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    Élections de mi-mandat aux USA: «on se dirige vers une double radicalisation»

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    Louis Doutrebente
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    Le résultat du vote de mi-mandat aux États-Unis passionne les médias en ce jour d’élection. Si le renouvellement des élus est important pour le tant décrié Président Trump, il le serait davantage pour la survie même des élites Démocrates. En effet, le trumpisme a déjà gagné avant même les résultats, alors que les Démocrates pourraient tout perdre.

    Près de deux ans après l'élection présidentielle de Donald Trump, les Américains retournent aux urnes ce 6 novembre pour renouveler une grande partie de leurs élus au Congrès: la totalité des 435 sièges de la chambre basse (la Chambre des Représentants), un tiers des 100 sièges du Sénat (la chambre haute), ainsi que 36 des 50 gouverneurs, et encore d'autres fonctionnaires locaux.

    Olivier Piton, avocat spécialisé en droit public français, européen et américain, redéfinit les véritables enjeux de cette élection en pronostiquant un enracinement du trumpisme, malgré la défaite des Républicains aux élections et n'imagine pas un seul instant qu'une procédure de destitution de Donald Trump puisse être appliquée jusqu'au bout.

    Sputnik France: Dans quel état se trouvent les grands deux partis Républicains et Démocrates?

    Olivier Piton: «Les enjeux réels sont en fait, bizarrement et paradoxalement, sur l'après-élection et non pas sur les élections en soi. Pourquoi? Parce que les élections intermédiaires, qui renouvellent la totalité de la Chambre, un tiers du Sénat, etc., ne constituent en général pas une bonne séquence pour l'exécutif en place. Mis à part George Bush, qui a gagné les élections intermédiaires juste après le 11 septembre, donc dans des conditions tout à fait particulières, les Présidents en place, quelle que soit leur cote de popularité, perdent les élections intermédiaires. Parce que tout simplement, d'après les études, l'électorat se mobilise un peu moins, seuls les mécontents vont voter.»

    Sputnik France: Cependant les premiers chiffres de la participation sont très hauts?

    Olivier Piton: «Ils sont un tout petit peu plus hauts, on attend de voir. À chaque fois, on annonce une hausse de la participation à toutes les élections intermédiaires et en fait, elles restent à peu près aux alentours de 40-45 %. On va voir ce que celle-là va donner, mais je ne m'attends pas à des 80%.

    Ce qui est intéressant dans cette élection, ce sont les enjeux au sein même des partis. Il semblerait que les Démocrates devraient remporter la Chambre, de l'ordre de 29 à 35 membres des représentants en plus et en majorité, mais les Républicains devraient garder le Sénat de l'ordre de 51 ou 52 sièges. Donc c'est un schéma assez classique, sans surprise.

    En revanche, ce qui est étonnant et vraiment intéressant, c'est que du côté des deux partis politiques, la guerre est complètement ouverte et les tensions sont énormes.

    Pour aller vite, vous avez du côté des Républicains, la très très relative défaite annoncée de Donald Trump va asseoir le trumpisme dans le paysage idéologique de la droite américaine pour au moins 20 ans. Autrement dit, le trumpisme survivra à Donald Trump. Donc, ce qu'on appelle le "populisme" va survivre à Donald Trump, puisque deux ans après son élection, avec 41-42 % de cote de popularité et une élection intermédiaire qui devrait être dans la norme habituelle, il y aura donc une acceptation par l'Establishment américain de ce qu'on appelle le trumpisme.»

    Sputnik France: Et du côté du parti Démocrate?

    Olivier Piton: «C'est beaucoup plus compliqué. Les Démocrates se préparent pour 2020, pour les Primaires. Et il y a deux tendances énormes qui s'affrontent et qui d'ailleurs s'affrontent partout en Occident et de manière extrêmement violente aux États-Unis. Succinctement, il y a l'Establishment démocrate autour d'Hillary Clinton et de ses alliés, qui sont centristes, économiquement orthodoxes et plutôt axés sur la défense des minorités, et il y a une aile gauche radicale autour de Bernie Sanders, dont je rappelle qu'il a réussi à faire valider un tiers des investitures à ces élections de mi-mandat.

    Il n'est donc pas totalement impossible que l'un des candidats qui émergent à la Primaire soit un candidat issu de la gauche radicale. Et parmi cette gauche-là, qui est une gauche sociale, qui réactive la lutte des classes, sur un positionnement proche de la France Insoumise ou de Podemos en Europe, il y a actuellement une crispation, un glissement de l'électorat vers la gauche.

    Donc l'enjeu est dans la manière l'Establishment va tenter de gagner au moins la Chambre. Si elle perd la Chambre, c'est une révolution au sein du parti Démocrate.»

    Sputnik France: Si les démocrates gagnent ces élections, la politique de Trump peut-elle être paralysée?

    Olivier Piton: «Si les Démocrates gagnent ces élections, la politique de Trump sera plus compliquée à mettre en œuvre. Mais c'était déjà le cas puisque même en ayant la majorité dans les deux Chambres, les Républicains étaient divisés jusqu'à présent, parce qu'il y avait une résistance de l'Establishment républicain contre le trumpisme. Et l'establishment républicain a effectivement cédé. Ted Cruz au Texas est lui-même en danger face à un jeune issu de la mouvance de Bernie Sanders — et qui peut être une des grandes surprises de 2020.

    Il y a en fait un apaisement du côté des Républicains pour Donald Trump, mais une opposition avec la Chambre qui passera du côté des Démocrates. Donc finalement cela ne changera pas grand-chose. Donald Trump a démontré qu'il était plutôt favorable à agir par les actes exécutifs passant outre le Congrès, donc cela ne changera rien.»

    Sputnik France: Vous imaginez donc une radicalisation des deux partis et de leurs électeurs?

    Olivier Piton: «Exactement. On se dirige vers une double radicalisation. À droite, on l'a vu avec la victoire du trumpisme et des pro-Trump sur l'électorat patricien, bien éduqué, Républicain du nord-est des États-Unis, qui est complètement enfoncé. Et du côté Démocrate, vous avez une fronde anti Clinton, anti mouvance centriste. Par exemple, Bernie Sanders n'évoque jamais les minorités, il ne parle que de lutte sociale.»

    Sputnik France: Si les républicains gagnent ces élections, le climat politique peut encore plus se détériorer? Au sein de la classe politique? Au sein du peuple américain?

    Olivier Piton: «Pour résumer, l'équipe Clinton joue son joker sur cette élection. Elle tente de garder la tête du parti Démocrate dans le but de placer l'un des siens en bonne position de la Primaire de 2020, parce que l'enjeu est vraiment là.

    Si jamais l'Establishment démocrate ne gagne pas la Chambre, le parti Démocrate explose. Il y aura une révolution et une prise de pouvoir très probable de l'aile radicale qui est actuellement celle de Bernie Sanders.»

    Sputnik France: Dans le cas où les Démocrates gagneraient, est-ce qu'une procédure de destitution dite «impeachment» peut voir le jour?

    Olivier Piton: «Non, absolument pas. Le processus d'impeachment se déroule en deux phases. La première est un vote simple, la majorité à la Chambre. Donc, suivant les projections actuelles, cela est possible. Quant à la deuxième phase qui concerne le Sénat, il faut une majorité qualifiée, c'est-à-dire les deux tiers, donc 67 sénateurs sur 100 qui votent la procédure de destitution. Il faudrait qu'ils tuent en direct père et mère et même là encore cela ne sera pas évident.

    Donc il n'y a aucune chance en l'état qu'il y ait une destitution dans les deux ans qui viennent.»

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    républicains, démocrates, mi-mandat, élections, Olivier Piton, Bernie Sanders, Donald Trump, Ted Cruz, Hillary Clinton
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