Trump ou Biden, c’est l’État profond US qui mène la politique de confrontation avec Moscou

© AFP 2022 SAUL LOEBCongrès des États-Unis
Congrès des États-Unis - Sputnik France, 1920, 28.01.2022
Joe Biden est vivement critiqué pour sa gestion de la crise ukrainienne, notamment par son prédécesseur, selon qui les tensions n’en seraient pas là s’il avait été réélu. Mais Donald Trump aurait-il pu changer les choses? Analyse.
"Si Biden aimait notre pays, il démissionnerait et emmènerait Kamala avec lui, car la situation en matière de politique étrangère est plus que dangereuse à ce stade." Dans une interview donnée à Fox News le 26 janvier, Nikki Haley, ancienne ambassadrice à l’Onu de Donald Trump, a appelé Joe Biden et sa vice-Présidente Kamala Harris à se retirer.
Il est patent que la première année de mandat du Président Démocrate a été marquée par de nombreux revers géopolitiques, notamment le retrait chaotique des GI’s d’Afghanistan, après vingt ans de présence.

Ingérences et État profond

Pour l’heure, c’est en Ukraine que la situation se tend, alors que Washington refuse toujours les garanties de sécurité demandées par Moscou. Selon l’analyste et humanitaire Nikola Mirkovic, qui vient de publier l’essai L’Amérique empire (Éd. Temporis), Joe Biden, qui fait monter la pression en envoyant des troupes et des armes en Ukraine, est "complètement perdu."
"On sent qu’il ne sait même plus ce qu’il fait. Il s’est lancé dans une espèce d’aventure en se disant “on va aller titiller la Russie et continuer notre politique d’ingérence en Ukraine”, et désormais, il est perdu. Il a face à lui une puissance qui ne se couche pas, il ne sait pas gérer cette situation", affirme Nikola Mirkovic.
"C’est fou", a quant à lui déclaré Donald Trump, son ancien rival. Dans le podcast Great America du journaliste Lou Dobbs, l’ex-Président a réagi à la proposition de Joe Biden d’envoyer 8.500 GI’s supplémentaires en Europe. Cela pourrait "déclencher une Troisième Guerre mondiale […], c’est fou et cela ne se serait jamais produit en ma présence."
En effet, durant sa présidence, "Trump avait voulu jouer l’apaisement", souligne Mirkovic, qui rappelle que le 45e Président des États-Unis avait tenu vis-à-vis de la Russie un discours moins belliqueux.
"Mais les pressions de l’État profond américain étaient telles qu’il n’a pu aller au bout de sa politique", estime Mirkovic.
De fait, si Donald Trump n’a pas traité Vladimir Poutine "d’assassin" comme l’a fait Joe Biden, la Russie est restée durant son mandat la cible des sanctions américaines. En définitive, le pouvoir du Président serait bien moindre que ce l’on imagine.
En atteste le vote de 2017 d’un nouveau régime de sanctions à l’encontre de Moscou. Comme l’explique Dmitri Trenin, directeur du Carnegie Moscow Center, "le Président Trump, sachant qu’il n’avait aucune chance de passer outre le vote quasi unanime du Congrès favorable aux sanctions, n’a eu d’autre choix que de signer la nouvelle législation." "Pour de nombreux Démocrates, punir la Russie était un moyen d’empêcher le Président Républicain de vendre les intérêts de l’Amérique à un pays étranger. Pour les Républicains, être très dur avec la Russie les absolvait de toute accusation de collusion de la Maison-Blanche avec le Kremlin", poursuit Trenin dans son article d’opinion, La relation entre les États-Unis et la Russie durant l’ère Trump, paru sur le site de l’organisation.

En Ukraine, Biden est "complètement perdu"

Le Congrès, et non le Président élu, menait ainsi la politique étrangère américaine face à la Russie. Olivier Piton, avocat et directeur de la cellule de stratégie d’influence de l’ambassade de France à Washington de 2005 à 2010, constate qu’elle est restée inchangée malgré les alternances politiques.
"La politique étrangère des États-Unis depuis la chute du mur de Berlin est, à peu de choses près, toujours constante. Il peut y avoir des différences de style, mais sur le fond, ça reste pareil", explique-t-il.
Celui-ci en veut notamment pour preuve la politique américaine vis-à-vis de la Chine. "Depuis la fin du mandat Bush junior, il y a une constance de la politique américaine, considérant que la Chine est un danger", affirme l’avocat.
Et, concernant la Russie, "la politique qui consistait à profiter de la faiblesse du pays à la chute de l’URSS a été menée par tous les Présidents depuis Georges Bush père", ajoute-t-il. Ainsi, "même s’il y a eu des rapprochements personnels entre Donald Trump et Vladimir Poutine, il n’y a pas eu, en particulier sur le dossier ukrainien, de changement radical de doctrine. De ce point de vue, le continuum est réel." Ainsi, Olivier Piton doute-t-il qu’un Donald Trump aux affaires aurait été en mesure de changer la politique agressive de Washington vis-à-vis de Moscou, comme il le prétend.
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