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    « Du drame d’Adra à Genève 2. Mutisme fracassant des médias »
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    « Du drame d’Adra à Genève 2. Mutisme fracassant des médias »

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    Sans être quelqu’un de facilement impressionnable, j’avoue avoir été frappée par l’image de ce garçonnet syrien de trois ans qui, grièvement blessé, trouva la force de prononcer : « Une fois devant le Très-Haut, je me plaindrai de vous, je Lui parlerai de tout ce qui se fait ici-bas ». Le petit a succombé quelques jours plus tard, mortellement touché lors d’une énième « performance » de la coalition anti-Bachar.

    Le sort de ce petit ange dont la dernière photo a fait le tour des médias indépendants de langue arabe est loin d’être une exception. On sait ce que valent les mercenaires gavés de pétrodollars et d’idéologie quand ils ont les mains déliées et le soutien tacite d’une OTAN curieusement loyale à un djihadisme qui en réalité est son fer de lance le plus efficace. On sait au nom de qui, on sait au nom de quoi, même si pour l’Occident la note risque d’être à terme salée.

    Cette loyauté n’est d’ailleurs plus à démontrer quand on se penche par exemple sur la couverture par le mainstream atlantiste du massacre perpétré le 18 décembre dernier dans un quartier industriel d’Adra, une ville située à proximité de Damas dont vous n’entendrez jamais parler dans le Monde, Libé, le Nouvel Observateur et j’en passe. Il ne s’agit pas d’effectuer une reconstitution baroque du carnage confessionnel qui y a été opéré mais bien de se poser deux questions sur – j’ose à peine dire – le bon sens de nos collègues journalistes qui ont soit passé sous silence la décapitation à la machette d’une centaine de personnes (une vingtaine d’enfants ont également été exterminés), soit relaté l’évènement sous un angle plutôt favorable aux islamistes en évoquant, presque apitoyés, les pertes endurées dans le camp de ceux qu’ils appellent assez souvent, par une altération perverse de sens, «l’opposition armée ».

    Silvia Cattori, journaliste indépendante, a récemment pris à partie Christophe Ayad, éminent spécialiste du monde arabe travaillant entre autres pour Le Monde. Cet homme dont le degré de compétence semble être inversement proportionnel au degré d’objectivité de l’information qu’il fournit se permet des réflexions du genre : « Le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, prend garde à ne pas heurter de front la population, les exactions étant exceptionnelles ». Les propos surréalistes de M. Ayad ont cela de symptomatiques qu’ils redorent le blason d’une organisation purement terroriste et mondialement reconnue comme telle. S’inscrivant dans la lignée d’un Goebbels ou d’un Carl Schmitt, il n’hésite pas à enfoncer le clou en justifiant les attaques perpétrées contre les monastères syriens par le fait que ces derniers feraient office de bases militaires abritant l’armée arabe syrienne. Il ne s’agit guère de « mensonge noble ». Il ne s’agit même plus de désinformation. Il s’agit plutôt – et cette remarque n’engage que moi – d’un travail de propagande systématique faisant l’apologie du terrorisme islamiste. Dans la mesure où ce plaidoyer déroutant a été publié sur les pages du quotidien Le Monde, un quotidien copieusement subventionné en France avec l’argent des contribuables leurrés, on revient au constat de départ selon lequel l’industrie médiatique actuellement dominante en France et plus largement en Occident sert sciemment les intérêts pour le moins vitaux d’un islamisme qu’elle prétend, une fois sur deux, quand besoin est, combattre.

    Ceci étant dit, on se rend compte que les métamorphoses inespérées que subissent en ce moment les pays du Levant fragilisent sensiblement le travail de propagande mené jusque là. La Syrie, quoiqu’éprouvée par un conflit importé de l’extérieur et promise au sort des deux principaux alliés de la Russie au Moyen-Orient, l’Irak et la Lybie, a su tenir le coup. Ce succès provisoire attise davantage encore les humeurs acerbes de la grande presse qui dans les circonstances présentes se comporte en très mauvaise perdante. Cette observation vaut d’autant plus que Genève 2 se concrétise, cela dans un contexte défavorable à la France et à son allié, l’Arabie Saoudite.

    En effet, l’opposition syrienne est en proie à un morcellement chaotique de plus en plus marqué faisant état d’un véritable conflit d’intérêts entre les Etats islamistes. Qui plus est, on ignore si la délégation qui participera à Genève 2 sera représentée par la Coalition nationale d’Istanbul ou de l’opposition nationaliste. Il faudra aussi se demander, précise Thierry Meyssan, quel pays se cachera cette fois derrière le titre vague de Coalition nationale, car, de ce côté-là, il y a vraiment l’embarras du choix. Ce peut être l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie, toujours inconsolable d’avoir perdu son statut de Sublime Porte et un empire s’étendant de l’Anatolie à un certain nombre de régions de l’Afrique du nord.

    La donne se complique avec l’inexistence quasi-avérée de l’Armée syrienne libre (ASL), une branche militaire initialement présentée comme démocratique et longuement mise au premier plan en sa qualité chimérique de principale force armée d’opposition n’ayant aucune accointance avec le Front Al-Nosra qatari ou son analogue saoudien, le Front islamique. Or, voici que l’ASL s’est dissipée aussi magiquement qu’une nébuleuse de djinns.

    A ce trou béant s’ajoute la réalité des collusions sanguinaires qui opposent Al-Nosra et l’EIL qui est l’Emirat islamique d’Irak et du Levant. Bref, le diable n’y verrait goutte sachant surtout que le Front islamique a déjà exprimé l’intention de participer aux pourparlers de Genève 2 brouillant ainsi les cartes dans un jeu où seul Al-Nosra aurait dû se manifester.

    Le temps a raison de tout. Ce Genève 2 qui se concrétise dans un contexte assez confus quant aux participants du côté syrien sera aussi une sorte de procès tacite de ces pays membres de l’OTAN qui ont cru pouvoir pactiser avec une idéologie qu’ils ont eux-mêmes financée pour retracer les frontières du Moyen-Orient à leur guise. De quoi rabattre encore plus l’enthousiasme d’une presse réputée championne de la neutralité. T


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