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La Russie se passera bien des Mistral

La Russie se passera bien des Mistral

© Photo: RIA Novosti/Grigoriy Sisoev
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La France ou plutôt son gouvernement a définitivement prouvé aux yeux de tous, et surtout de son propre peuple, l’asservissement aux intérêts étasuniens. Et la question n’est pas d’être pro-russe ou pro-étasunien. La France est un pays capable de mener sa propre politique bien que, il faut le rappeler, historiquement et stratégiquement, elle a toujours été bien plus proche de la Russie. Passons. La question qui importe ici c’est que l’administration Hollande a définitivement montré que les intérêts outre-Atlantique l’emportent de loin sur les intérêts nationaux de la France.

Ce n’est une surprise pour personne de savoir qu’une bonne partie des élites de l’UE est américanisée jusqu’à la moelle. Merkel, Cameron, Hollande en sont probablement les meilleurs exemples (sans mentionner les « leaders » des pays Baltes, de la Pologne ou encore de la Roumanie). Mais le cas « français » a atteint véritablement le summum. L’affaire des Mistral ressemble plus à une grande anecdote qu’à autre chose. Faire du chantage à un pays comme la Russie, dans un domaine aucunement crucial pour elle, et avec des conséquences plus que sérieuses pour celui qui fait ce chantage, vraisemblablement l’Elysée aurait du réfléchir au moins trois fois avant de faire une fois de plus n’importe quoi.

On avait eu un entretien le mois dernier avec un brillant expert militaire russe, rédacteur en chef du magazine mensuel Nacional’naya oborona(Défense nationale), par ailleurs directeur du Centre d’analyse du commerce mondial de l’armement et membre du Conseil public du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, en l’occurrence M. Igor Korotchenko. On avait entre autres mentionné lors de cet entretien le thème des Mistral car on voyait déjà quelle pression extérieure la France subissait de la part de ses « amis » étasuniens et de l’OTAN.

M. Korotchenko avait été alors plus que clair : « La Russie a adopté une position très calme sur le sujet. Le contrat est signé, l’argent est payé. Le contrat se doit donc d’être exécuté. Si Paris et l’Elysée annulent la transaction, la France devra déjà rembourser en intégralité l’argent qu’elle a reçu pour ce contrat et en plus payer une grande pénalité. Quant à nous, nous réagissons calmement, sans excès ». Et d’ajouter : « … Le président français Hollande qui même sans cette histoire a perdu et continue de perdre tellement de points politiques, pourrait donc désormais devenir le politicien ayant ouvertement trahi les intérêts nationaux de la France. Les électeurs français ne le lui pardonneront pas. De même qu’ils ne pardonneront pas les forces politiques liées à Hollande. Le refus éventuel donc d’exécuter ledit contrat fera que la France perdra bien plus qu’elle ne recueillera. Quant à la Russie, elle se concentrera sur ses propres moyens. Pour nous, il n’y aura aucune tragédie ».

Les faits d’aujourd’hui confirment donc les mots. La Russie continue d’agir sans excès alors que l’Elysée continue de tourner dans le clownesque, incapable de dire une bonne fois pour toute si oui ou non la France livrera les Mistral à la Russie. On comprend que le risque de perdre une bien grosse somme d’argent du budget de l’Etat fait toujours douter les preneurs de décision mais il y a un moment où il faut savoir ce que l’on veut. Quant à la Russie, elle agira en conséquence, d’ici peu.

Le représentant permanent de la Russie auprès de l’UE, Vladimir Tchijov, a été lui aussi très clair : « La Russie n’a pas l’intention de supplier Paris de lui fournir les porte-hélicoptères de catégorie Mistral ».Tout en ajoutant que si le contrat n’est pas rempli par la partie française, cela risque de coûter cher à cette dernière : « Si cette décision est définitive, cela risque de coûter plus cher à la France que le prix même des deux porte-hélicoptères, et même plus cher encore que le montant des compensations que la Russie touchera pour la non-réalisation du contrat. C’est la réputation de la France et son prestige en tant que partenaire commercial en matière d’armement, qui sont en jeu ».

Même note d’optimisme au niveau du ministère russe de la Défense qui s’est exprimé via le vice-ministre Iouri Borissov, en mentionnant bien que la flotte russe se passerait des Mistral. Et en notant que le porte-hélicoptères n’était pas un élément inaliénable de la marine de guerre russe : « Quand le montant déjà payé sera remboursé, nous trouverons comment le dépenser d’une façon plus rationnelle »…

Je crois qu’il est difficile d’ajouter autre chose si ce n’est de mentionner ce que la France va devoir rembourser à la Russie, en l’occurrence le montant déjà payé et un supplément en la qualité d’une amende bien salée : au total environ trois milliards d’euros... La Russie saura certainement comment utiliser à bien cette somme considérable, en investissant aussi bien dans ses propres capacités (ce ne sont pas les cerveaux qui manquent) que dans des projets dans les pays véritablement amis de la Russie.

A noter d’ailleurs, et cela rejoint parfaitement l’aspect réputationnel de la France en tant que fournisseur, que l’Inde suit avec la plus grande attention l’affaire des Mistral. En effet, New Delhi surveille de très près la réalisation de ce contrat pour éventuellement passer (ou pas) certaines commandes à la France. Par ailleurs, la Russie est le premier fournisseur d’armement de la République indienne (les autres, y compris la France, se battent pour un pourcentage minimal). De son côté l’Inde est tout simplement le plus grand acheteur de l’armement russe, et ce depuis longtemps. Sans oublier bien évidemment que l’Inde est un ami de longue date de la Russie, cette amitié est aujourd’hui d’autant plus renforcée dans le cadre de l’alliance BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Une amitié sincère, sans hypocrisie, qui permettra j’en suis sûr à nos deux pays de se consacrer encore plus activement au renforcement de la coopération bilatérale et de l’alliance BRICS, au lieu de faire appel à des tiers incapables (car étant sous asservissement) d’assurer leurs obligations.

Un dernier point qu’il faut mentionner, les porte-hélicoptères de classe Mistral ont été commandés sous l’ère du ministre Anatoli Serdioukov, loin d’être le meilleur ministre de la Défense de la Russie contemporaine. Peut-être que l’affaire des Mistral ne sera qu’une raison supplémentaire de tourner définitivement la page des erreurs commises durant cette période. En tout cas la Russie attendra encore un peu avant de prendre les mesures nécessaires, laissant la possibilité à François Hollande et à son administration de bien peser les « pour » et les « contre ». Quoiqu’il arrive, la Russie n’en sortira que vainqueur et encore plus renforcée. Quant à la France, pays qui m’est cher puisque j’en suis diplômé, à part de très sérieuses pertes économiques, elle risque surtout de perdre la face, au point de perdre tout simplement le respect et le prestige qu’il n’y a encore pas si longtemps elle inspirait. Mais j’insiste : cette perte de respect ne visera aucunement le pays, ni son peuple, mais bien son élite politique. /N

 

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