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    Berlin et Paris contre l’Europe?

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    «Berlin et Paris contre l’Europe», «L’UE accuse l’Allemagne d’irresponsabilité», «Le plan allemand pour les débiteurs fâche les Européens». Les titres tels que ceux-ci sont dans tous les journaux européens à la veille du sommet UE de deux jours qui s’est ouvert le 28 octobre à Bruxelles et qui est consacré au renforcement du contrôle de l’exécution par les États membres du Pacte de stabilité et de croissance.

    Les passions financières se déchaînent en «Europe élargie» après la rencontre à Deauville des leaders français, allemand et russe. La chancelière allemande Angela Merkel avait alors proposé de priver du droit de vote ceux qui persistent à négliger les plafonds du déficit budgétaire et de l’endettement public. Sarkozy, auparavant en désaccord avec son invitée berlinoise quant aux méthodes de traiter la «maladie grecque», n’avait rien dit contre cette fois-là. En échange, madame la chancelière avait partagé l’avis du président français selon lequel les sanctions ne devaient pas être automatiques mais approuvées par le Conseil.

    Les «initiatives de Deauville» ont fait l’objet des attaques de la part de la quasi-totalité des chefs d’État européens et des représentants des institutions de l’UE. C’est Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice, qui a peut-être réagi de la manière la plus brusque: beaucoup d’analystes ont qualifié sa démarche de «grand scandale». Le premier ministre grec Geórgios Papandréou était bien évidement parmi ceux qui critiquaient le plus cette idée de priver les débiteurs du droit de vote: c’est la catastrophe financière grecque qui a failli faire s’écrouler toute la zone euro. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a estimé, lui aussi, que cette mesure était inadmissible. Selon le ministre luxembourgeois des Affaires étrangers Jean Asselborn, l’accord conclu entre l’Allemagne et la France ne convient pas à l’Europe.

    Certains commentateurs estiment cependant que l’idée de Merkel de priver ceux qui violent le Pacte de stabilité du droit de vote n’est rien d’autre qu’une manœuvre tactique servant à faire adopter en douce la proposition de modifier le Traité de Lisbonne. C’est que l’Allemagne et la France contribuent ensemble à la hauteur de 50% (750 milliards d’euros) au fonds anti crise. Ce parapluie de sauvetage se refermera en 2013. Un autre mécanisme de contrôle sera donc nécessaire. La version actuelle du Traité de Lisbonne ne prévoit rien. Selon le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, les leaders des États membres de l’UE ont fini par reconnaître la nécessité de faire des « modifications restreintes » du Traité.

    Vladislav Belov, célèbre politologue russe, directeur du département des pays et des régions de l’Institut de l’Europe estime que les initiatives franco-allemandes sont justifiées et urgentes :

    «Cette position est cohérente, dit Belov. Elle irrite beaucoup d’États membres de l’UE mais est digne d’être respecté. Car ni la zone euro, ni l’Union européen n’ont d’avenir sans la réforme des mécanismes garantissant la discipline financière. Il y a des problèmes en Allemagne et il y a des problèmes en France. Cependant, les initiatives de leurs leaders sont, à mon avis, très positives».

    Lors de l’intervention à Bundestag le 27 octobre, Angela Merkel a dit : «Il est vrai que l’unité franco-allemande n’est pas pour toute l’Europe. Mais il est également vrai que sans l’unité franco-allemande beaucoup de choses n’existeraient pas». L’histoire montre que ce n’est pas que l’avis personnel de madame la chancelière.

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