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    Les tracas de Hollande ou du Janus droit-de-l’hommiste

    Les tracas de Hollande ou du Janus droit-de-l’hommiste

    Photo : EPA
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    Il y a des dirigeants qui font si bien leur travail que leurs troupeaux finissent par prendre des vessies pour des lanternes. Pardonnez-moi cette entrée en matière quelque peu grossière, mais elle veut dire ce qu’elle veut dire appliquée au triste refrain des droits de l’homme qui font plus office de paravent ou de trompe-l’œil que de valeur crédible.


    Les politiques de ces dernières longues années semblent en fait fondées sur l’interaction vicieuse du crédible et du vraisemblable. Je n’ose même plus évoquer cette notion depuis longtemps déteinte, voire creuse qu’est celle de la véridicité. On n’en est plus là. Ainsi, lorsqu’on se décrédibilise, il ne reste plus qu’à se réfugier à l’ombre de beaux simulacres. C’est ce que font, a priori, tous les Présidents normaux soucieux de promouvoir des simulacres normaux.

    Lors de sa dernière entrevue avec Poutine, Hollande n’a pas manqué de lui demander où en était la Russie au niveau des Droits de l’homme, remarquant au passage que 2012 avait été une année particulièrement déplorable (il aurait dû dire minable, car c’est maintenant l’adjectif préféré de son Premier ministre) du point de vue de leur respect. Bon, je suppose qu’il avait finement fait allusion au sort quasi-macabre de l’opposition durant la campagne présidentielle ainsi qu’à la sévérité du verdict prononcé contre les Pussy Riot. Naturellement, on peut grossir à la loupe un lézard du Midi, il n’en deviendra pas pour autant un dragon à deux têtes. C’est pourtant un dragon redoutable que M. Hollande tâche d’exhiber, secouru en cela par les meilleures plumes de la presse occidentale. L’objectif est plus flagrant que jamais : détourner les regards des énormités perpétrées par le Big Brother bicéphale de l’Outre-Atlantique et justifier par là sa loyauté au Maître.

    Imaginerait-on un Président autrement normal applaudir la réélection d’Obama non pas pour des raisons purement pragmatiques – mieux vaut, il est vrai, un Obama qu’un Romney – mais bien pour des raisons de « sympathie » personnelle ? Parfaitement solidaire de ce faucon sanguinaire aux allures de blonde presque fragile qu’est Mme. Clinton, Obama a avoué en janvier dernier qu’ « Hillary rester[ait] la meilleure secrétaire d’Etat que [les USA] aient eus ». Grand bien lui fasse, aurais-je la tentation de répondre si ce n’étaient certaines images des bienfaits étasuniens généreusement déployés en Yougoslavie, en Irak, en Lybie et en Syrie en ce moment. L’histoire, c’est comme l’école, disent certains. On y apprend des leçons. C’est tellement vrai qu’on y apprend aussi, assez souvent, à sortir sec de l’eau. L’impunité d’une Clinton tient à l’arrogance paroxysmique de Mme. Albright qui en 1996, quand on lui fit grief de la mort de 500.000 irakiens de moins de cinq ans suite à l’embargo américain de 1991, répondit avec une simplicité déconcertante : « Ca val[ait] bien ce prix-là ». Les acteurs du III Reich n’auraient pas dit mieux.

    Ce qui fait peur, aujourd’hui, c’est que le Mal ne s’assume plus. Hitler ne se cachait pas derrière de nobles motifs. Pas plus que Pol Pot. Pas plus, même si cet exemple devrait s’inscrire dans une autre liste, Churchill qui, lors de Nuremberg, regretta ouvertement d’avoir choisi le mauvais ennemi, c’est-à-dire l’Allemagne nazie. Le Mal a appris à se déguiser, compliquant considérablement son dépistage, car, comme l’a remarqué Saint Paul, la plus grande ruse de Satan consiste à nous faire croire en son inexistence. Cette ruse des USA allie trois facettes fondamentales qui sont trois facettes d’inhumanité totale :

    - La facette financière. On a longtemps cru que l’UE, conçue comme l’Empire européen, avait la magnifique vocation de contrer l’hégémonie étasunienne. On a longtemps cru que l’euro pourrait contrebalancer la toute-puissance du dollar. On sait maintenant que Messieurs Schumann, Monnet et Spaak avaient largement profité des 500 millions de dollars US accordés par la CIA pour mener à bien un projet lancé par le gouvernement Truman. But : annexer idéologiquement et économiquement une Europe essoufflée par deux guerres successives de peur que celle-ci ne se tourne côté Eurasie. Le projet du Général, n’était-il pas le développement de l’immense espace Atlantique-Oural avec une Allemagne, lourdement fautive, sous l’ascendant français ? Que voit-on aujourd’hui ? Une Europe rongée par la crise. Une Espagne, un Portugal, une Grèce, une Italie tellement malmenés, tellement endettés que je vois mal la France qui s’enfonce elle-même et l’Allemagne qui se démène comme un beau diable pour sauver une stabilité de plus en plus fragilisée leur venir en aide. Quid du dollar ? La peinture vert glauque ne manque pas, pas plus que le gaz de schistes et le pétrole des sables bitumineux que les USA apprennent à exploiter avec beaucoup d’efficacité. Le vampirisme financier servi à l’époque sous des auspices européophiles a lui aussi tout d’inhumain.

    - La facette belliciste invasive et parasitaire. La nouvelle tactique des USA vise à condamner non point l’acte, non point même l’intention si sa réalité est démontrée, mais bien l’hypothèse d’une intention. Or, toute hypothèse doit normalement être confirmée … du moins devant l’ONU. C’est ainsi que périt Saddam Hussein, victime d’une brillante mise en scène, puisque le Pentagone avait alors réussi à faire passer de simples camions pour des laboratoires mobiles de recherche biologique, à falsifier le sens d’une conversation entre officiers irakiens qui auraient parlé d’« agents neurotoxiques ». C’est sans compter que des photos satellites d’usines d’armes chimiques et de bunkers avaient été prises qui, au pire, ne pouvaient représenter que des granges ou des hangars. L’ONU n’étant dans l’ensemble pas convaincue de la nécessité d’intervenir, les USA et le RU se résolurent à attaquer sans approbation préalable. On croirait rêver ! Les USA ont peur des armes chimiques et essayent d’en trouver des traces, ne serait-ce qu’infimes, chez autrui ! C’est vite oublier le gâchis vietnamien lié à l’utilisation d’un herbicide surnommé agent orange et dont les premières et principales cibles furent les enfants ultérieurement intoxiqués. C’est vite oublier que l’Irak n’a pas été épargné par de véritables pluies de munitions au phosphore blanc. C’est aussi oublier que l’utilisation des bombes à fragmentation, prohibée en vertu de la convention de 2008, reste malgré tout largement exploitée par les USA et, on s’en doutait, Israël. Une fois de plus, les premiers visés sont les enfants, handicapés dès leur plus jeune âge, mutilés, défigurés. Cette leçon d’impunité sélective inouïe fait pendant à la leçon droit-de-l’hommiste que nos chers démocrates viennent nous imposer à cor et à cri, avec cet aplomb pervers qui caractérise leurs discours pompeux.

    - La facette idéologique. Sur ce point-là, je crois qu’il n’y a pas de rupture manifeste entre les idéologies néoconservatrice et proprement républicaine. Bon, on sait que le père spirituel du parti néoconservateur n’est autre que le philosophe allemand Léo Strauss, disciple fidèle de Goebbels. Celui-ci étant Ministre du III Reich à la Propagande, on comprend mieux que les subterfuges soi-disant droits-de-l’hommistes des USA sont enracinés dans une longue pratique historique. S’il n’en était pas ainsi, l’Amérique n’aurait jamais pu expliquer, des décennies durant, l’existence du Western Hemisphere Institute for Security (l’ex SOA), Ecole militaire où sont dispensés des cours de torture. Recherches sur les techniques de contrôle de l’esprit, traitements physiques particulièrement rigoureux appliqués tant sur le sol étasunien que sur le continent latino-américain ainsi que dans certains pays africains et moyen-orientaux annexés par les USA : toutes ces mesures n’ont, d’une part, rien de secret, de l’autre, elles ne s’avèrent possibles qu’en vertu d’une politique de propagande massive visant à faire croire que les sujets torturés sont tous d’infâmes criminels dont on ne peut tirer des aveux d’une autre façon. On en déduit, une fois de plus, que la réalité persistante de Guantanamo ne tient qu’à la force absurde et pourtant magique de tout un appareil de propagande soi-disant dévoué à la cause droit-de-l’hommiste.

    Loin d’être exhaustive, cette classification n’est qu’une prompte esquisse aux multiples « exploits » humanitaires d’un continent qui indique à la France le chemin à emprunter. Mais, naturellement, il est bien plus simple d’épater la galerie en s’accrochant à des épisodes juridiques futiles que de dénoncer les fourberies d’un Janus sans frontières.

     

    Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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