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Le Festival international de musique «La route vers Yalta» a lancé en 2020 un concours international sur le thème du 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Des artistes y interprètent des chants militaires russes dans leur langue maternelle. Christelle Loury, demi-finaliste de cette joute, évoque cette expérience pour Sputnik.

Parmi les 157 candidats venus de 37 pays, le jury du festival international de musique «La route vers Yalta» a sélectionné 15 demi-finalistes. Malgré la distance, les frontières fermées et la situation difficile due à la pandémie de Covid-19, les organisateurs ont décidé de créer pour tous les nominés une demi-finale en ligne, le 8 mai prochain.

Christelle Loury, chanteuse et compositrice, surtout connue pour son répertoire de grands classiques de la chanson française et demi-finaliste du festival, raconte à Sputnik cette aventure humaine et musicale toute particulière.

«L’idée de la seconde édition du festival “La route pour Yalta” est de chanter dans sa langue maternelle une chanson russe sur le thème de la guerre», raconte Christelle Loury.

«Une Globe en flammes, sur sa trajectoire,/Et la fumée nous envahit/Nous avons donc besoin d’une victoire,/Une pour tous, quel que soit le prix!» Ces paroles, connues dans leur langue par tous les Russes, ont trouvé leur place dans l’âme d’artiste de Christelle Loury.

Une chanteuse en communion artistique avec la Russie

Elle a donc choisi «Il nous faut une victoire», un chant de Boulat Okoudjava, pour poser sa candidature au festival.

«Je trouve que dans cette chanson, on peut mettre tout le patriotisme du cœur. Je voulais montrer que dans la douceur, on peut faire sentir la force. Quand on voit les difficultés que l’on affronte à travers le monde, je me dis que nous avons besoin d’une victoire. Que ça soit une victoire lors d’une guerre, mais aussi nos victoires à nous, dans différents domaines de la vie», précise la chanteuse.

Depuis 2016, Christelle Loury part régulièrement en tournée en Russie et assure que découvrir le pays et le peuple russe l’a «touché au cœur et fait désormais partie de son être».

«La Russie rend toujours hommage à ses soldats morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Les familles montrent les photos portraits des soldats, ce que nous ne faisons pas en France. Pourtant, je trouve important de garder cette mémoire familiale, assure Christelle Loury» .

L’artiste estime que «le festival transmet un message d’espoir». Pour elle, «chanter une chanson russe dans une autre langue donne une autre dimension à son message, chaque artiste peut y mettre ses propres émotions».

C’est dans cet état d’esprit qu’une partie des 15 artistes sélectionnés pour la demi-finale du festival interprètent ensemble «Sombre nuit», une autre chanson populaire russe associée à la «Grande Guerre patriotique» –comme les Russes désignent le second conflit mondial– et à la résistance des peuples soviétiques.

Le festival de Yalta, une occasion de renouer avec ses racines

Grâce au travail artistique, rendu encore plus précieux en ce temps de confinement et d’isolement, chaque artiste dans un pays différent, les spectateurs profitent d’un chœur virtuel, où chacun interprète quelques lignes dans sa langue maternelle, suivi d’un couplet repris en chœur et en russe.

«À chaque tournée en Russie, je montre un répertoire de la grande chanson française aux Russes, mais je me fais également plaisir d’ajouter des chansons en russe. J’ai même appris et j’interprète en entier l’hymne russe, avec ses belles paroles», raconte Christelle Loury.

Le festival criméen a réveillé chez la chanteuse de vieux souvenirs de famille. «Ma grand-mère Jeanne a fait partie des maquisards», se souvient-elle, avant de raconter un épisode lointain. Un jour, sa grand-mère, en lien avec un groupe de résistants, a réussi à les prévenir de l’arrivée des nazis, au péril de sa vie.

«Le thème du festival m’a touchée. Pouvoir célébrer cette grande victoire par une chanson a un sens particulier pour moi, puisque mes grands-parents y ont aussi participé», précise Christelle Loury.

L’autre grand-mère de la chanteuse, Stéphanie, a caché des juifs dans la forêt et «faisait presque trois heures d’aller-retour à vélo pour leur donner à manger». Après la guerre, quand on a voulu remettre à cette héroïne au quotidien la médaille de Juste parmi les Nations, «elle a refusé en disant que “ce n’était pas pour une médaille qu’elle l’avait fait, que tout le monde aurait fait pareil”». Stéphanie adorait la musique et jouait de la contrebasse.

Un regard féminin sur la Seconde Guerre mondiale

Et puis, l’un des deux grands-pères de la chanteuse est parti au front, mais est rapidement tombé aux mains des nazis. Enfermé pendant cinq ans dans un stalag en Allemagne, lui aussi a réussi à trouver l’occasion de faire de la musique, «il racontait que c’était difficile, mais il a joué de l’accordéon».

«En chantant, je peux porter leur voix d’artiste, assure Christelle Loury, parce que pendant la guerre, la musique a été importante pour eux.»
La chanteuse Christelle Loury, avec les portraits de ses grands-parents qui ont participé à la guerre
© Photo. Pierre Loury
Christelle Loury, avec les portraits de ses grands-parents qui ont participé à la Seconde guerre mondiale

On ne sait pas exactement combien de femmes ont combattu dans les rangs de l’Armée rouge durant la Grande Guerre patriotique. Certains ouvrages récents citent la fourchette de 600.000 à un million de combattantes. Plus de 90 femmes ont été décorées de l’étoile de Héros de l’Union soviétique, dont la moitié à titre posthume.

«Je suis une artiste qui porte la voix de la femme depuis que je me suis lancée dans ce métier. Quand on regarde les 26 millions de Soviétiques morts pendant la guerre, je trouve que l’on ne parle pas assez des femmes-soldats», souligne Christelle Loury.

Et la chanteuse française, «tombée en amour» de la Russie, porte aussi un regard bienveillant et très féminin sur le pays qu’elle a pris l’habitude de visiter. Lors d’une tournée russe en 2018, elle a donné des concerts dans 13 villes en 15 jours. Malgré ce programme chargé et la fatigue, elle a tenu à faire des reportages photo sur chaque site. Tous les jours, elle faisait des vidéos pour dire à son public: «regardez la Russie, comme elle est belle!»

«Mes spectateurs étaient étonnés en découvrant à travers moi les paysages, les salles de spectacle et les gens de la Russie. Ça a poussé certains à y aller. C’est très important pour moi, je suis fière d’être une ambassadrice de ce pays», conclut la chanteuse.

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Tags:
Yalta, Russie, festival, chanson, Seconde Guerre mondiale
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