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    L’enlisement des Français est-il possible au Mali ?

    L’enlisement des Français est-il possible au Mali ?

    Photo : EPA
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    Après la phase conquérante dans l’offensive au Mali des forces françaises et africaines, qui ont repris les principales villes occupées par les islamistes, il est évident que le conflit a pris un caractère tout à fait différent. François Hollande annonçait le retrait dès le mois de mars des premiers soldats français, mais le bras de fer semble loin d’être terminé et nous sommes déjà à la mi-février. Un enlisement est-il possible ?

    Comme beaucoup de conflits de ce genre, notamment depuis la fin des guerres coloniales, il est évident que la façon de mener une guerre a radicalement changée. La vision ancienne que nous pouvons garder des grands conflits mondiaux est désormais totalement obsolète. Entre temps, plusieurs exemples sur le terrain ont montré que pour gagner une guerre, la force brute, la qualité des armements, le nombre et la puissance de feu n’étaient plus suffisants pour l’emporter. Et les exemples pullulent et non des moindres ! Entre 1954 et 1961, la France était par exemple victorieuse sur le terrain algérien, les derniers combattants du FLN n’étaient plus que quelques centaines d’hommes, à peine 3 ou 4 000 combattants organisés et pourtant politiquement la guerre fut perdue.

    Ce fut le choc du Push des généraux, et l’incompréhension des soldats qui avaient remporté cette guerre. Ils ne comprenaient pas que la défaite était venue d’ailleurs… en l’occurrence des volontés politiques et de l’opinion dans l’Hexagone. Un peu plus tard, il en fut de même de la guerre du Vietnam entre 1965 et 1975 où une armée d’un demi-million d’Américains surarmés et lourdement équipés a dû céder devant l’opiniâtreté d’un peuple libre dont les armées avaient pourtant étaient brisées durant l’offensive du Têt (1968). Mais le choc dans l’opinion publique fut énorme et provoqua sa déliquescence… L’URSS ne réussit pas mieux en Afghanistan entre 1979 et 1989 sans parler de l’Irak à partir de 2003 et de l’Afghanistan depuis 2001 pour les coalitions occidentales.

    Beaucoup de « spécialistes » font par ailleurs des comparaisons entre l’intervention française au Mali et l’Afghanistan prédisant un enlisement futur, tandis que d’autres parlent de guerres néocoloniales et de la volonté hégémonique française dans l’Afrique de l’Ouest et sur les territoires des anciennes colonies de l’Afrique-Occidentale française ou de l’Afrique Equatoriale française. C’est à notre avis faire des raccourcis faciles qui s’accordent mal à la réalité, même si des éléments sont à prendre en considération. La première chose à remarquer est le terrain même des combats, il s’agit d’une immense région désertique ou semi-désertique qui ne se limite pas au Mali mais à plusieurs autres pays, dont le Niger, l’Algérie, la Lybie, le Mali et même le Burkina Faso.

    Cette immense zone qui fut difficilement contrôlée par les Français lors de l’époque coloniale, entre la Belle époque et la Seconde Guerre mondiale, reste un défi à elle seule, mais revêt ses propres caractères très différents de l’Afghanistan hérissé de montagnes ou du Vietnam recouvert de jungles. La zone des combats est une zone ayant des caractères ambivalents, entre une révolte des Touaregs, indépendantiste, et les actions de groupes islamistes qui s’apparentent également au banditisme et autres activités criminelles. Du point de vue du terrain, la France aura donc à lutter contre les immensités et un climat très difficile, il faudra retrouver les valeurs et les qualités des célèbres méharistes et beaucoup de patience, la capacité de dispersion des éléments ennemis étant très grande.

    Car, la force brute ne peut pas grand-chose contre les tactiques de guérillas anciennes ou modernes. Une armée aussi moderne et aussi nombreuse qu’elle soit, quand elle est confrontée à ce genre de conflits, perd beaucoup de sa puissance intrinsèque. L’ennemi n’est pas clairement identifié, il est mélangé à des populations civiles qui font à la fois paravent et obstacle. Il peut disparaître et n’a pour but que de fatiguer son adversaire. La fatigue doit s’obtenir par des pertes assez importantes pour que l’opinion publique de l’envahisseur, et particulièrement d’un envahisseur occidental se retourne. La tolérance de pertes d’une nation démocratique est en effet extrêmement faible, quelques dizaines de tués dans des attaques spectaculaires peuvent décourager toute une population via l’incroyable rapidité de diffusion de l’information par les médias. Il y a donc aussi une guerre médiatique de l’image : http://www.bfmtv.com/international/somalie-shebab-publient-photo-corps-presume-chef-commando-francais-424000.html .

    C’est à ce type de guerre que les Français sont déjà confrontés, terrorisme et guerre médiatique, et de ce côté-là, l’avantage est clairement du côté des fanatiques islamistes. Car à l’opposé des onéreuses armées à l’occidentale, les activistes extrémistes « musulmans » n’ont pas besoin de moyens spectaculaires et importants, ni en armement, ni en argent, ni en soldats. Ce côté amateur et bricolage, a toujours été la caractéristique bien connue des guérillas et depuis très longtemps, depuis la Vendée et la Chouannerie (1792-1800), l’insurrection noire de Saint-Domingue (1791-1809), en passant par les guérilleros espagnols de la guerre d’Indépendance (1808-1814), jusqu’aux célèbres FARC colombiens (1964- ?), l’histoire n’a pas variée. Des hommes décidés et motivés peuvent avec de très faibles moyens obliger un adversaire à dépenser des sommes considérables pour des résultats minimes et finalement l’obliger à baisser les bras. C’est toute l’histoire des guerres modernes ! Ce fut le cas de la guerre du Vietnam, c’est le cas de la guerre en Irak ou en Afghanistan.

    Toutefois à l’opposé, il est souvent dit que la guerre profite à certaines corporations notamment militaires et industrielles, mais elle affaiblit une économie par d’autres travers, elle peut enrichir des trusts mais appauvrir une population. L’argent est le nerf de la guerre… Mais encore faut-il pouvoir financer sereinement de telles opérations militaires et dans ce domaine les possibilités françaises sont limitées en témoigne l’aide que vient d’accorder Obama à Paris http://french.ruvr.ru/2013_02_12/Mali-Obama-debloque-50-millions-de-dollars-pour-Paris-et-NDjamena/ . Sous fond de crise économique, les possibilités françaises pour entretenir à long terme une force militaire d’intervention sont faibles, c’est la raison principale de la déclaration de François Hollande d’un retrait rapide, sans compter le bénéfice pour sa cote de popularité ne devant pas se trouver gâté par un enlisement.

    Une vieille tactique a consisté, et consiste à instruire des autochtones pour former des contingents militaires nationaux et locaux capables de contrer les agissements http://french.ruvr.ru/2013_02_09/Les-militaires-etrangers-arrivent-au-Mali/ d’un ennemi inséré dans le paysage. Mais cette stratégie a montré ses limites dans tous les pays où elle a été initiée, de l’Indochine française en passant par l’Algérie, le Vietnam et aujourd’hui l’Irak et l’Afghanistan. Un élément idéologique, religieux ou patriotique est en effet un puissant moteur vers la victoire, un élément qui donne une force autrement plus redoutable que la plupart des armements modernes des démocraties occidentales : la foi dans un idéal, qu’il soit politique ou religieux. Napoléon disait lui-même : « A la longue, le sabre est toujours vaincu par l’esprit ». Peut-on vaincre des idées ?

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