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Comment les propos de Zelensky sur le nucléaire affaiblissent ses positions devant l’Occident

© Sputnik . Stringer / Aller dans la banque de photosPrésident de l'Ukraine Volodymyr Zelensky
Président de l'Ukraine Volodymyr Zelensky - Sputnik France, 1920, 23.02.2022
Les propos de Zelensky sur le fait qu’il considère refaire de l’Ukraine une puissance nucléaire et la retirer du mémorandum de Budapest ont affaibli ses positions aux yeux de l’Occident, qui le voit désormais comme un politicien "étrange" capable d’utiliser le chantage à l’utilisation de l’arme nucléaire, explique un politologue à Sputnik.
Dans le contexte de la montée des tensions autour de l’Ukraine, son Président Volodymyr Zelensky, en pleine conférence de Munich, a avancé l’idée de retirer son pays du mémorandum de Budapest et de redonner à l’Ukraine le statut de pays nucléaire. Des propos qui ne lui donnent qu’une image d’homme politique étrange et pas stable, ce qui ne peut qu’affaiblir la position de son pays aux yeux de l’Occident, estime Dmitri Abzalov, politologue, président du Centre pour les communications stratégiques.
"Cela montre une fois de plus que Zelensky est un étrange politicien s'il menace d'utiliser des armes nucléaires comme argument final. Moscou, Washington, Paris n'utilisent pas un tel argument. Parce que tout le monde comprend que c'est interdit et en plus c'est interdit au niveau du Conseil de sécurité [de l’Onu, ndlr]", a lancé le politologue au micro de Sputnik.
Après l'effondrement de l'Union soviétique, les pays de la Communauté des États indépendants ont hérité des armes nucléaires et il a été facile de parvenir à un accord avec le Kazakhstan et la Biélorussie, tandis que l'Ukraine s'est toujours inquiétée de cette situation et a estimé qu'il était nécessaire de conserver ces armes.
"L'initiateur de la renonciation aux armes nucléaires était les États-Unis. À l'époque, Bill Clinton a exercé de sérieuses pressions sur la délégation ukrainienne et a menacé d'isoler l'Ukraine, y compris sur le plan économique", rappelle l’interlocuteur de l’agence.
Il précise qu’à l’époque tout le monde craignait surtout que l'Ukraine ne transfère des armes ou technologies nucléaires à d’autres pays, par exemple la Corée du Nord ou l'Iran, ce qui était perçu comme extrêmement problématique, car l’entretien de telles armes nécessitait des dizaines de milliards de dollars, que l'Ukraine ne pouvait pas se permettre.
Qui plus est, tous les autres pays qui ont tenté de prendre le chemin du nucléaire contre les intérêts des États-Unis n’ont obtenu que des sanctions en réponse.
"Les États-Unis ont imposé des sanctions à la Corée du Nord pour avoir essayé de le faire, les États-Unis ont imposé des sanctions à l'Iran pour avoir essayé de le faire, tous les pays qui ont essayé d'avoir accès à cette technologie ont reçu des sanctions d’une manière ou d’une autre. Et maintenant l'Ukraine essaie d'utiliser cela, c'est bien sûr aussi un voyage à sens unique", analyse Dmitri Abzalov.

S’agit-il d’un chantage?

"C'est [un chantage] très maladroit, car à en juger par la réaction, ni la France, membre du club nucléaire, ni le Royaume-Uni, ni les États-Unis, n'ont le moindre intérêt à faire dérailler cet accord. Parce qu'ils sont bien conscients des conséquences", assure le politologue au micro de Sputnik.
Il a tenu à préciser qu’aucun de ces pays n'a réagi vocalement à ces déclarations, il a remarqué plutôt le silence et la tentative de ne pas faire sortir ses propos au premier plan.
"Si l'Iran avait dit qu'il allait torpiller toutes les initiatives de l'AIEA et se retirer de l'accord nucléaire, […] qu'ont fait les Américains? Ils ont sanctionné l'Iran. Parce que la chose la plus dangereuse qui puisse arriver lors d'un conflit militaire est d'y ajouter l’arme nucléaire", ajoute l’expert.

Quel est le danger de ces propos de l’Ukraine

L’expert a rappelé qu’il y a plusieurs dangers qui sont derrière la possibilité que l’Ukraine se tourne vers le nucléaire.
"Zelensky propose de revenir aux armes nucléaires, ou plutôt de se retirer de l'accord de non-prolifération, que l'Ukraine a signé en raison de manquements à la sécurité. C'est une histoire extrêmement dangereuse pour Washington. Parce que même maintenant, l'Ukraine peut faire beaucoup sur le plan nucléaire. L'Ukraine possède quatre centrales nucléaires, soit 15 réacteurs nucléaires, qui fonctionnent à plein régime aujourd'hui et l'Ukraine possède du combustible usagé qui ne va nulle part", explique Dmitri Abzalov.
Il attire l’attention sur le fait qu’avant il existait un accord avec la Russie qui récupérait le combustible usagé afin qu'il n'y ait aucune possibilité de travailler avec ces matériaux, mais pas maintenant.
"Maintenant, si M.Zelensky suggère que cet accord soit annulé, cela signifie que les Ukrainiens peuvent utiliser leurs propres stocks de combustible usagé. Par exemple, en les plaçant dans quelques ogives. Et maintenant, imaginons ce qui se passera si le combustible usagé commence à circuler dans le monde. Parce que l'armement, qui a été fourni à l'Ukraine, a ensuite été trouvé en Albanie, en Turquie, dans l'Union européenne", détaille Dmitri Abzalov.
Il a, ainsi, exprimé un fort doute à ce que "les pays, et Washington en particulier, aient intérêt à faire dérailler cet accord [le mémorandum de Budapest, ndlr], car il était fondé sur le refus de travailler avec n'importe quel type de combustible", résume-t-il.
"En ce qui concerne l'Ukraine, il s'agit de 15 réacteurs nucléaires et ils fonctionnent déjà. En général, les unités fonctionnent en alternance. L'Ukraine n'a jamais connu une telle situation, c'est pratiquement la première fois que les 15 réacteurs des centrales nucléaires fonctionnent. Toute manipulation est très dangereuse. Ils fonctionnent à pleine capacité, ils ne sont pas remplacés, c'est un phénomène très rare", ajoute-t-il.

Les USA sont les principaux perdants

L’interlocuteur de l’agence rappelle que ceux sont les États-Unis qui seraient les principaux perdants si l’Ukraine décidait de quitter le mémorandum de Budapest et de revenir au statut de puissance nucléaire.
Mettant l’accent sur le fait que l’Ukraine possède toujours son combustible usagé, le président du Centre pour les communications stratégiques explique que le danger est caché même derrière une barre absorbante, car "une barre est aussi du matériel nucléaire. Vous pouvez fabriquer une bombe sale à partir de barres usées, par exemple. Il s'agit d'une phobie terrible pour les services de renseignement américains, car l'enjeu ici n'est pas l'explosion, mais la contamination".
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En outre, le politologue revient sur l’histoire avec le contrat des sous-marins entre les États-Unis et l’Australie. Les États-Unis et l'Australie ont signé un accord sur les sous-marins nucléaires. Et à l'époque, d’un côté, il a été dit qu'il était très dangereux de transférer la technologie des sous-marins nucléaires en Australie, car il y a de toute façon un réacteur là-bas, des éléments nucléaires. Pourtant, pour se défendre, les États-Unis ont expliqué que transférer des éléments nucléaires de combat était une chose alors que les propulseurs nucléaires ainsi que la production d'électricité en sont une autre. Ils ont appuyé sur le fait que le transfert de ce genre d’éléments n’était pas dangereux. Ils ont évoqué comme exemple le fait qu'il y a beaucoup de pays qui ont des centrales nucléaires, avec d'autres éléments dans le monde.
S'il y a un précédent en Ukraine maintenant, certains commenceront à dire que cela ne vaut pas la peine de transférer des composants nucléaires à des pays qui ne sont pas prêts pour cela, à l'Australie, par exemple, estime le politologue.
"C'est pourquoi Biden est extrêmement mécontent de cette histoire. Et si un arrêt massif des centrales nucléaires recommence, et pour la France et les États-Unis, ce serait meurtrier dans ce cas."
"C'était une décision très stupide, car personne n'a réagi en conséquence. L'idée était de faire monter les enjeux. +Vous n'allez pas nous protéger contre Moscou, alors nous allons nous protéger avec des armes nucléaires+. Cela affaiblit plutôt la position de Kiev aux yeux de l'Union européenne. Un acteur incontrôlable qui, au cas où, peut utiliser le bouton nucléaire, même s'il est dans un état très spécifique, ce sont de très gros risques pour l'Europe", conclut l’expert.
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