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    M. Chevènement : « En France la parole est confisquée par une minorité »

    M. Chevènement : « En France la parole est confisquée par une minorité »

    Photo : La Voix de la Russie
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    Jean-Pierre Chevènement nommé en octobre 2012 représentant spécial pour les relations entre la France et la Russie est en visite à Moscou. Il a pris le temps de venir rencontrer les étudiants russes et français de l’Université moscovite du MGIMO pour un exposé sur le thème « La France et la Russie face aux défis contemporains ».

    Durant un long discours M. Chevènement a passé en revue la situation internationale actuelle et a finalement peu évoqué les fameuses relations internationales entre la France et la Russie, mais venant d’un non russophone, aussi intelligent qu’il puisse être, il n’était pas très étonnant de lire derrière le discours du représentant spécial de François Hollande une certaine ignorance du thème de la Fédération de Russie. Il était cependant déjà venu à la rencontre des étudiants du MIGMO en 2006, et durant l’exercice sa vision analytique du monde et de son futur a été dévoilée devant une assistance très attentive.

    Il faut dire nonobstant, que nous étions très loin de la prestation assez pitoyable du ministre délégué chargé de l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, qui quelques mois plus tôt avait fait à cette même place une intervention très mitigée, entrecoupée de citations, pour ne pas dire d’appel à Jean Jaurès et de phrases de circonstances. Avec Jean-Pierre Chevènement le ton a été très différent et nous avons senti le personnage d’expérience, tant politiquement que dans son rapport au discours et au public. Après avoir rappelé les sempiternels liens qui unissent historiquement et culturellement la France et la Russie, il est ensuite entré dans le vif du sujet… tout en parlant finalement très peu de sujets précisément franco-russes. M. Chevènement, a ajouté toutefois que la Fédération de Russie ne fait pas partie des pays émergents mais qu’il s’agit « d’un pays réémergent ce qui est une sacrée différence », devait déclarer l’ancien ministre.

    Le Monde a-t-il indiqué est dans une période de profonds changements qui voit la montée sur le devant de la scène, de pays qui ont le vent en poupe et qui possèdent des atouts assez similaires : population nombreuse, réserves minières ou en hydrocarbures gigantesques, possibilité de croissance et main d’œuvre bon marché en citant la Chine, le Brésil mais aussi l’Indonésie, l’Inde ou la Russie. En rappelant ce fait, il a insisté sur la crise financière qui frappe le Monde et tout particulièrement l’Ancien monde, en évoquant le fait qu’une nouvelle bipolarité était en train de naître : d’un côté les Etats-Unis, de l’autre la Chine. A ce propos, il dissociait assez nettement, les USA de l’Occident, en réfutant à demi-mot le fait que la France et donc bien d’autres pays, soit réellement comprise dans cet ensemble. Il posait même la question de la réalité de l’Occident, non pas de son existence, mais de sa réelle composition géostratégique.

    Ecornant au passage Nicolas Sarkozy, il indiquait également que si la France sous son égide avait rejoint le commandement de l’OTAN s’était avant tout par sa vision que la France faisait réellement partie de cette entité et ne pouvait en être séparée, M. Chevènement mettant en doute le bien-fondé de cette thèse. A plusieurs reprises, l’ancien président du MRC a cité le général De Gaulle qui est revenu dans le discours de Jean-Pierre Chevènement, notamment pour faire allusion à la création de l’Europe, et de « L’Europe de l’Atlantique à L’Oural ». Et malgré son engagement passé contre l’Europe des traités, le discours de Chevènement a été très lissé sur ce sujet, pour ne pas dire absent.

    Une grande partie du discours a concerné en particulier l’Asie, le Moyen et le Proche-Orient et aussi l’Afrique notamment la situation en Egypte et au Mali. Il faisait justement remarquer que sous fond de la montée d’un islam politique extrémiste, se développait dans les pays développés un hyper libéralisme tenté d’un très puissant individualisme. Il énonçait aussi dans le cas de la montée du terrorisme, les effets pervers de la Charia, la persécution des Coptes en Egypte qu’il qualifiait pourtant d’un sérieux candidat à devenir l’une des nations émergentes, en citant également le Ghana et l’Afrique du Sud. D’une manière étonnante, il lançait même une surprenante déclaration sur le fait que « Nous sommes des puissances musulmanes, nous la Russie et la France », en ajoutant que le passé commun et les populations musulmanes de ces deux pays, les conduisaient à bien connaître le monde musulman.

    Au-delà de la phrase malicieuse qui fait sursauter, M. Chevènement s’attardait longuement sur la question malienne et syrienne en indiquant que sur la première la France avait répondu à un appel au secours du gouvernement du Mali et qu’il y avait là urgence à intervenir pour repousser une offensive des trois principaux groupes islamistes, voire plus ou moins criminels, à l’œuvre dans le nord du Mali. Répondant à une question il affirmait même que « la France ne menait pas de guerre néo-colonialiste au Mali et n’avait pas d’intérêts économiques à défendre dans la région». Concernant la Syrie, l’ancien ministre déclarait tout aussi fortement que « Ni la Russie ni la France ne souhaitaient voir un régime djihadiste en Syrie malgré des points de vue différents ». En précisant toutefois que cette crise syrienne « n’avait que trop duré ». A ce sujet le développement de son discours s’inscrivait donc majoritairement dans la ligne officielle de la France, en gardant une certaine mesure à propos de la Russie.

    Une certaine mesure remarquée par les étudiants qui à la sortie de la conférence faisaient remarquer à Jean-Pierre Chevènement que durant l’ensemble de sa prestation, ses propos avaient été originaux par rapport à ce qui pouvait être entendu dans les médias français, ce à quoi M. Chevènement a répondu de manière assez impromptue que « Nous assistions en France à une certaine confiscation de la parole par une très petite minorité qui ne représentait qu’elle » et d’ajouter que cette minorité en prenant ce droit ne représentait pas forcément les intérêts de la France. M. Chevènement a ensuite estimé que son opinion était beaucoup plus répandue parmi les Français que nous ne pouvions le croire, un avis pour le moins détonnant, mais non surprenant lorsque l’ancien ministre reprenait un interlocuteur en lui précisant qu’il ne « faisait pas partie du gouvernement français ».

    A la lueur de cette conférence et de ce que M. Chevènement a déclaré durant toute sa durée, soit dans le feu de l’action, soit plus officieusement à sa sortie, la Russie aura été un thème finalement assez mineur, même si le rôle et les liens franco-russes ont été rappelés et de conclure que la France ainsi que la Russie n’aspiraient finalement qu’à prospérer et à vivre en paix, « les Peuples devant faire l’effort de comprendre les autres ».

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