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    Espionnage américain : le radar en panne de Barack Obama

    Espionnage américain : le radar en panne de Barack Obama

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    Des détails nouveaux apparaissent dans le scandale d'espionnage par les Etats-Unis de ses plus proches alliés - la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président français François Hollande. On a appris au début de cette semaine que la NSA écoutait les conversations téléphoniques de la Chancelière allemande depuis 2002 jusqu'à l'été dernier. Les médias allemands ajoutent qu'Obama était parfaitement au courant. La Maison Blanche dément, ce qui dans ce cas permet de conclure que le président ignore à quelles activités se livre son service de renseignement.

    Un groupe d'experts du ministère allemand de l'Intérieur et du Service fédéral de renseignement BND, ainsi que leurs collègues français vont se rendre à Washington en vue d'établir l'ampleur de l'espionnage et d'obtenir des garanties qu'il ne sera plus mené dans l'avenir. Les Européens voudraient signer avec Washington un accord de non-espionnage ou un no-spy agreement. Pour l'heure personne ne peut dire à quoi cela aboutira. Les Etats-Unis n'ont jamais donné des garanties écrites liant les mains de leurs services de renseignement.

    Entre-temps, Berlin, Paris et Bruxelles se mettent à parler de la révision des accords portant sur l'échange d'information avec les Etats-Unis et d'un report de la signature d'accords nouveaux. Pour reprendre un propos d'Angela Merkel, d'abord « il faut rétablir la confiance ».

    En Europe la confiance envers Obama est à ce point sapée que certains journaux allemands et français écrivent non sans perfidie que l'attitude à l’égard d’Obama va confiner au degré d’antipathie témoignée à l'époque par le Vieux Continent pour George Bush junior. En effet, même ce dernier n'a pas été la cible d’attaques aussi violentes que la Maison Blanche actuelle.

    Les experts russes suggèrent cependant de ne pas étendre la dégradation des rapports entre l'Europe et l'administration d’Obama à l'ensemble des relations Europe-Etats-Unis.

    Ces relations entre alliés sont trop solides pour pouvoir parler de perte de confiance irréversible, estime l'analyste de l'Institut d’études stratégiques Vladimir Kozine. Pourtant le rétablissement de la confiance prendra du temps :

    « Je pense que les alliés européens des Etats-Unis poseront la question de l'arrêt définitif d'une telle surveillance totale des dirigeants européens par les Etats-Unis. Pour les Européens, c'était un coup de poing moral sérieux en pleine figure. C'est désagréable. Mais il est peu probable qu'ils cessent les échanges de renseignements avec les USA. »

    La cause du scandale n'est pas l'espionnage de l'Europe par les Etats-Unis : ce n'est un secret pour personne depuis longtemps, constate l'expert de l'Institut des études humanitaires et politiques Vladimir Slatinov. L'Europe a été choquée par l’arrogance et l’ampleur de cet espionnage :

    « Les faits révélés ont, certes, porté un coup dur à l'administration américaine en place. Celle-ci devra atténuer le scandale, sauver sa réputation. Surtout, elle devra mettre au point un nouveau mécanisme de coopération entre les services secrets. Il faudra introduire certaines restrictions dans la liberté excessive propre au comportement des services secrets américains à l’égard de leurs alliés les plus proches. »

    Vladimir Slatinov estime également qu'il n'y aura pas de changements fondamentaux dans les relations entre l'Europe et les Etats-Unis et qu'il n'est pas question de rupture. L'Europe se contentera d'insister sur la transparence dans les rapports entre les services de renseignement du Vieux Continent et du Nouveau Monde :

    « Ce sera une tentative des alliés des Etats-Unis pour limiter l’excès de liberté dans les activités des services de renseignement américains à coup de règles et de mécanismes nouveaux. Cela veut dire qu'une série d'accords sera au moins transformée s'ils ne sont pas passés en revue. L'apparition de certaines normes nouvelles du droit international n'est pas exclue. Une étape nouvelle va commencer dans les relations entre l'Europe et les Etats-Unis : celle de la limitation du subjectivisme et du volontarisme américain dans la collecte de renseignements. »

    La Maison Blanche est actuellement en état de défense tous azimuts pour se protéger par tous les moyens contre les Européens en colère. Pour ce faire, l'administration ne cesse de multiplier les justifications absurdes.

    Un haut responsable de l'administration a US déclaré que les cibles de la surveillance (Angela Merkel et François Hollande) « n'ont pas été marquées sur le radar de la Maison Blanche ». Quant à la NSA, l'agence a déclaré suite aux révélations parues dans les médias allemands que son chef, le général Keith Alexander, « n'avait pas discuté » avec Obama de la surveillance de Merkel et « ne l'en avait pas informé ». Ce qui est étrange, car la pratique des Etats-Unis veut que toute grande opération de renseignement soit sanctionnée par une directive du président. On a du mal à croire que l'espionnage de Merkel et d'Hollande, dirigeants d’Etats alliés, ait été considéré comme une affaire de routine qui ne méritait pas d'être placée sur les écrans de radar de la Maison Blanche.

    Si le président d'un pays ne sait pas ce que fait son service de renseignement, c'est un syndrome alarmant. L'histoire prouve qu'une telle ignorance est lourde de coups d'Etat. Cela ne menace certes pas les Etats-Unis. Mais si le président ignore que son service de renseignement espionne ses alliés les plus proches et les plus fidèles, cela remet en question la compétence d'Obama en tant que chef de l'Etat. Si, au contraire, il sait tout mais refuse de le reconnaître, cela ne lui confère pas une image très positive. T


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