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Internet : surveillance de « Big Brother » et addiction au web

Internet : surveillance de « Big Brother » et addiction au web

© Collage: La Voix de la Russie
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Après les révélations par Edward Snowden de la vérité sur le programme gouvernemental américain Prism, le monde devrait être horrifié de découvrir que la notion de « vie privée » n’existe plus.

Mais le fait que le « Big Brother » nous observe ne semble inquiéter personne. Au contraire, nous semblons éprouver une certaine « satisfaction d’exhibitionniste » du fait d’être observés. La Voix de la Russie a essayé de comprendre les causes de ce nouveau phénomène social avec la psychologue Irina Loukianova.

« Les gens sont habitués au fait qu'au cours des dernières années, ils sont obligés de vivre dans des « murs de verre», explique la psychologue Irina Loukianova. « Pour la plupart d’entre eux la vie privée est devenue transparente à un point maximum. Pour les gens, il ne s’agit plus d’espace personnel, mais d'un espace qu’on peut rendre public. »

La société est devenue fortement dépendante des réseaux sociaux et d’Internet. Selon les dernières statistiques, 98% des personnes ont un accès à Internet et y passent en moyenne au minimum 15 minutes par jour. Quant à la jeune génération, elle a tendance à surfer sur le web pendant des heures.

Un groupe de chercheurs russes a récemment mené une expérience très intéressante avec des adolescents âgés de 13 à 17 ans, des jeunes adultes âgés de 22 à 30 ans et des internautes plus âgés, ayant entre 32 et 45 ans. On leur a proposé de ne pas se servir d’un ordinateur pendant 72 heures, et de se passer d'Internet. Ils pouvaient en revanche se consacrer à toute autre activité non liée à Internet : lecture, sport, films, danse et sorties entre amis.

Les résultats de l’étude sont alarmants : dans le groupe des plus jeunes, personne n’a pu tenir trois jours sans Internet, ils se sont connectés au web à la fin de la première journée. Dans le groupe des 22-30 ans, seulement 30 % ont pu renoncer à Internet pendant trois jours. Et ce sont les personnes âgées de 32 à 45 ans qui ont montré les meilleurs résultats avec 75% des personnes qui ont pu relever le défi. La plupart des jeunes ont reconnu pendant l’expérience qu’ils ont éprouvé un « sentiment d’anxiété, d’apathie et d’énervement », lorsqu’ils se rendaient compte qu’ils n’avaient pas accès à Internet.

Il s'avère donc que plus les gens commencent jeunes à devenir actifs sur Internet et y transposer leur vie sociale, plus ils ont du mal à s'abstenir de l'utiliser.

Irina Loukianova ne se dit pas surprise.

« Quand une personne construit son réseau de contacts par le biais des réseaux sociaux, lorsqu’elle mesure un événement par le nombre de « likes » donnés et se prend en photo pour la publier tout de suite après sur les réseaux sociaux dans le but de recevoir des commentaires, lorsqu’elle surveille les actions des autres via leurs pages sur Internet, comme si elle les surveillait à travers le trou de la serrure, sans se soucier des véritables actions de ces personnes, on peut alors parler d’une crise de la personnalité, d'un sentiment de solitude, de manque d’assurance, et d'une dépendance du point de vue d’une majorité « invisible ». C’est une véritable dépendance par rapport à Internet.

C’est un problème très grave, et malheureusement très répandu de nos jours. Un fléau de la société moderne qu’il n’est pas facile de guérir. Cela est particulièrement vrai pour la jeune génération qui ne peut pas imaginer son existence sans Internet. Par conséquent, les parents doivent aider leurs enfants à s’habituer à leur espace virtuel, sans toutefois qu’il empiète sur leur vie réelle. Leur dire ce qu’on peut publier sur les réseaux sociaux, et ce qu’on ne peut pas publier. Dans l’idéal, chacun doit faire preuve d’autocensure dans ce domaine. Et avoir le contrôle de la quantité de temps passé sur Internet, tout comme la qualité et la pertinence de l'information communiquée », explique la psychologue.

Internet devient ainsi une nouvelle drogue. Et même si « Big Brother » nous surveille, nous nous en moquons. Après tout, peu nombreux sont ceux qui voudraient abandonner les avantages de ce « génie virtuel » sorti de la bouteille pour nous faciliter la vie. Et peu importe que les autres puissent savoir tout sur nous par le biais d’Internet. Nous avons coché la case « J’accepte les conditions d’utilisation » en nous inscrivant sur les réseaux sociaux. Ce qui veut dire que ce sont ces réseaux qui sont théoriquement chargés de protéger nos informations confidentielles.   N

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