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SOS! La France viole la Convention de Vienne !

SOS! La France viole la Convention de Vienne !

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Décidément, plus besoin d’orchestrer des opérations sous fausse bannière en arborant des motifs salvateurs, plus besoin de crier à la tyrannie chez les autres en louant la démocratie chez soi, plus besoin d’évoquer Hitler, Mussolini et Pol Pot le despote pour désigner des leaders non-alignés tels que Poutine ou Assad ! Je l’avais dit dans un récent article : les masques sont tombés.

Mais que la France en vienne à violer la Convention de Vienne du 24 avril 1963 en interdisant les Syriens et Franco-Syriens à élire LEUR Président dans LEURS consulats et ambassades est une grande nouveauté de l’année en cours.

Pas besoin d’être un juriste en herbe pour le savoir : dès lors que vous franchissez le seuil d’une ambassade, juridiquement parlant, vous vous retrouvez automatiquement en territoire étranger. Dénier aux citoyens syriens le droit élémentaire d’organiser des élections le 28 mai à l’ambassade de Syrie revient à interdire à l’Etat syrien en tant que tel d’organiser des élections. Imaginons que la Syrie imposait un interdit similaire aux Français résidant sur leur sol. Que n’aurait-on pas entendu !

Cette réalité certes kafkaïenne dissimule ceci dit plusieurs aspects dont deux principaux … un peu moins kafkaïens et en somme caractéristiques d’une France socialiste qui n’a plus aucune notion ni du droit international, ni, a fortiori, de la diplomatie. Ces aspects, les voici :

- Aspect vindicatif. Si la France se prononce assez peu sur le dossier ukrainien, il n’en demeure pas moins qu’elle partage l’immense déception des USA qui ont, de un, perdu la Crimée, de deux, risquent de perdre le dernier joyau qui ait pu encore justifier leur immixtion en Ukraine, – Odessa – de trois, n’ont pas réussi à entraîner la Russie dans une guerre meurtrière laquelle aurait eu lieu si le Kremlin aurait cédé à l’envie d’introduire ses troupes dans le Sud-est. Conséquemment, ayant perdu sur tous les fronts possibles en Ukraine, il était assez prévisible que les USA allaient se défouler sur un autre pays non-aligné dont ils n’arrivent pas à venir à bout : la Syrie d’Assad. Comme la violation de la Convention de Vienne est une mesure bien trop triviale pour les USA puisqu’elle vise surtout à « embêter » les Syriens expatriés, c’est bien sûr à l’Europe du Parlement bruxellois qu’est échue la mise en pratique de cette honteuse initiative.

- Aspect géopolitique. En réalité, une Syrie souveraine serait une catastrophe pour les USA. L’UE, France et Allemagne en tête, jouent leur jeu sans comprendre qu’eux aussi vont tôt ou tard payer les pots cassés. Mais en attendant, quelles que soient les arrière-pensées des dirigeants européens, le salut de la Syrie devrait pouvoir passer par les urnes. Or, cette lapalissade cache une immense impasse : la réélection d’Assad, incontestable, exacerbera davantage encore les tensions. Il s’agit, tout comme avant, de casser l’ Axe de la Résistance arabe et donc de freiner l’émergence de nouveaux équilibres internationaux, de prévenir l’éventuelle renaissance d’un panarabisme hostile au néocolonialisme américain et de lancer Nabucco – chose impossible tant que l’Iran et son alliée, la Syrie d’Assad, tiendront debout.

En principe, le bloc atlantiste aurait pu s’accrocher à un point clé du droit international excluant le déroulement des présidentielles dans un pays en guerre. Or, cette mention serait d’un ridicule sans précédent dans la mesure où les mêmes puissances insistent sur le déroulement des présidentielles en Ukraine, un pays en phase de dislocation et rongé par la guerre civile dans certaines régions. La France y va donc silencieusement, se rendant coupable d’un nouveau crime contre la Syrie. Partant, faut-il s’étonner du silence des médias subventionnés face à la toute récente coupure d’eau d’Alep ? Face aux bombardements quotidiens des quartiers habités ?

 

Mme Roueida Khoury, membre très actif de l’Association des Chrétiens de Syrie, est intervenue sur nos ondes pour évoquer le sort actuel d’Alep ainsi que les mesures adoptées par le gouvernement pour bloquer le déroulement des présidentielles à l’ambassade de Syrie.

La Voix de la Russie. Que se passe-t-il actuellement à Alep ? Assiste-t-on à une période d’accalmie ? Comment a-t-on réussi à pallier à la crise de la coupure d’eau qui a frappé la ville pendant près de deux semaines ?

Roueida Khoury. La durée exacte de la coupure s’élève à plus d’un mois. Quant à la population d’Alep, (c’est-à-dire trois millions de personnes) elle a manqué d’eau pendant dix jours les réservoirs ayant été entièrement épuisés. La population s’en est tirée comme elle le pouvait. J’ai entendu dire que certaines personnes buvaient l’eau des égouts, des trottoirs, l’eau des pluies. La situation sanitaire et humaine était vraiment catastrophique. Je ne peux pas qualifier cela autrement que de crime contre l’humanité, en l’occurrence, contre une population de trois millions de personnes. Il y a eu des appels de la part des Syriens, il y a des médecins qui ont écrit à des députés ici en France. Il y a des Syriens habitant en France qui ont fait appel à certains députés français pour que ceux-ci interviennent. Manifestement, leur appel est resté sans réponse. Il y a eu l’appel d’un député indépendant syrien d’Alep qui avait même écrit au président de l’Assemble nationale pour l’avertir de cette situation (…). Un jour, une personne a voulu intervenir sur la Radio Vatican en disant que cette coupure était l’œuvre du gouvernement sachant pertinemment que c’était celle des rebelles. La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont eux aussi entamé des négociations pour que l’eau revienne mais en vain. Les « libérateurs » que j’appelle personnellement des barbares préféraient tergiverser ou se taire.

LVdlR. Comment expliquez-vous le fait que les autorités françaises – suivies en cela par les Allemands – aient interdit l’organisation des élections présidentielles sur le territoire français, c’est-à-dire à l’ambassade de Syrie qui sur le plan juridique fait partie de la Syrie et non pas de la France ? Y-a-t-il encore moyen d’annuler ladite décision ?

Roueida Khoury. En fait, cette décision est intervenue synchroniquement avec la crise de l’eau face à laquelle la France a gardé le silence. Il est curieux de constater que la France a donc vite réagi quand il fut question de bloquer les élections ! Je n’ai pas de compétences juridiques suffisantes me permettant de définir la nature de cet interdit mais je sais qu’il y a des avocats qui ont réagi en arguant que celui-ci était contraire à la Convention [de Vienne]. Pour moi qui suis franco-syrienne comme pour la majorité des Syriens qui se trouvent dans cette situation-là, il s’agit d’une nouvelle sanction infligée à la Syrie par la France. Voici pour un premier point. Pour un deuxième : il faut bien comprendre quel est le but poursuivi par le gouvernement français. Il lui promet depuis trois ans liberté et démocratie. Peut-on affirmer que cette mesure est en adéquation avec ce que la France voudrait pour le peuple syrien ? C’est bien la première fois depuis cinquante ans qu’il y a des élections directes, qu’il y a des candidats, concrètement trois candidats qui se sont présentés. Dernier point que je tiens à évoquer concernant les élections : les Syriens en ont marre de cette guerre qui les ronge depuis trois ans, qui détruit leur patrimoine, extermine des innocents de la manière la plus sauvage qui soit … les gens sont crucifiés, décapités … enfin, je ne veux pas le répéter parce que ça commence à être largement su. Lorsque la France crée une ambassade composée de membres de l’opposition, une ambassade crée de toutes pièces, cela au moment où des élections doivent se tenir, je trouve que cette démarche est contraire à la paix. L’arsenal de la diplomatie française dans son état actuel se limite soit à des solutions militaires, soit à des sanctions. La répression, voici tout ce qui lui reste. C’est regrettable mais c’est pourtant bien le cas dans ce pays que les Syriens aiment tant pour ses valeurs, son amour de la liberté, autant de facteurs qui ont fait que les Syriens sont venus en France par choix spirituel et non pas pour des raisons économiques ou politiques. Une nouvelle fois, j’en appelle à la conscience du gouvernement et du peuple français qui pour ce dernier ignore ce qui se passe vraiment en Syrie, à qui l’on a longuement menti ».

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