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    L’Algérie ou l’histoire prise en otage

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    Il y a quelques jours je me refusais à aborder le sujet algérien à l’occasion pourtant facile de son indépendance, mais c’est en lisant ici et là les aberrations communes dont nous sommes abreuvés que je me décide à prendre la plume.

    Car enfin, voilà bien une histoire taboue, une histoire mise en scène, déformée, souillée, écartelée, vendue. Tout a été dit et écrit, des films avec plus ou moins de succès ont cherché à approcher ou à instrumentaliser l’histoire tragique de l’épisode français en Algérie. La torture, la fameuse « Gégène » a été dénoncée ainsi que la « corvée de bois » qui signifiait pour les prisonniers une mort anonyme dans un lieu isolé. Les massacres commis par le FLN et ses partisans ont été eux aussi dénoncés, nous n’y reviendrons pas, non plus que ceux de militaires français rendus fous par une guerre atroce.

    J’ai eu la chance ou le malheur dans mon enfance et mon adolescence d’entendre de mes propres oreilles les témoignages de plusieurs vétérans, qui avaient fait l’Algérie. Quels récits atroces j’avais alors entendu narrer par ces gens, ces hommes, ces « monsieur tout le monde » ! En tant qu’historien avant d’être journaliste, je dois avec force dénoncer la politisation éhontée de cette guerre, la guerre des mensonges. Quelle ignorance de l’histoire de la colonisation algérienne ! Quelle ignorance aussi de sa décolonisation ! Des personnages sans scrupules dans les méandres de l’histoire n’ont eu de cesse de déformer et de prendre en otage cette histoire algérienne durant son mariage forcée avec la France.

    Oui, il s’agit bien d’un mariage qui fut forcé, par la décision d’un Roi de France, le dernier, puisque son successeur fut le premier et dernier Roi des Français, d’un Roi donc, qui en mal de popularité avait confié au Maréchal Bourmont, le traître de la campagne de 1815, le soin de lancer la France dans une conquête coloniale destinée à redorer le blason d’une monarchie discréditée par les Ultras, les monarchistes les plus extrémistes. C’est de cette manière que la France s’est littéralement déversée sur les contrées algériennes qui à cette époque pas si lointaine étaient officiellement contrôlées par la Porte Ottomane. Mais dans les faits, cette vassalité n’avait plus guère, et depuis longtemps d’importance, Alger n’était plus qu’un repère plus ou moins actif, comme Tunis et Tripoli, de barbaresques, les redoutés pirates du Maghreb.

    Le puissant Louis XIV avait, nous nous en souvenons, armé force galères et navires pour lutter contre ce fléau de nos navires marchands. Durant la période impériale, l’un de ses corsaires, le Rais Hamidou, une légende de la piraterie et qui fut aussi efficace et courageux que son équivalent français, le corsaire Surcouf, fut même presque à l’origine d’une guerre, une fois encore inconnue, entre l’Algérie et les jeunes Etats-Unis qui envoyèrent une escadre pour détruire ce dangereux pirate qui s’attaquait au pavillon américain. Il fut en effet crédité de la prise de plus de 200 navires et fut finalement tué le 17 juin 1815 sur son navire ayant été surpris par les navires de guerre américains. Sa mort ne devait pas faire cesser la guerre de course des intrépides algériens, mais du moins lui avait porté un coup sensible.

    Considérés par les Européens comme de vulgaires pirates, cette excuse ainsi que quelques autres incidents autour du Régent d’Alger, conduisirent à l’invasion de l’Algérie, qui nous devons le dire était sous différents contrôles. Il est important de rappeler que plusieurs ethnies vivent ici depuis longtemps plus ou moins en harmonie et ne furent rassemblées que par la conquête française qui fut très longue. Il n’a pas assez été dit que la résistance des peuples de l’Algérie fut très âpre, qu’il y eut des rebondissements de 1830 jusqu’en 1903 ! Les français durent prendre les villes une à une, la capitale de la Kabylie, Constantine ne fut prise qu’en 1837 et les Français eurent à lutter durant dix ans contre l’Emir Abd-el-Kader qui ne fut finalement défait qu’en 1848.

    Les faits qui se déroulèrent ensuite furent tout aussi violents et synonyme de massacres et de destructions. Les Kabyles tentèrent de se révolter à l’occasion de la défaite militaire de la France en 1870-1871 et les Touaregs du Sud donnèrent eux aussi beaucoup de fil à retordre pour une armée française, il faut le dire ingénieuse et qui fit la gloire de la Légion Etrangère, terre s’il en est de cette unité prestigieuse qui n’a pas d’égale dans le Monde. D’Alger au Sahara, les Français combattirent les différents peuples de l’Algérie durant 70 ans. Aujourd’hui il est facile à nos contemporains de s’esclaffer et de récriminer sur les horribles colonialistes que nous furent ! Mais c’est oublier qu’en Histoire, la vraie, pas celle des politiciens d’hier et d’aujourd’hui, il est impossible de juger des faits sur les bases de notre vie moderne.

    Ainsi, les grecs ne peuvent être définis comme d’abominables esclavagistes, non plus que les Romains… car l’esclavage jusqu’aux portes du XIXème siècle fut une composante de la société humaine, de ses pratiques. C’était la normalité, comme la colonisation fut regardée à cette époque comme un bienfait nécessaire, et désirée. Jules Ferry, l’homme de la scolarisation fut l’homme également de la colonisation et fut beaucoup décriée pour cela à son époque même, et à propos du Tonkin. La France devait encore longtemps désirer ses conquêtes, avide de contrôle, de régions à exploiter, mais aussi d’écoles à construire, de ponts, de ports, de barrages, de fermes, de puits et tant de choses encore !

    Ce mariage de l’Algérie et de la France quand bien même fut-il une relation forcée, ne fut pas seulement les horribles massacres des troupes françaises qui détruisirent des villages entiers sur le chemin de la colonisation. Elle ne peut être réduite simplement à sa face négative, et malgré les tentatives désuètes et tapageuses de journalistes et personnalités politiques bien mal inspirées, la Colonisation de l’Algérie fut à la base de bien des prospérités et pas seulement françaises. Ce mariage, doit également faire rappeler que l’Algérie fut décomposée en trois départements français, fait unique dans notre histoire de la colonisation. La France, ne fut quasiment jamais un pays de colonisation dans le sens propre du mot : l’installation de colons en masse.

    L’Algérie fut une de ses exceptions avec le Canada, et le Monde créé par la fusion de la France et des Algériens ne fut ni plus mauvais, ni meilleur que les autres standards observables de cette époque. Ce monde était-il injuste ? Mais bien-sûr que oui ! Depuis quand l’homme est-il juste ? Quelle civilisation peut se dire meilleure et plus juste qu’une autre ? Qu’est-ce que l’Homme a démontré dans son histoire à part sa capacité à guerroyer, à asservir, à dominer, à humilier, à détruire, à blasphémer, à venger ? Alors en ce qui concerne l’Algérie, et l’histoire de la Guerre d’Algérie, il est assez pitoyable depuis 50 ans, de voir, de pseudos historiens faire le procès du colonialisme français, faire le procès du FLN, faire le procès des Généraux du Putsch de 1961, faire le procès des chefs algériens corrompus, faire le procès du Général de Gaulle…

    Les Algériens vraiment doivent-ils se montrer honteux, les Français vraiment doivent-ils se montrer honteux ? De grandes choses furent réalisés en Algérie du temps de son passé français, de grandes injustices furent également commises par la France, et ensuite par l’Algérie elle-même. Ce pays fut construit dans un absolument mépris de la loi des gens, une frontière taillée au cordeau, livrant les « Bleus » du désert à la domination de peuples qui avaient toujours été leurs ennemis ! La France oui, peut piteusement se prévaloir d’avoir fait « du sale travail » en Algérie. Faut-il pour autant avaliser les tortures et les abominables massacres commis par le FLN et d’autres criminels algériens ? Faut-il laisser stigmatiser les Harkis, les fidèles alliés de la France si maltraités ensuite par elle ? Faut-il continuer à laisser cette « pseudo » histoire insulter les vétérans de l’Armée française ? Combien de temps, ces hommes seront-ils identifiés aux bourreaux, ou aux traîtres et déserteurs français qui les uns comme les autres furent une infime minorité ?

    Avons-nous assez remué de boue pour nous trouver satisfait en France des « sales histoires ». Et quels intérêts avons-nous à poursuivre un combat terminé depuis un demi-siècle et alors que l’Algérie s’est elle-même installée en France ? Car combien d’Algériens depuis sont venus dans le sein de la France, combien sont venus pour construire la France moderne ! Des centaines de milliers ! Nos combattants après tant d’injustice ont reçu le droit de porter le titre « d’anciens combattants » et c’est tardivement qu’en France nous avons commencé le travail de mémoires. L’Algérie fut française. Elle ne l’est plus et ne le sera probablement plus jamais. L’avenir ne se trouve pas dans les blessures du passé, mais dans un mariage plus intelligent des peuples, non par la force mais par la compréhension. Les historiens feront leur travail, mais de grâce, à tous les ramasseurs de brûlots qu’ils soient d’un bord ou d’un autre de la Méditerranée, passez votre chemin, il n’y a pas de vérités assenées en Histoire mais des faits, et ils ne sont jamais tout blanc ou tout noir. /L

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