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    REFLECTIONS EN MARGE » Trois questions sur la vocation de l’Union européenne. Au micro journaliste indépendant Boris Toumanov

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    Nicolas Sarkozy s’est prononcé récemment et une fois de plus contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Selon les sondages, il se réfère, en l’occurrence, à l’opinion des deux tiers des Français sans parler de ses propres arguments plus ou moins convaincants en faveur de cette position.
    En Europe cette position est soutenue comme par exemple en Allemagne ou contestée comme en Tchéquie dont le président Vaclav Klaus prône au contraire un élargissement de l’Union européenne jusqu’aux frontières orientales de la Chine. A propos cela sans parler de la position des hommes politiques français tels que Pierre Moscovici et Michel Rocard qui se déclarent partisans inconditionnels de l’intégration de la Turquie à l’Union européenneInutile de dire que toute velléité d’un observateur russe de prendre partie pour l’une ou l’autre position aurait été aussi présomptieuse que déplacée. Il ne m’en reste pas moins le droit d’adresser quelques questions à l’une comme à l’autre école pour essayer de comprendre quels sont en fin de compte les critères conceptuels de l’Union européenne dont la vocation est si largement interprétée par ses membres qui font souvent recours à une logique conceptuelle diamétralement opposée comme nous venons de le constater dans les cas de MM Sarkozy et Klaus.
    La logique de M. Sarkozy est bien claire. Pour lui la Turquie est une grande nation qui possède une riche civilisation non européenne. Certes, la Turquie a été en Europe mais elle n’est pas d’Europe. Ce raisonnement est étayé par des considérations de second plan plus détaillées et moins diplomatiques.
    Par exemple. La Turquie avait été une fidèle alliée du bloc occidental durant la guerre froide. Comme le Japon ou Israël, mais pour autant cela ne leur donne pas un droit à devenir membre de l’Union européenne. Comment marchera l'Union si la Turquie s'y fait le représentant du monde musulman, que ce soit sur le terrain de la liberté d'expression ou sur toute autre question de politique intérieure d'importance.La Turquie a plus de 72 millions d’habitants. Ce qui signifie qu’elle aurait parmi les plus fortes représentations au Parlement européen et parmi le plus grand nombre de voix au Conseil des ministres, ce qui, pour une nation non européenne serait quelque peu paradoxal. La Turquie c’est aussi le problème difficile des minorités, notamment la question des 12 millions de Kurdes et de la minorité arménienne trop souvent encore victime d’attentats ciblés. Voulons-nous réellement importer ces conflits dans l’Union européenne, demande Stéphane Buffetaut, secrétaire national aux affaires européennes du CNI.
    Tout ça est bien raisonné.
    Cependant il serait utile de savoir comment les promoteurs de cette théorie entendent agir si et quand la Turquie en aura marre d’être traitée comme une sorte de batard européen pour se tourner ouvertement et pour de bon vers des valeurs islamiques avec toutes les conséquences que cela présume au plan géopolitique.
    Quant aux partisans d’un élargissement illimité de l’Union européenne je m’abstiendrai de tout commentaire pour poser la question suivante: leur vision d’une Union «euroasiatique» comprend-t-elle ce qu’on appelle l’espace postsoviétique ou bien entendent-ils le «contourner» pour s’unir avec la Chine?
    Or, ma dernière question s’adresse à la fois aux uns et aux autres. L’Europe de l’Atlantique à l’Oural prônée jadis par Charles de Gaulle est-ce pour eux une utopie germée dans l’esprit d’un vieillard proche de la retraite ou une suggestion qui mérite d’être sérieusement étudiée?

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