaro, en mai dernier.
"Joe Biden profite aussi de l'effet de contraste avec son prédécesseur. Avec lui, nombre de journalistes retrouvent quelqu'un qui leur ressemble: un social-libéral, consensuel […] d'où les portraits flatteurs à son égard et les comparaisons à l'emporte-pièce", écrivait-il ainsi.
Plusieurs personnalités politiques se sont déjà interrogées sur cette tendance de la presse française à pencher à gauche. Dernier en date: Éric Zemmour, qui avait dénoncé mi-janvier une "collusion entre certains journalistes et l'extrême-gauche", lors d’un déplacement à Calais. Le candidat à la présidentielle reprochait notamment à un professionnel d’avoir renseigné des militants antifas sur un lieu de rendez-vous.
En 2012, une consultation de l’Institut Harris Interactive pour Médias, menée auprès de 105 journalistes, révélait que 74% d’entre eux avait voté François Hollande au second tour de la présidentielle, contre 26% pour Nicolas Sarkozy.
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