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Un visa pas comme un autre ou le cas Khodorkovski

Un visa pas comme un autre ou le cas Khodorkovski

© Photo : RIA Novosti
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Que Mikhaïl Khodorkovski se soit retrouvé en un clin d’oeil à Berlin à peine sorti de sa colonie péntentiaire N7 à Segej en Carélie, montre une fois de plus la justesse de l’idée exprimée dans le célèbre film « Le procès de 3 millions » à savoir « qu’il y a prison et prison ». Dans le film tourné dans les années 1920, le petit truant Tapioca interprété par Igor Ilyinski, se retrouve en prison au moment où tous (y compris ses geôliers) sont sûrs qu’il avait réussi à voler 3 millions de dollars. Aussi est-il est surpris de voir les geôliers récemment encore brutaux le traiter avec déférence et de se voir servir des mets délicats dans sa cellule qui ressemble désormais à une chambre d’hôtel. Ils espèrent de toute évidence être récompensés pour leur zèle à sa sortie de prison.

On a l’impression que Khodorkovski qui avait passé dix années pénibles avec la partie la plus malheureuse du peuple, n’a découvert la vérité de Tapioca qu’à sa sortie de prison. On sait depuis longtemps que de nombreux détenus russes sont confrontés aux plus graves problèmes justement à leur sortie du pénitentier : ils perdent leurs logements, se voient refuser l’emploi à cause du casier judiciaire etc. Or, Mikhaïl Khodorkovski a tout de suite pris l’avion à destination de Berlin, puis, une fois arrivé à l’aéroport de Shönefeld où l’attendait une file de voitures d’escorte, a été transporté dans un hôtel de luxe et a eu droit à toutes sortes de commodités qui ne feront pas avant longtemps partie d’une norme fédérale de « réhabilitation post-pententiaire des ex-détenus » ou d’une autre formule inventée par le Haut collège d’économie qui prépare chez nous les programmes officiels.

D’ailleurs, le principe de deux poids deux mesures s’applique tant aux conditions de détention qu’au visas. En effet, un Russe ordinaire qui souhaite aller en Allemagne doit se conformer aux règlements de Schengen et fait sa demande de visa à « au moins trois mois de la date présumée du voyage » et passer encore par l’interview dont la date est fixée par l’ambassade. Tout porte à croire qu’une exception a été faite pour Mikhaïl Khodorkovski. En effet, l’ambassade d‘Allemagne à Moscou n’était certainement pas au courant qu’il avait fait son recours en grâce le 12 novembre, que la suite en serait donnée dans 1 et non pas dans 3 ( délai nécessaire pour faire la demande de visa) ou encore dans 6 six mois (au moment d’expiration de sa peine). Il faut également y ajouter le certificat d’emploi (dans l’éventualité du fonctionnement impeccable du département des ressources humaines de la colonie pénitentiaire N7) et l’arrêt sur l’absence de condamnation en cours.

Mais laissons tomber le formalisme puisque nous savons depuis longtemps qu’une condamnation ne vaut pas l’autre pour l’Occident. La « garantie de retour au pays » obligatoire pour les autres Russes, ne peut pas, « elle non plus » s’appliquer entièrement dans le cas de Khodorkovski. Des lenteurs bureaucratiques, diriez-vous ? Oui, mais c’est depuis plus de 20 ans que ces mêmes Messieurs des ambassades n’ont de cesse de nous faire des conférences sur l’égalité de tous devant la loi. Dans l’affaire Khodorkovski, ces Messieurs et les médias occidentaux fustigeaient justement la « justice sélective ». Cela signifie que personne ou presque ne niait que la société de Khodorkovski pratiquait l’évasion fiscale et les absorbtions inamicales d’entreprises. Le Spiegel allemand qui avait qualifié Khodorkovski avant sa brouille avec Poutine et son arrestation en 2003 de « komsomol radis » et de « conformiste du plus pur aloi » montait au crénau, de même que les autres médias occidentaux, parce que Khodorkovski a été incarcéré pour ces crimes alors que les autres « auteurs » des mêmes délits étaient en liberté.

La justice sélective dans la question des visas diffère-t-elle sur le fond de la justice sélective pénale ? Dans les deux cas, nous avons affaire à la limitation de la liberté de déplacement, à l’arbitraire, aux files d’attente, à l’opacité et au droit de ne pas « révéler les motifs du refus » laissé aux fonctionnaires. Les politologues se demandent en ce moment si Khodorkovski prendra part à la politique ou restera un particulier. Je suis d’accord avec mes collègues libéraux en ce sens que l’homme qui a passé 10 ans en prison a le droit de dire qu’il connaît la vie du peuple. Il mérite aussi qu’on le considère comme un homme fort doté d’une ferme volonté. Mais le fort n’est pas le synonyme du bon et la ferme volonté ne s’assimile pas toujours aux convictions démocratiques.

En effet, aucun ex-oligarque ne s’est révélé jusqu’ici comme un homme politique fort et démocratique. On peut invoquer à ce titre le caractère opaque et visiblement inamical envers les « activistes » de masse des structures politiques de Mikhaïl Prokhorov et les interminables manipulations montées par Berezovski... Disons carrément qu’ils n’arrivent pas à la cheville d’un Martin Luther King ou même du milliardaire américain Michael Bloomberg, le maire de New York.

Khodorkovski n’est visiblement pas Nelson Mandela. Ses partisans l’attendaient à Moscou ou à Petrozadodsk ou, à la rigueur, à Segej, mais jamais à Berlin. C’était peine perdue. On a l’impression que le business culture russe des années 1990 a peu en commun avec la démocratie. Et si les grands du monde des affaires figurent au top de notre politique, c’est surtout grâce à leurs capitaux et non pas à leurs qualités et convictions personnelles. N

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