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    Le rapprochement entre la Russie et la Corée du Nord est aussi stratégique

    Le rapprochement entre la Russie et la Corée du Nord est aussi stratégique

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    En augmentant les échanges avec la RPDC, Moscou abandonne le rôle de médiateur entre Pyongyang et Washington.

    Kim Jong-un se rendra bien à Moscou pour participer aux célébrations du 70e anniversaire de la victoire à la Seconde guerre mondiale en mai de cette année. C’est ce qu’ont confirmé avec enthousiasme les médias nord-coréens la semaine dernière, ajoutant qu’il s’agira de la première visite de Kim Jong-un à l’étranger depuis sa nomination à la tête du pays en 2011.

    Cette déclaration a été faite dans le contexte du refus des leaders occidentaux de venir à Moscou pour les célébrations, provoquant immédiatement une vivre critique de la part des médias occidentaux, qui ont accusé Vladimir Poutine de donner un accent politique aux célébrations de paix dans la Seconde guerre mondiale.

    Essor dans les échanges bilatéraux

    Depuis un an, le rapprochement entre la Russie et la Corée du Nord est de plus en plus visible. La RPDC, dépendante à 80% de la Chine dans ses échanges extérieurs, cherche en effet à prendre ses distances de Pékin, malgré des déclarations d’amitié émanant de Pékin. Quant à la Russie, dont les relations avec l’Union européenne et les Etats-Unis se sont dégradées à cause de la crise ukrainienne, elle « mesure davantage l’importance stratégique de la RPDC », rappelle sur les pages du Monde Park Byung-in, expert de l’Université Kyungnam à Séoul.

    Après avoir renoué leurs liens d’amitié grâce à un traité signé en février 2000, Moscou et Pyongyang n’ont jamais eu des différends majeurs dans leurs relations. Le seul grand projet d’infrastructure à rester en suspens, c’est la construction d’un gazoduc de Transbaïkalie vers la Corée du Sud via la RPDC. Et c’est la réticence de Séoul qui a bloqué ce projet. Tous les autres grands projets économiques impliquant la Russie et la Corée du Nord, vont bon train. Après avoir modernisé en 2013 la voie ferrée entre Primorié (Sud-Est de l’Extrême-Orient russe) et le port de Rason (Nord-est de la RPDC), la société russe NPO Mostovik envisage de moderniser dans les 20 prochaines années 3500 kilomètres de chemins de fer de ce pays pour un coût total de près de 40 milliards de dollars, en échange de l’accès aux ressources minières. Et en avril de l’année dernière, Moscou a annulé 90% de la dette nord-coréenne, et a proposé d’utiliser le rouble pour les échanges bilatéraux, rendant Pyongyang moins dépendant du dollar.

    Soutien de la position russe sur l’Ukraine

    La visite à Moscou en novembre dernier du secrétaire du Comité central du Parti de Travail de Corée (PTC) Choe Ryong-hae, homme de confiance de Kim Jong-un, a également beaucoup contribué au rapprochement entre les deux pays. Dans un entretien le porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères Jeong-Dong-hak s’est non seulement félicité de l’immuabilité de l’amitié russo-coréenne, mais a également indiqué que Pyongyang soutient l’adhésion de la Crimée à la Russie. Le fonctionnaire souhaite également au peuple russe de défendre ses intérêts dans les conditions d’une campagne antirusse « imposée par les Etats-Unis et les pays occidentaux » sur l’échiquier mondial.

    Si jusqu’à présent la question nord-coréenne était rarement la pomme de discorde entre la Russie et ses partenaires occidentaux, elle pourrait le devenir dans un avenir proche à cause du refroidissement des relations entre Moscou et Washington. La Russie, qui avait la vocation à jouer le rôle de médiateur entre la RPDC et les Etats-Unis, reste certes opposée aux ambitions nucléaires de la Corée du Nord, mais à l’avenir, elle pourrait être moins réceptive quant aux arguments des Etats-Unis sur l’isolation de la Corée du Nord, considère Georgy Toloraya dans une note de recherche publiée sur le site 38 North.