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    Afghanistan : ce qu'il fallait démontrer

    Afghanistan : ce qu'il fallait démontrer

    © Photo : Flickr.com/AfghanistanMatters/cc-by
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    Le général d'armée américain Joseph Dunford, commandant de la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS), vient de faire preuve d’une franchise peu habituelle pour un haut-gradé, dans une interview au journal britannique The Guardian. Selon lui, les forces de sécurité afghanes pourraient avoir besoin pendant cinq années supplémentaire du soutien occidental. Cette déclaration du général américain intervient à la veille du retrait définitif des forces étrangers de l’Afghanistan prévu pour fin 2014.

    Comme raison principale à la poursuite de l’aide militaire de part des forces étrangères, Dunford a parlé du taux élevé de victimes subi par l’armée afghane dans des affrontements avec les combattants l’été dernier.

    Le commandant de la FIAS n’a donc pas exclu que les forces de l’OTAN pourraient continuer à participer à des opérations militaires après 2014. Il a rappelé que la future mission était articulée autour de trois grandes axes : entraînement, conseil et assistance. Quant à cette dernière, elle suppose justement une éventuelle aide militaire. Il s’agit en premier lieu d’un appui aérien des unités et des divisions amenées à participer à des combats. Aujourd’hui, l’aviation afghane n’en est qu’à ses débuts. En commentant les déclarations de l’une des principales figures des forces armées des Etats-Unis et de l’OTAN, The Guardian fait remarquer qu’elles témoignent d’une fracture entre les politiques occidentaux qui veulent mettre enfin fin à la guerre ayant coûté des milliers de vies et des milliards de dollars, et les militaires qui ont participé à cette guerre-là.

    Pour le vice-président de l’Institut de l’analyse politique et militaire Alexandre Khramtchikhine, les propos du général Dunford ne traduisent pas uniquementson opinion personnelle.

    « Il semble expliciter les réflexions au sein de la direction de l’OTAN. Il ne fait pas de doute que les forces de sécurité afghanes sont incapables et rien ne changera en un an qui reste. En même temps ce n’est pas la peine de faire des prévisions. S’il y reste quelques milliers de soldats de l’OTAN, il est peu probable qu’on leur interdira de participer à des opérations de combat. Mais si 150 000 militaires n’ont pas réussi leur mission, il est inutile d’attendre que celle-ci soit réalisée par seulement quelques milliers de soldats. »

    Thomas Ruttig, co-président du Centre analytique indépendant Afghanistan Analysts Network ayant ses bureaux à Berlin et à Kaboul, n’est pas surpris par les déclarations du commandant de la FIAS. Il insiste en revanche sur un autre point.

    « Est-ce que cela signifie que l’OTAN a échoué dans sa mission ? A mon avis, il faut avoir une approche plus large. L’Afghanistan, ce n’est pas uniquement une mission militaire. Pour moi, il est beaucoup plus important de constater que la situation en Afghanistan est extrêmement complexe du point de vue politique. On essaye de se rattraper mais il est déjà trop tard aujourd’hui. » Les dirigeants des pays dont les forces sont présentes en Afghanistan feraient mieux de se rappeler une locution latine « Quod erat demonstrandum » – « ce qu’il fallait démontrer ». C’est qu’avant de se lancer dans une campagne militaire, il faut bien prévoir des voies de retrait.   /N

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