Une étudiante chinoise a espionné des laboratoires sensibles français, selon Mediapart

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Top secret (image d'illustration) - Sputnik France, 1920, 14.02.2022
Entre avril 2018 et septembre 2021, une étudiante chinoise a passé plusieurs nuits dans des laboratoires sensibles à Metz et Strasbourg, et a permis à un de ses compatriotes d’y pénétrer, indique Mediapart. La DGSI est préoccupée par les nombreuses vulnérabilités des établissements de recherche français.
C’est un véritable scénario digne des meilleurs films. Xuan Wu, étudiante chinoise appliquée le jour et espionne de nuit. À plusieurs reprises, elle s’est laissée enfermer la nuit dans les laboratoires où elle mène ses travaux de recherche sur les systèmes cyberphysiques, relate Mediapart. Cependant, celle-ci se révèle faire preuve de moins de minutie dans ce cadre.
C’est d’abord à Metz, dans le laboratoire de conception fabrication commande (LCFC) du campus des Arts et Métiers, qu’elle a été repérée par des membres de l’établissement et réprimandée. Si celle-ci ne s’offre plus des aventures nocturnes sur le site messin, elle récidive quelques semaines plus tard à Strasbourg dans le laboratoire de recherche ICube de l’INSA Strasbourg. Xuan Wu y reste enfermée tout le week-end. Cette fois-ci, elle fait rentrer un compatriote, qui va s’intéresser de près au matériel du laboratoire qu’il a même pu utiliser, d'après une source de la DGSI auprès de Mediapart.
Sur Internet, elle laisse moins de traces que lors de ses intrusions nocturnes. Mediapart rapporte que son compte Facebook créé à son arrivée en France est inactif depuis son départ en 2021. La majorité de ses amis sont des expatriés chinois, camarades des Arts et Métiers, de l’université de Strasbourg ou d’une école d’ingénieurs du plateau de Saclay, dans l’Essonne.
Une personne qui a connu l’étudiante dans le cadre d’un programme de parrainage d’étudiants étrangers organisé par le CROUS a raconté au média son attitude particulière:
"J'ai rencontré Xuan Wu fin 2018, à la mairie de Metz, lors des +échanges gourmands+, organisés par le CROUS. Le principe est de recevoir une étudiante étrangère à sa table, puis de l’accueillir chez soi. Je me souviens d’une étudiante plutôt discrète, qui ne parlait pas français et était venue accompagnée d’une compatriote étudiante en LEA pour faire la traduction. Je me souviens qu’elle avait la manie de toujours tout prendre en photos."
Mme Wu ne se contentait pas seulement d’intrusions nocturnes. Il a été remarqué qu’elle avait pris l’habitude de se connecter sur les ordinateurs du laboratoire avec les identifiants des autres doctorants et doctorantes. Une pratique contraire à la charte informatique, et les différents avertissements des enseignants n’y changent rien. La doctorante chinoise a plaidé pour sa défense son manque de compréhension du français.
Une situation similaire s’était produite en 2005 à Compiègne lorsqu’une autre étudiante chinoise, en stage au service recherche et développement de l’équipementier Valeo, avait été interpellée et incarcérée, car elle avait copié une quarantaine de fichiers qui n’avaient aucun rapport avec son stage. Elle a été condamnée à un an de prison, dont 10 mois avec sursis, pour abus de confiance. Elle s’était également distinguée pour avoir ignoré les avertissements du personnel de Valeo qui la voyait toujours avec son portable équipé d’un disque dur de 40 gigas.
Suite à son intrusion dans le laboratoire de Strasbourg, un signalement a été fait à la DGSI qui a pris la décision de recommander aux Arts et Métiers de Metz et à l’INSA Strasbourg d’interdire les accès de leurs bâtiments à l’étudiante. Finalement, son cursus a été interrompu et le ministère de l’Enseignement supérieur a organisé le retour de cette dernière en Chine à l’automne dernier, selon Mediapart.

Le renseignement français face à l’espionnage chinois

Le contre-espionnage français livre depuis plusieurs années une lutte contre les activités de la Chine dans l’Hexagone. En 2018, il surveillait de près un phénomène d’augmentation de mariages entre des militaires affectés en Bretagne et des étudiantes chinoises de l’université de Bretagne-Occidentale (UBO) et de l’École nationale supérieure de techniques avancées (ENSTA), rapportait le journaliste Antoine Izambard qui a obtenu une note du renseignement dans le cadre de son livre "France Chine, les liaisons dangereuses", publié aux éditions Stock.
En avril 2019, le site spécialisé dans le domaine du renseignement Intelligence Online a révélé que plusieurs pilotes français de Rafale auraient été approchés par des sociétés chinoises travaillant avec l’Armée populaire de Chine. Selon le site, certains auraient cédé aux tentations. La Chine serait très intéressée d’obtenir des informations sur le fonctionnement de l’avion militaire.
En 2021, le rapport de la mission d’information sénatoriale sur les influences extra-étatiques dans le monde universitaire a appelé à la vigilance les universités, lorsque des offres financières parfois alléchantes du China Scolarship Council se présentent à des laboratoires.
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