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    Allemagne : la grande coalition vampirise la démocratie

    Allemagne : la grande coalition vampirise la démocratie

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    L'Allemagne a invité les électeurs à voter il y a déjà plus de quatre semaines. Ces derniers ont déposé dans l'urne leur bulletin de vote pour le parti de leur choix.

    La CDU, le parti victorieux, veut maintenant une grande coalition avec le SPD. Les discussions viennent de débuter dans le quartier général de la CDU de Berlin. Les responsables du SPD siègent dans les locaux de la CDU. Les militants SPD et CDU ne veulent pas de grande coalition. Peu importe, les chefs du SPD et du CDU, qui se sont mis à l'unisson, décident sans passer par un vote démocratique dans leur parti, laissant leurs militants et le peuple allemand désemparés. Pour les membres du SPD, la grande coalition qui s'amorce rappelle celle de 2005 à 2009, qui a ruiné l'électorat social-démocrate et décrédibilisé les élections, le rôle du Bundestag et des élus. Les membres du CDU ne s'y retrouvent plus non plus et découvrent que des caractéristiques socialistes interviennent dans un parti qui était de tradition libérale et conservatrice. La grande coalition efface les caractéristiques des partis politiques. La démocratie allemande devient superflue, le vote du citoyen une illusion.

    Militants SPD en colère. La colère monte parmi les militants SPD. Dans le Land de la Rhénanie du Nord, Hannelore Kraft, chef de file du SPD, se comporte en patronne d'auberge espagnole, en accordant la position de son groupe politique aux choix d'Angela Merkel. C'est là que commence la confrontation avec la réalité et c'est là que finit la démocratie, puisque l'avis du peuple et des militants ne compte pas. Les définitions particulières des partis politiques s'évanouissent dans le consensus alors l'Allemagne a plus que jamais besoin d'un sang neuf et d'idées neuves. Le SPD qui, par tradition, doit tenir une ligne sociale, devient un organe de la CDU. Hannelore Kraft, qui se veut rassurante, n'écoute pas ses militants et dit, sur un ton jovial et tout sourire dehors, croire par médias interposés en la possibilité de faire passer des lois social-démocrates dans cette nouvelle grande coalition. « Cette grande coalition va permettre d'avancer nos pions dans la politique de l'emploi, de l'éducation, des retraites, des soins, de l'infrastructure, auprès du financement des communes, pour la politique d'intégration. Cette grande coalition est un chemin et nous croyons pouvoir y réaliser un changement politique ».

    Pourtant, partout, les militants SPD et les responsables SPD de Länder comme en Thuringe dénoncent cette grande coalition décidée en haut lieu sans tenir compte de la base politique du SPD. « La position du SPD de Thuringe est claire. La CDU et le SPD ont une idéologie politique radicalement différente en ce qui concerne le salaire minimum, ce qui rend irréalisable une alliance gouvernementale », dit René Lindenberg, chef du SPD de la Thuringe. « Si nous devions avoir une grande coalition, nous devons avoir un vote parmi nos militants ». La grande coalition est au jour d'aujourd'hui bien entamée, sans l'avis des militants et des électeurs du SPD ni même de la CDU. Dans les cafés berlinois, les consommateurs allemands ne sont pas dupes et commentent avec ironie les titres de presse montrant la grande réunion des chefs du SPD et de la CDU dans la Centrale de la CDU à Berlin.

    CDUSPD. Outre-Rhin, le slogan CDUSPD rappelle l'UMPS qui est dénoncé par les citoyens français qui ne voient plus de différences entre l'UMP et le PS. La même standardisation politique a lieu chez nos voisins. Un groupe Facebook « Pas de grande coalition en Sarre » montre les limites de ces nouveaux accords politiques qui transforment deux partis politiques en un unique parti politique dans le consensus. « Nous ne voulons pas de cette sauce CDUSPD ! La grande coalition est synonyme de dissolution du Parlement. C'est un gouvernement qui était de mise avant les élections avec des structures cimentées. C'est surtout la non existence d'une opposition. L’État va dicter aux citoyens comment vivre, augmenter les impôts, et c'est une perte de liberté ».

    Les causes. Hinrich Rohbohm, qui a été renvoyé de la CDU pour avoir publié dans le journal de la nouvelle droite die Junge Freiheit,qui en outre ne cesse d'augmenter ses ventes, a mené une enquête de terrain pour analyser le système Merkel et publié ses recherches dans un livre portant le même nom. « Angela Merkel prend les thèmes et les idées politiques des autres partis et les emploient selon l'orientation du vent politique du pays ». Hinrich Rohbohm parle des capacités de caméléon d'Angela Merkel, la « camarade noire » (noir, couleur de la CDU, et camarade pour la RDA d'où est issue la chancelière). «De nombreuses questions se posent toujours quand on évoque les origines d'Angela Merkel venant de la RDA dans la politique fédérale ... ». Hinrich Rohbohm a fait des recherches dans la ville de Templin, dans le Land de Brandenbourg, à une heure de la Pologne, ainsi que dans le Nord de Berlin, où a vécu la chancelière. « J'ai rencontré des voisins de la famille Kasner, nom de naissance d'Angela Merkel. Son père était un fidèle du SED, du parti politique unique de la RDA, et a éduqué sa fille dans cette philosophie. Angela Merkel fut, selon des témoignages, une communiste fidèle qui faisait rentrer dans la droite ligne du parti ses camarades étudiants qui tentaient de s'en éloigner ». Le biographe d'Angela Merkel Gerd Langguth explique que le père de celle-ci refusa de reconnaître l'ordre social de la nouvelle Allemagne réunifiée et la CDU de l'Ouest. La RDA a connu un parti unique et un politburo où le fonctionnement parlementaire étaient réduit sous l'autorité d'un unique responsable politique. Les causes de cette grande coalition et ses conséquences se trouveraient dans le passé historique de la chancelière, qui cultive ces mêmes références politiques. N

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