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    Porochenko : leurs enfants resteront dans les sous-sols !
    Archive. © Photo: RIA Novosti/Mikhail Voskresenskiy

    Porochenko : leurs enfants resteront dans les sous-sols !

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    « Nous aurons du travail, eux – non ! Nous aurons les retraites, eux – non ! Nous aurons des avantages pour les retraités et les enfants, eux – non ! Nos enfants iront à l’école et à la garderie, leurs enfants resteront dans les caves du sous-sol. Parce qu’ils ne savent rien faire ! Et c’est comme ça, et précisément comme ça que nous gagnerons la guerre » ! Voici, sans commentaire supplémentaire – restons dans le factuel pur et dur ! – un extrait de la prestation du 23 octobre de Piotr Porochenko à Odessa.

    Les « eux » et « ils », c’est le peuple du Donbass. J’attirerai juste votre attention sur l’adjectif possessif leurs dénotant cette distanciation capitale qui fait que Kiev se croit en droit de bombarder les écoles et les hôpitaux. Si tous les moyens sont bons pour gagner une guerre contre son propre peuple, pourquoi ne pas admettre que le mensonge systématisé est roi ? Nous en avons un exemple de taille avec le vol MH17 qui aurait été, selon la fameuse version du mainstream atlantiste, abattu par des missiles sol/air de type Bouk. Or, l’image saisie par un satellite espion montre clairement que le Boeing avait été attaqué par un chasseur (ce qui correspond d’ailleurs aux récits certes confus des babouchkas du village Grabovo qui auraient alors vu un « avion militaire » dans les parages). L’image fut envoyée à Washington pour analyse détaillée. La réaction ne se fit pas attendre : pour la Maison-Blanche et le Pentagone, elle ne présente aucun intérêt. Pourquoi supposer en ce cas et d’ailleurs à plus forte raison encore qu’il était dans les intérêts de Kiev d’enquêter ?

    On découvre le même genre de mensonge concernant la mort tragique de deux ados, tués par des obus tirés depuis Avdeevka, une ville située à 10 km de l’aéroport où les combats font toujours rage. Avdeevka est contrôlée par l’armée ukrainienne. Or, qui a-t-on accusé dès le début ? Sans preuves aucunes. Sans tenir compte de la trajectoire des tirs et de la dislocation des troupes. Lorsque Roman Gnatiuk, journaliste de la chaîne pro-gouvernementale 112, essaye de donner en direct un éclairage objectif des faits en évoquant en plus l’état d’esprit « plus que désespéré des civils souhaitant même dans certains secteurs de Donetsk une intervention russe qui les garantirait d’une mort certaine » il est apostrophé par Gerashenko, ministre de l’Intérieur, qui lui pose plusieurs fois de suite la même question-piège visant à dévoiler les connivences éventuelles du jeune homme avec l’ « Insurrection ». Il se moque éperdument de ces pauvres enfants, déchiquetés par les bombes. Ce qui l’ennuie le plus, ce sont les possibles hérésies d’un journaliste qui ne fait pourtant que décrire ce qu’il voit et entend.

    Nous lui disons merci. Autant qu’à tous les journalistes qui, risquant leur place et parfois même leur peau, n’ont pas froid aux yeux. Autant que nous disons merci à Bertrand Rivière (Bertrand du Donbass de son nom de plume), créateur d’un blog de réinformation connu comme Le Blogue Noir de Brocéliande. J’ai eu le plaisir de l’interviewer.

    La Voix de la Russie. Pourriez-vous vous présenter SVP ?

    Bertrand Rivière. J’ai 48 ans, je suis blogueur, créateur d’un blog qui existe depuis déjà quelques années. Sinon, dans la vie de tous les jours, je travaille dans la sphère musicale.

    La VdlR. Vous avez crée un blog de réinformation éloquemment intitulé « Le blog noir de Brocéliande » consacré ces derniers mois à la guerre dans le Donbass. Qu'est-ce qui vous a poussé, en tant que Français vivant en France, à le créer ?

    Bertrand Rivière. Je l’avais initialement crée en 2008, c’était à l’époque de la crise géorgienne. On était alors déjà sous le coup d’une forte propagande antirusse grossière que j’aspirais à contrer dans la mesure de mes moyens en proposant un autre son de cloche. Le nom du blog, « Le Blogue Noir de Brocéliande » est venu d’un jeu de mots qui partait d’abord d’une référence à Bertrand du Guesclin surnommé le dogue noir de Brocéliande. Le blog s’appelait d’abord « Le Blogue de Bertrand du Gai Déclin », puis « Bertrand du Déclin » pour finalement acquérir le nom de « Blogue Noir de Brocéliande ». Cette mutation terminologique n’a donc aucun lien avec le Donbass à la cause duquel je me suis consacré suite aux événements survenus le 2 mai à Odessa et du référendum [du 11 mai, NDLR] pour l’autodétermination dans la région du Donbass.

    La VdlR. Kiev est de plus en plus abandonné par ceux qui lui avaient promis une association économique supposée bénéfique en échange de la reprise du Donbass et de la vente des grandes entreprises énergétiques, sidérurgiques et agro-alimentaires. Se pourrait-il que l'Occident finisse par se retourner contre le gouvernement de Porochenko pour se défaire de ses revendications récurrentes et donc éviter de payer la note?

    Bertrand Rivière. Ce n’est pas exclu dans la mesure où nous sommes dans une situation où le gouvernement Porochenko tend à se rapprocher de la Russie, ai-je l’impression. Cela parce qu’il se sent traqué par des extrémistes nationalistes qui attisent les opérations punitives contre le Donbass étant bien plus déterminés qu’une armée désorganisée. Les bataillons composés de radicaux sont quant à eux très difficilement contrôlables et menacent fréquemment de se retourner contre le gouvernement kiévien. Il se trouverait ainsi que le Président essaye de temporiser. On pourrait par conséquent se heurter à une impasse … D’ailleurs, il semblerait que nous y soyons déjà.

    La VdlR. Une vague de radicalisation idéologique de type néo-nazi ou bandériste s'empare progressivement de l'Ukraine. Cette idéologie, est-elle surtout celle des élites au pouvoir ou fait-elle écho aux convictions des masses, notamment côté Ukraine de l'Ouest?

    Bertrand Rivière. Le nationalisme ukrainien est un fait historique établi. Un fait très ancien. Bien plus que le bandérisme, car antérieure à la Révolution d’Octobre et en principe inhérent à l’Ouest du pays, un détachement territorial de l’ancienne République des deux nations qui avait pour base le Royaume uni de Pologne et le Grand-duché de Lituanie. L’éclatement de l’URSS a ressuscité ces mouvements ultranationalistes qui ont connu un essor particulier suite à la révolution orange de 2004.

    La VdlR. Y-a-t-il un changement d'optique dans la façon dont les évènements en Ukraine sont présentés par la presse française?

    Bertrand Rivière. On a l’impression que l’existence des Républiques indépendantes dans l’Est de l’Ukraine, les RPD et RPL, sont davantage reconnus dans le discours des médias qu’il y a peu. J’ai récemment vu dans une émission diffusée sur I-Télé une carte de l’Ukraine reflétant le découpage territorial des deux Républiques à l’aide de couleurs différentes. Par-dessus, on voyait écrit Nouvelle Russie. Il y aurait donc une reconnaissance, même latente, de cette réalité initialement si mal digérée.

    La VdlR. Comment voyez-vous l'avenir de la Novorossia? Plutôt en tant que République entièrement indépendante ou semi-indépendante sous protectorat russe? En tout cas dans un premier temps ...

    Bertrand Rivière. Il me semble que nous nous dirigeons vers un scénario semblable au scénario géorgien qui a déterminé le sort de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. On pourrait obtenir en somme une sorte de République indépendante de fait non reconnue à l’échelle internationale mais reconnue en tout cas par la Russie qui a confirmé la validité des élections du 2 novembre. Reste un autre problème : le territoire du Donbass n’est pas totalement libéré. Un grand nombre de combattants de la Novorossia ont laissé leurs familles dans des zones occupées par l’armée ukrainienne. Il leur sera donc très difficile de devoir arrêter les combats et ne pas libérer ces villes qui souvent se trouvent de l’autre côté du front.

    La VdlR. Certains experts ont tendance à penser que les élections du 2.11 ont sonné le glas de l'omniprésence impérialiste américaine dans le monde. En même temps, beaucoup y voient le début d'une guerre généralisée les USA ne pouvant lâcher l'Ukraine car c'est leur seul moyen de narguer la Russie. Qu'en pensez-vous?

    Bertrand Rivière. « Narguer » la Russie n’est pas tellement l’objectif. Il s’agit de contrôles les Etats frontaliers de la Russie en y installant de nouvelles bases de l’OTAN. J’y vois également un jeu flagrant de l’Allemagne qui domine le jeu européen et qui cherche elle aussi à obtenir en Ukraine une main d’œuvre bon marché pour son industrie puisqu’on sait pertinemment que la démographie allemande est déclinante ».

    Commentaire de l’auteur. Je crois revoir cette petite fille blonde en bonnet et veste roses, la petite Macha, l’un de ces enfants des sous-sols donbassiens qui, selon le très miséricordieux Porochenko, ne devrait pas en sortir. Elle pleure puis se reprend … Au journaliste qui lui demande quel est son souhait le plus cher sur le moment, elle répond résolument : « Que les fascistes arrêtent de nous bombarder. A tout jamais ». Son chien, ensanglanté, gît dans la cour. Elle se détourne ne voulant pas pleurer devant les caméras.

    Les enfants du Donbass ne sortiront pas des sous-sols, vraiment ? Il est plus probable qu’un jour viendra où Porochenko se retrouvera dans les sous-sols de l’Histoire. Et cela, ce n’est pas un vœu. Juste un dénouement logique.

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