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    De nouvelles révolutions de couleur en Afrique et ailleurs à l’horizon

    De nouvelles révolutions de couleur en Afrique et ailleurs à l’horizon

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    Entretien avec Luc Michel. Partie 1

    On observe ces temps-ci des tentatives de changement de régimes sur le continent africain. A première vue, beaucoup le voient d’un œil positif. Des changements tant attendus dans des pays sous contrôle de régimes aux mains de marionnettes corrompues, eux-mêmes sous contrôle des intérêts néocolonialistes. Le système néocolonial de la Françafrique représente un exemple flagrant lorsque l’ancienne métropole coloniale tue et enlève les leaders africains osant défier ses intérêts. Les combattants panafricanistes mènent donc une lutte acharnée pour mettre fin à toute cette injustice qui dure depuis bien trop longtemps.

    Néanmoins, les tentatives de changements que l’on observe aujourd’hui sont-ils véritablement positifs ? Que se cache-t-il derrière ? Et n’y a-t-il pas un risque majeur que ces révolutions contre le néocolonialisme soient tout simplement volées au profit d’un autre néocolonialisme, encore plus actif et agressif ?

    Nous allons tenter d’en voir plus clair avec Luc Michel, grand spécialiste de la géopolitique qui suit activement les différents processus en cours aujourd’hui en Afrique et dans le monde.

    Mikhail Gamandiy-Egorov, La Voix de la Russie :

    Luc Michel, bonjour et bienvenue de nouveau à La Voix de la Russie. Vous avez affirmé récemment que plusieurs pays africains, dont le Gabon, vont vivre ce qu’on appelle des « révolutions de couleur ». Racontez-nous.

    Luc Michel : Depuis le « sommet USA-African leaders » de Washington les 3-4-5 août dernier, tout a été mis en place par les Etasuniens pour une vague de changements de régimes en Afrique qu’ils entendent organiser. En particulier, la NED (National Endowment for Democracy), a pris en main des centaines et des centaines d’activistes, journalistes, syndicalistes africains, venus d’Afrique et de l’UE, lors d’un « sommet parallèle » à Washington les 5 et 6 août dernier.

    Une « révolution de couleur » à l’africaine est déjà en cours au Gabon contre le régime Bongo. Et plus l’on creuse la révolution du Burkina Faso, plus l’on retrouve notamment les réseaux Soros, à commencer par l’International Crisis Group (ICG). Au Cameroun, on prépare la déstabilisation du régime Biya, à nouveau avec les réseaux Soros, dont ici aussi l’ICG. Et des structures de propagande anti-Kabila sont déjà mises en place depuis le mois d’août, notamment à Bruxelles et Paris, avec des journalistes "retournés" par la NED.

    Scénarios, réseaux, financiers : ce sont partout les même méthodes qui ont déjà organisé les « révolutions de couleur » en Europe de l’Est et au Venezuela, puis le soit-disant « printemps arabe ». Voilà comment Washington - Maison blanche, NED, YALI (Young African Leaders Initiative), etc... - prépare une vague de changements de régimes en Afrique (décidée lors du Sommet USA-African leaders début août 2014) et organise une 5e colonne d'agents américains (journalistes, activistes, universitaires, syndicalistes...) en Afrique et dans la diaspora africaine !

    LVdlR : Depuis le mois d’août, vous alertez l’Afrique, notamment dans vos interventions comme éditorialiste et vos émissions de géopolitique sur la chaîne de télévision internationale francophone AFRIQUE MEDIA, sur cette déstabilisation générale venue des USA. Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer tout cela ?

    Luc Michel : Mon école géopolitique (dite « euro-soviétique » dans les années 80, aujourd’hui « de l’Axe Eurasie-Afrique ») a pour devise la formule du grand géopoliticien allemand Karl Haushofer, le père du concept de « bloc continental » : « se faire enseigner par l’ennemi est un honneur ». Mon équipe et moi-même lisons donc quotidiennement la grande production des think tanks et des géopoliticiens américains, ainsi que les médias de l’ennemi. Et là tout est lumineux. Des documents, des déclarations ont été publiées qui ne laissent aucun doute sur le nouveau projet de recolonisation des USA en Afrique.

    LVdlR : Quel sont ces documents ? Donnez-nous des exemples.

    Luc Michel : Pour ceux qui douteraient de mes analyses, j’ai publié (sur ma chaîne politique PCN-TV et dans des émissions du GRAND JEU, l’émission de géopolitique que je produis pour EODE-TV et AFRIQUE MEDIA TV), notamment un document révélateur, des images confidentielles du « Sommet alternatif » de la NED. Intitulée « Africa Civil Society Conference », à Washington les 5 et 6 août 2014, « en marge du Sommet USA - Afrique », la Conférence entendait organiser « un programme d'action pour la démocratie », entendez des régimes pro-occidentaux sous influence des USA, et était centrée sur l’action dans les médias. Vous y verrez des centaines et des centaines d’activistes, syndicalistes et journalistes africains pris en main, y compris et surtout financièrement, par la NED pour déstabiliser le continent africain. Voici en action la fabrique des mercenaires pro-étasuniens des changements de régime en Afrique !

    Voici comment la NED présente sa conférence : « Profitant de l'occasion offerte par le Sommet des dirigeants africains de la Maison Blanche, les principales organisations de démocratie et des droits de l’homme américaines convoqueront une conférence de la société civile africaine concurrente, vers un programme d'action pour la démocratie, le 5 août (sur invitation seulement) et le 6 à Washington, DC. La conférence sera une plate-forme importante pour les militants africains principaux de rappeler à leurs gouvernements et la communauté internationale que les citoyens africains apprécient la liberté et la démocratie. Elle sera aussi une occasion pour aider à réaffirmer la réforme démocratique et les droits de l'homme sur l'agenda africain, à galvaniser et à diffuser le programme des militants de la démocratie africaine, partager défis et réalisations, identifier les priorités et les stratégies d'action »…

    J’ai publié un second document-vidéo de la NED : le clip de propagande officiel du « Sommet Afrique » de la NED (clip de « Africa Civil Society Conference Recap ») ! Vous y verrez la 5e colonne US en Afrique, sûre d’elle, déterminée. A noter l’accent mis sur un activiste de Guinée Equatoriale, mis en avant. Car le président Obiang Nguema Mbasogo et le nouveau centre du panafricanisme et donc l’une des cibles principales de Washington. On y explique qui sont les partenaires de la NED, notamment les réseaux Open Society de Georges Soros, un autre des grands organisateurs et financiers des « révolutions de couleur ».

    Cerise sur le gâteau, la conférence était sponsorisée par Freedom House, un autre organisme US spécialisé dans le financement des changements de régime, ainsi que… Facebook ! A la fin du clip, comme pour vendre une marque, la NED annonce sans vergogne ses sponsors…

    LVdlR : Pour nos lecteurs, pourriez-vous préciser en quelques mots ce qu’est exactement la NED ?

    Luc Michel : La NED est un organisme para-gouvernemental US et a été qualifiée à juste titre de « vitrine légale de la CIA ». Depuis 30 ans, la National Endowment for Democracy sous-traite la partie légale des opérations illégales de la CIA. Sans éveiller de soupçons, elle a mis en place le plus vaste réseau de corruption du monde, achetant syndicalistes, politiciens, activistes et journalistes.

    LVdlR : Vous mettez aussi en cause une initiative d’Obama, les YALI ?

    Luc Michel : Oui la « Young African Leaders Initiative », les YALI ! J’ai publié aussi une vidéo du meeting des YALI, avec Obama à Washington le 3 août dernier. On y voit le formatage de jeunes africains, américanisés pour servir de 5e colonne à la recolonisation de l’Afrique par les USA. A noter particulièrement le début et l’hystérie collective pour Obama arrivant.

    Lors du sommet USA-African Leaders, les YALI, une initiative d’Obama et surtout un réseau américain en Afrique, ont donné le ton. Washington a lourdement insisté sur les composantes de la démocratie made in USA. Il faut voir la vidéo sur le Meeting des YALI, la « Young African Leaders Initiative » avec Obama le 3 août 2014. Sans aucun doute la plus grande menace pour l’Afrique. Il faut assister à l’ « américanolatrie » de ces jeunes Africains, formatés pour servir les intérêts US sur leur continent. Et avec qui Obama entend remplacer les chefs d’Etat africains actuels et asservir l’Afrique.

    LVdlR : Qu’est ce qui vous permet d’établir la nocivité de ces « Young African Leaders » ?

    Luc Michel : Une réalité fort simple. Les YALI sont une version africaine d’une opération menée par les USA en France depuis 1976 via La « French-American Foundation » : les « young leaders ». La French-American Foundation – France est la matrice de la collaboration française avec les USA. C’est la principale organisation en France qui se consacre à « renforcer les liens entre la France et les États-Unis ». Officiellement, « Depuis sa création en 1976, elle se consacre à encourager un dialogue actif entre les deux nations. L’objectif de cette fondation est d’œuvrer à une meilleure compréhension mutuelle entre les deux pays et à la recherche de solutions partagées (…) En 1975, plusieurs personnalités politiques, universitaires et économiques décidèrent de créer un environnement d’échanges et de débats afin d’approfondir la relation entre la France et les États-Unis. La naissance de la French-American Foundation fut officialisée en 1976 à Washington par les présidents Valéry Giscard d’Estaing et Gerald Ford, lors des célébrations du bicentenaire de la Déclaration d’indépendance américaine. »

    LVdlR : Quel a été le résultat de l’action de cette fondation ? Vous parlez d’un « outil de vassalisation des élites françaises » ?

    Luc Michel : L’outil de vassalisation des élites françaises est précisément l’organisation de « séminaires pour des jeunes dirigeants (Young Leaders) français et américains issus de la politique, de la finance, de la presse », « à fort potentiel de leadership et appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines ». « Young Leaders » a été lancé en France en 1981. « Il s’agissait de la première grande initiative transatlantique visant à renforcer les liens entre les deux pays en encourageant la rencontre et l’échange entre futurs leaders français et américains (…) Plus de 30 ans après, elle continue de jouer un rôle-clé dans le développement des liens transatlantiques, rassemblant aujourd’hui plus de 400 dirigeants issus du monde de la haute fonction publique, de l’entreprise, des médias, de l’armée et de la recherche ».

    Pour comprendre, parmi les Young Leaders de précédentes sélections: Henri de Castries (1994, président du directoire du groupe Axa), Jérôme Clément (1982, président d’ARTE), Annick Cojean (2000, journaliste au Monde), Jean-Marie Colombani (1983, fondateur de Slate et ancien directeur du Monde), Matthieu Croissandeau (2002, rédacteur en chef adjoint du Nouvel Observateur), Jean-Louis Gergorin (1994, dirigeant du groupe AEDS, Airbus, etc.), Bernard Guetta (1981, journaliste à France Inter), François Hollande (1996, président de la République française), Erik Izraelewicz (1994, directeur du Monde), Laurent Joffrin (1994, PDG de Libération), Alain Juppé (1981, maire de Bordeaux), Sylvie Kauffmann (1998, journaliste au Monde), Yves de Kerdrel (2005, éditorialiste au Figaro), Anne Lauvergeon (1996, ancienne présidente d’AREVA), François Léotard (1981, ancien ministre de la Défense), Bruno Le Roux (1998, ex président du groupe PS à l’Assemblée nationale), Alain Minc (1981, conseiller politique, économiste, essayiste), Arnaud Montebourg (2000, ex ministre du Redressement productif), Aquilino Morelle (1998, ex conseiller politique au cabinet du président de la République François Hollande), Pierre Moscovici (1996, ex ministre de l’Économie et des Finances, commissaire de l’UE), Olivier Nora (1995, président des Éditions Fayard), Christine Ockrent (1983, journaliste), Denis Olivennes (1996, président d’Europe 1), Valérie Pécresse (2002, ancienne ministre de l’Éducation nationale), Alain Richard (1981, ancien ministre de la Défense), Jacques Toubon (1983, député UMP), Marisol Touraine (1998, ministre des Affaires sociales et de la Santé), Najat Vallaud-Belkacem (2006, ministre des Droits des femmes)…

    LVdlR : C’est ce qui attend l’Afrique avec les YALI ?

    Luc Michel : Nul besoin de la théorie du complot – incapacitante et qui détourne de l’action politique – ou des élucubrations antisémites pour disséquer la nature du régime français au prisme de la fabrication de ces « Young Leaders ». Il suffit d’analyser les rapports de domination impérialiste en France et ses outils de vassalisation. On comprend mieux alors comment s’exerce la domination des USA en France, comment Washington domine médias, affaires et monde politique, comment, renforcé encore par divers lobbies, fondations et réseaux – dont les réseaux atlantistes ou neocons en France (revue de BHL La Règle du jeu, etc) -, les USA imposent à la France une politique au service de l’étranger et contraire à ses intérêts fondamentaux et à ceux de la Grande-Europe ! On voit aussi alors pourquoi Paris avec Sarkozy et Hollande s’est détourné de la véritable politique de la France, celle de l’Axe Paris-Moscou, celle du général de Gaulle. Avec son « Europe de l’Altantique à l’Oural », sa « Grande politique arabe », son opposition à l’OTAN et au « parti américain » (dixit de gaulle lui-même). Et bien entendu la situation est la même partout en Europe. Ce qui existe en France existe à Bruxelles, Rome, Berlin ou Madrid. Ou encore au sein du Parlement européen ou de l’OSCE…

    C’est évidemment le même projet de domination et le même outil de vassalisation que Washington entend organiser avec ses YALI, clone ou copie conforme des « young leaders » français !

    LVdlR : Venons-en au Gabon. Vous êtes au centre d’une nouvelle polémique dans ce pays suite à la diffusion de votre émission « Le Grand Jeu. Une révolution de couleur au Gabon ? » Cette polémique faisant suite à celle sur le livre de Pierre Péan « Nouvelles affaires africaines » que vous analysez dans cette émission. Le Gabon est communément considéré comme l’exemple par excellence du système néocolonial de la Françafrique. Bon nombre de spécialistes et d’observateurs l’appellent même la « tirelire » ou encore « la propriété privée de la France dans le domaine du pétrole ». Selon vous, les instigateurs donc des changements en question veulent placer leurs propres pions à la place de ceux placés dans le passé par la France ? Le tout au travers d’une révolution de couleur où vous identifiez la marque des réseaux américains spécialisés…

    Luc Michel : Je ne suis pas le seul à identifier cette révolution de couleur, au Gabon notamment. J’ai diffusé dans mon émission une vidéo apparue le 14 novembre dernier sur les réseaux sociaux. D’origine anonyme et intitulée « le pompier pyromane », elle dénonce elle aussi l’organisation d’une « révolution de couleur » au Gabon, au profit de Jean Ping. J’ai une longue expertise de ces « révolutions » organisées par les USA en Europe de l’Est et dans le monde arabe, que je combats depuis la première expérience dans la Yougoslavie du président Milosevic. Je valide la démonstration de cette vidéo et j’en partage les thèses…

    Il y й une marque, un modus operandi des réseaux OTPOR/CANVAS derrière les « révolutions de couleur » en Europe de l’Est mais aussi derrière le soi-disant « printemps arabe ». Et on retrouve la marque de ces réseaux américains aujourd’hui au Gabon.

    Mais ce n’est évidemment pas tout. Il y a un arrière-plan géopolitique à la crise gabonaise. Ma thèse c’est que cet arrière-plan a changé depuis 2007-2008. Il y a une vision géopolitique ou un plan géopolitique américain, anglo-saxon pour l’Afrique. Et ce plan donne un rôle secondaire à une France, diminuée et vassalisée, placée sous le contrôle de l’OTAN et de l’AFRICOM.

    Suite dans la seconde partie de l’entretien.

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