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    Mali : le plan bien ficelé des Français

    Mali : le plan bien ficelé des Français

    © Photo: Ministère de la Défense de France
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    En mars dernier, lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant de la Fédération de Russie, Vitali Tchourkine, a déclaré au sujet de la formation de « Brigades d’intervention opérationnelles » dans le cadre de la mission de l’ONU en République Démocratique du Congo : « Nous sommes particulièrement préoccupés par la tendance croissante à l’emploi de la force dans les opérations de maintien de la paix des Nations unies. Ce qui n’était auparavant qu’une exception risque de devenir la norme. » La transformation des casques bleus en force de réaction rapide n’est réellement pas la meilleure méthode de maintien de la paix.

    Mais peut-être qu’à l’heure actuelle, il n'existe simplement pas d’autre solution. Dans l’opération de maintien de l’ordre constitutionnel dans le nord Mali, le fait qu’une partie des forces mènent des opérations militaires, et qu’une autre partie des forces s’occupe du maintien de la paix, semble beaucoup plus efficace.

    Cette distribution des forces l’emporte du point de vue de la logique politique. Il y a tout juste un an, Alain Chouet, ancien haut-responsable de la DGSE, écrivait dans Le Figaro : « La France, qui n’a pas hésité à engager toute sa force militaire pour éliminer Kadhafi au profit des djihadistes et à appeler la communauté internationale à en faire autant avec Bachar al-Assad, assiste, l’arme au pied, au dépeçage du Mali par des hordes criminelles qui se disent islamistes parce que leurs rivaux politiques ne le sont pas. » A juste titre. L’économie du pays dans lequel les entreprises françaises avaient investi est gelée et, de plus, des citoyens français ont été pris en otage par les islamistes. Bien sûr, le risque existe qu’après le Mali, les islamistes se déplacent dans les pays voisins, qui font tout autant partie de la zone d’influence et des intérêts de la France. Et la France, en réponse à une requête du gouvernement du Mali, a pris une décision difficile : la défaite immédiate des rebelles est pour elle d’un intérêt vital, et c’est bien de cela dont elle s’est s’occupée.

    La guerre était en préparation depuis l’année dernière. Les services de renseignement, le ravitaillement, la logistique, le matériel, tout a été organisé. La stratégie consistant à frapper le pays en janvier a été calculée de façon précise et efficace. Frappes terrestres, aériennes, logique de guerre éclair, il s’agit de ne pas laisser aux rebelles le temps de se regrouper. L’ennemi désorganisé, pratiquement dans l’incapacité de résister est acculé dans le désert montagneux du nord, où des troupes spécialement formées s’emploient à l’anéantir Le Corps expéditionnaire français ne parviendra à éliminer les combattants au sein de leur citadelle qu’avec l’aide du contingent tchadien, parfaitement préparé à ce type de mission dans le désert. Le Tchad a eu son compte  de rebelles, et les dirigeants du pays ne se sont guère préoccupés par les conséquences de cette lutte. Pour les autres pays voisins, membres de la coalition, la question ne se pose pas, puisqu’ils ont un rôle différent : celui de maintenir l’ordre dans les villes libérées et les zones stratégiquement importantes.

    Fin avril, les bases principales, les camps d’entraînement, et les dépôts de munitions ont été liquidés. Les équipements ont été détruits, les routes empruntées par les rebelles ont été coupées et le système de contrôle et de communication a été désorganisé. Environ un millier « d'irrédentistes », parmi lesquels un nombre important de mercenaires étrangers ont été mis hors d’état de nuire.

    Personne ne dit que le maquis malien a été complètement éliminé. Évidemment, dans le contexte actuel de guérilla et en raison de l’existence de sérieux problèmes interethniques, cela est impossible. Cependant, il n’y a plus à présent d’« armée » capable d’entreprendre des actions militaires de grande envergure. Le risque de déstabilisation de la région du Sahel a donc diminué. Parallèlement, du fait des opérations, un contingent d’instructeurs militaires, présent dans le pays, doit permettre la formation des forces armées maliennes. Des équipements et des armes modernes vont être achetés, notamment en Russie.

    Parmi les incontournables pierres d’achoppement, se pose l’épineux problème des réfugiés. Début 2013, les actions des séparatistes berbères et des groupes islamistes ont contraint à s’enfuir 155 000 Maliens, et environ 200 000 personnes sont parties vers le sud. Après le début de l’intervention, craignant d’être punis pour les crimes commis par les membres de leur tribu, environ 70 000 Berbères et Arabes du Mali se sont réfugiés en Mauritanie, ce qui était inévitable.

    Il semble donc que les Français aient trouvé le moyen d’éviter une campagne de contre-insurrection prolongée, et de conserver les positions conquises. Comme cela se produit habituellement, une fois que les rebelles épargnés sont prêts à reprendre une lutte de longue haleine contre « l'occupant français », la France et le Tchad préparent le retrait des troupes. Le Conseil de sécurité a décidé, le 25 avril dernier, d’envoyer au Mali un contingent de casques bleus de 11 200 soldats et 1 440 policiers dès le 1er juillet. Bien sûr, pour eux aussi la situation sera difficile, toutefois, leur mission étant d’assurer la paix, l’histoire sera tout autre. /T

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