Qui et combien? Le Président ghanéen relance la question des réparations pour l’Afrique

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Un lingot d'or (image d'illustration) - Sputnik Afrique, 1920, 04.08.2022
Alors que la question des réparations pour l’Afrique pour les années d’esclavage réapparaît, on ignore encore si le continent africain en verra un jour la couleur. Pour un représentant de la Commission de l'Union africaine, une voix, même celle du Président ghanéen, ne suffira pas, et de vraies actions sont nécessaires.
Des réparations et des excuses officielles de la part des Européens sont toujours attendues en Afrique, a lancé le Président ghanéen en marge d’un sommet conjoint de l’Union africaine, du Fonds africain pour la justice transitionnelle, de l’Institut afro-américain et de Global Black. Alors que cette question n’est pas évoquée pour la première fois sur le continent africain, elle reste indéfiniment ouverte: les pays d’Afrique verront-ils un jour ces réparations?
Interrogé par Sputnik, Ivan Lochkarev, chercheur au Centre d'étude des élites politiques et membre du Conseil russe des affaires internationales, a estimé que ces demandes avancées par le Président ghanéen Nana Akufo-Addo ne résoudront pas la question et ne relanceront pas de discussions.
Le Président ghanéen a pour sa part déclaré que, bien que les effets des tragédies liées à l’esclavage des Africains par les puissances colonisatrices ne puissent être quantifiés, ils doivent être reconnus car l'Afrique a énormément perdu au cours de cette période, et que ses répercussions se font encore sentir aujourd'hui. Mais l’une des nuances les plus discutées de cette question des réparations est de savoir qui doit payer et combien.
Nana Addo Dankwa Akufo-Addo - Sputnik Afrique, 1920, 03.08.2022
Le Président ghanéen plaide pour des réparations et excuses officielles de la part des Européens

Une seule voix ne suffit pas

Les nations africaines avaient déjà lancé des appels aux compensations. En 1999, une commission spéciale a compté que les anciens colonisateurs doivent payer 777 milliards de dollars au continent africain.
Toutefois, tant qu’une seule voix s’exprimera, il y aura très peu de chance de voir de vraies actions, selon le représentant de la Commission de l'Union africaine pour les affaires politiques, la paix et la sécurité, l'ambassadeur Salah S. Hammad. Ce dernier a déclaré, cité par Graphic Online, que le moment était venu pour les Africains de parler d'une seule voix sur la question des réparations, ajoutant que "nous devons créer des bases pour que cette voix soit entendue". Il a déclaré que l'un des objectifs de l’Union africaine était de convenir de la création d'une plateforme qui représenterait officiellement l'Afrique et demanderait réparation pour le "crime" commis dans le passé.
Le Président Akufo-Addo a également rappelé que lorsque les Britanniques ont mis fin à l'esclavage, tous les propriétaires d'Africains réduits en esclavage ont reçu une réparation de 20 millions de livres sterling, soit l'équivalent de 20 milliards de livres sterling aujourd'hui, mais que les esclaves eux-mêmes n'ont pas reçu un sou.

Une question maintes fois soulevée dans le passé

En janvier 2010, l'Union européenne, lors de la conférence des Nations unies sur le racisme qui s'est tenue à Durban, a accepté de présenter des excuses pour les questions liées à l'esclavage et au colonialisme, de fournir une aide, de promouvoir les investissements et d'envisager un allègement de la dette.
"Nous reconnaissons et regrettons profondément les souffrances et les maux indicibles subis par des millions d’hommes, de femmes et d’enfants du fait de l’esclavage, de la traite des esclaves, de la traite transatlantique des esclaves, de l’apartheid, du génocide et des tragédies passées. Nous notons en outre que certains États ont pris l’initiative de présenter leurs excuses et ont versé des réparations, s’il y avait lieu, pour des violations graves et massives qui avaient été commises", selon une déclaration à l’issue de la conférence.
Selon Ivan Lochkarev, les pays européens ne payeront pas de répartitions dans un futur proche, car ils ont habituellement une vision prudente en ce qui concerne les allocations pour les pays africains et soutiennent surtout une idée de les guider dans la distribution des allocations reçues.
Ces propos du Président ghanéen ne devraient pas aggraver les relations entre le Ghana et les pays européens, a estimé l’expert au micro de Sputnik. Il explique que la diplomatie répond d’habitude à ce genre de demande que l’argent peut être donné pour certains programmes ou projets de développement.
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