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    Comment le président des États-Unis est-il élu ?

    Comment le président des États-Unis est-il élu ?

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    La description de la procédure d’élection des représentants du pouvoir législatif et exécutif occupe une partie considérable du texte de la Constitution des États-Unis adoptée en 1787.

    Si les Pères fondateurs n’ont rien inventé de vraiment extraordinaire concernant le Congrès (un système proportionnel et régional), il en va autrement de l’élection du président. Le chef de l’exécutif américain et le vice-président sont élus par les Etats ou, plus exactement, par le collège des Grands électeurs qu’ils forment. Leur nombre (actuellement 538 personnes) inclut tous les sénateurs et tous les députés du Congrès, plus trois électeurs qui représentent le district Columbia de la capitale. Formellement, les habitants de chaque Etat votent non pas pour le candidat à la présidence proposé par tel ou tel parti, mais pour la liste des électeurs de ce parti. Le principe « le vainqueur prend tout » est de rigueur dans presque tous les Etats. Par conséquent, si la majorité des électeurs d’un Etat ont, par exemple, voté en faveur des républicains, tous les électeurs de cet Etat s’ajoutent automatiquement à la « cagnotte » républicaine. De plus, l’électeur est obligé de donner sa voix au candidat de son parti et des sanctions à l’encontre des contrevenants sont prévues dans la majorité des Etats.

    Ce système à deux niveaux était assimilé à la fin du XVIIIe siècle à la condition sociale et à la fortune, et était destiné à mettre l’élection présidentielle à l’abri de l’influence des marginaux de tout bord et des autres « éléments déclassés » souvent armés qui, de l’avis des citoyens de bonne foi, n’étaient pas prêts à assumer la responsabilité de leur choix politique. Par voie de conséquence, les élections elles-mêmes étaient structurées et plus ou moins prévisibles. A propos, le système bipartite qui s’est affirmé par la suite jouait le même rôle. Cela avait sans doute un sens pour la jeune république américaine, mais les Grands électeurs semblent un anachronisme de nos jours et constituent une source de problèmes.

    On connaît bien des cas où les citoyens ont voté majoritairement en faveur du candidat d’un parti mais c'est le candidat concurrent qui est devenu président en raison des particularités de « l'arithmétique » électorale. Le système politique s’est figé parce qu’on sait qu’il y a des Etats « républicains » et « démocrates » qui votent traditionnellement en faveur des candidats des premiers ou des seconds. Le sort des élections dépend également et dans une grande mesure des Etats « non définis » que les deux partis s’efforcent de gagner à leur cause à coups de campagnes électorales. Ces « Etats non définis » sont généralement petits et comptent peu de Grands électeurs. Cela signifie que la décision finale est prise par une poignée de personnes.

    Dans ce contexte, il n’est pas surprenant qu’un journal turc ait relevé le fait suivant : après avoir deux fois perdu la présidentielle face à Barack Obama, le parti républicain des États-Unis a commencé à prêter attention non pas à la politique permettant aux démocrates de recueillir les suffrages, mais à ceux qui votent en leur faveur. L’article en question fait ressortir que l’électorat de base des républicains est principalement constitué d’Américains blancs alors que la part des minorités nationales est très élevée parmi les électeurs des démocrates. Les républicains commencent à craindre de devenir d’ici peu les éternels perdants à partir du moment où le taux de natalité est plus élevé chez les minorités ethniques. Ils cherchent par conséquent à limiter l’accès aux urnes de l’électorat des démocrates. C’est ainsi que dans certains états, l’électeur doit obligatoirement présenter sa carte d’identité avec une photo parce qu’on estime généralement que les citoyens non-blancs au niveau d’éducation et aux revenus plus bas ont plus de mal à obtenir ce document.

    En outre, comme l’a constaté récemment la revue conservatrice modérée National Interest, le discours politique s'est dégradé aux Etats-Unis, en prenant la forme d’une éternelle campagne d’élection et de réélection, quand le mot « compromis » est devenu un juron et les idées sont réduites à un simple jeu de mots.

    De son côté, l’Independent britannique ajoute que les Américains se distinguent généralement par leur pragmatisme et leurs opinions modérées. Mais quand ils tournent leurs regards vers Washington, ils ne voient que la polarisation et les chamailleries entre républicains et démocrates. La politique aux États-Unis ne peut être fondée que sur un compromis et la source du compromis est le centre fédéral. Or, il n’existe plus dans les faits, car pour la plupart des sénateurs et des congressistes en exercice, la menace principale lors des élections vient non pas du parti concurrent mais des rivaux plus radicaux aux primaires au sein de leur propre parti dont l’issue est déterminée par une minorité résolue.

    Du fait des efforts de ses opposants, Barack Obama a effectivement l’air d’un faible aux yeux de nombreux Américains. Pourtant, comme l’a fait remarquer un politologue occidental, le président actuel reste dans le cadre du mainstream et quand il s’agit de décider qui et selon quelle périodicité l’Amérique doit bombarder, les différences entre les républicains et les démocrates tendent à s’estomper. Il se peut seulement qu’Obama soit plus académique et souple par rapport à son prédécesseur Bush le Jeune avec ses manières de cowboy. Il existe, certes, des clivages sur certaines questions comme le « redémarrage » des relations avec la Russie, mais ils sont de pure forme. Après tout, malgré ses beaux discours, Obama continue à édifier le système de défense antimissile.

    Plusieurs experts américains estiment qu’un populiste de la plus pure espèce fera bientôt son apparition sur la scène politique locale. Ce serait probablement un républicain qui fera de son mieux pour déclencher une nouvelle « guerre froide » contre tous ou un tiers personnage qui se fera interprète du mécontentement général sous le mot d’ordre de « Ras le bol ! ». /N

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