- Sputnik France, 1920
Crise ukrainienne
Les tensions sont montées entre la Russie et l'Ukraine fin 2021 sur fond de mouvements d’unités militaires dans le sud de la Russie.

Gaz algérien: un palliatif à une crise de l’approvisionnement en Europe?

© AP Photo / Aflred de MontesquiouL'usine à gaz de Krechba, dans le Sahara algérien
L'usine à gaz de Krechba, dans le Sahara algérien - Sputnik France, 1920, 01.03.2022
L’Algérie est disposée à "soutenir" ses partenaires européens en cas de "situations difficiles". Ce geste ne pourrait toutefois compenser la rupture de l’acheminement du gaz russe. Le géopolitologue Riadh Sidaoui nous dit pourquoi.
Alors que l’Europe cherche des moyens de diversifier son approvisionnement en gaz pour réduire sa dépendance à la Russie, l’Algérie propose ses services. Si les exportations russes devaient être réduites en raison de la guerre en Ukraine, le géant public algérien du gaz, le groupe Sonatrach, s'est déclaré prêt à fournir à l'Europe des quantités supplémentaires viale gazoduc reliant l'Algérie et l'Italie. C’est ce qu’a déclaré ce 27 février Toufik Hakkar, PDG de la compagnie pétrolière et gazière.
Sonatrach est "un fournisseur fiable de gaz pour le marché européen et est disposé à soutenir ses partenaires de long terme en cas de situations difficiles", a-t-il indiqué dans les colonnes du quotidien Liberté. L’Europe est le "marché naturel de prédilection" pour l’Algérie, qui contribue actuellement à hauteur de 11% aux importations de gaz du Vieux Continent, a-t-il souligné.

"Une réalité économique que les pays européens connaissent bien"

Mais l’Algérie dispose-t-elle de la quantité de gaz nécessaires et des infrastructures pour pallier concrètement l’offre russe?
"L’Algérie n’a pas la capacité pour compenser l’offre russe en Europe. Même le gaz qatari, qui d’ailleurs n’a pas de gazoduc direct vers l’Europe, ne peut remplacer le gaz russe. Je parle d’une réalité économique que les pays européens connaissent bien", répond le chercheur Riadh Sidaoui.
En effet, les apports algériens en gaz naturel et gaz naturel liquéfié (GNL) restent tributaires de la "disponibilité de volumes excédentaires après satisfaction de la demande du marché national" et des "engagements contractuels" envers les partenaires étrangers, a indiqué le patron de la Sonatrach.
Ainsi, même si la compagnie "dispose d’une capacité non utilisée sur le gazoduc Transmed", qui pourrait servir à "augmenter les approvisionnements du marché européen", affirme Hakkar, celle-ci ne pourrait équivaloir à l’offre russe.
D’ailleurs, note le chercheur tunisien et directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociologiques (CARAPS), basé en Suisse, "jusqu’à ce jour, le gaz russe continue à alimenter l’Europe. Notamment l’Allemagne et l’Europe de l’Est."
Bruno Le Maire - Sputnik France, 1920, 26.02.2022
Opération militaire russe en Ukraine
Pour Le Maire, le seul vrai sujet des sanctions contre la Russie "est le gaz"
Alger en est conscient. Le pays ne pourrait pas à lui seul " compenser la baisse d’approvisionnement en gaz russe ", indique à l’AFP Abdelmajid Attar, ancien ministre algérien de l’Énergie et ancien PDG de Sonatrach. Pour l’heure, "l’Algérie exporte un maximum de 22 milliards de mètres cubes via le gazoduc Transmed". Cela laisse une capacité de 10 milliards de mètres cube à exporter, a-t-il précisé. Très loin des plus de 200 milliards de mètres cubes par an que la Russie peut vendre à l’Europe.

Problème d’infrastructure

En effet, le gaz russe représente 40% du marché européen. Au mieux, "le gaz algérien peut faire baisser de quelques points la contribution du gaz russe à l’Europe, mais on est très loin de remplacer le gaz russe. C’est pour ça qu’on ne parle pas aujourd’hui de sanctions contre l’exportation de gaz et même de pétrole russe", rappelle notre interlocuteur.
"On parle beaucoup de Nord Stream 2, et on oublie que Nord Stream 1 continue de fonctionner normalement", ajoute-t-il.
"Si le gaz russe ne vient pas en Europe, on a un vrai sujet de prix du gaz en Europe", a expliqué de son côté le président de Total Énergies, Patrick Pouyannée, s'exprimant à Paris devant le forum de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP). Au cours de la dernière année, la hausse des prix du gaz encore constatée aujourd'hui était "conjoncturelle", liée à une forte demande venue de Chine, a-t-il expliqué.
"Pour alimenter l’Europe en gaz, soit on a des tuyaux, soit on a des terminaux de regazéification où on amène du gaz naturel liquéfié (GNL). Or ils sont tous pleins en ce moment, et on n’a pas assez de terminaux en Europe pour regazéifier le gaz liquéfié afin de remplacer les 40% de gaz russe", a-t-il précisé.
Selon lui, "il faut deux ou trois ans pour construire un terminal. La France en a, l'Allemagne n'en a aucun, et donc quand on me dit ‘comment vous faites si les 40% de gaz russe disparaissent’, alors là je peux vous dire que je ne sais pas faire. Je saurai faire dans deux-trois ans si on construit des terminaux, car on a du gaz, mais il faut pouvoir l’acheminer. On a là un problème d’infrastructure."
Sur le temps long, l’Algérie estime néanmoins qu’elle peut constituer une alternative plus crédible. À "moyen terme, dans quatre ou cinq ans, l’Algérie pourra envoyer de plus grandes quantités", affirme M. Attar. Pour atteindre cet objectif, il est toutefois nécessaire de "développer des réserves essentiellement constituées de gaz non conventionnel" (gaz de schiste). L’Algérie prévoit ainsi d’investir 40 milliards de dollars (environ 35,5 milliards d’euros) entre 2022 et 2026 dans l’exploration, la production et le raffinage de pétrole, ainsi que dans la prospection et l’extraction de gaz.
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