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Dans le flot d’annonces du gouvernement à destination des professionnels, les établissements de nuit sont les grands absents du débat. En effet, de nombreuses questions entourent la réouverture des discothèques. Sputnik a interrogé le président de la Chambre syndicale des lieux musicaux festifs et nocturnes qui souhaite des mesures fortes.

Après avoir annoncé la date du 11 mai prochain comme fin du «confinement le plus strict», Emmanuel Macron n’a pas mentionné les établissements de nuit, pourtant durement frappés par la crise du Covid-19. Selon le collectif Culture Bars-Bars, cité par le magazine Trax for Culture, 30 à 40% de ces entreprises devraient fermer définitivement, ne pouvant faire face à leurs pertes.

Le président de la Chambre syndicale des lieux musicaux festifs et nocturnes (CSLMF) Aurélien Dubois, interrogé par Spuntik, a l’impression qu’«une nouvelle fois, nous sommes les grands absents. Alors que l’on sait que la culture, la fête, le spectacle vivant, la nuit participent quand même au bien-être de la communauté et de la vie en général».

«On a bien conscience que c’est quelque chose d’exceptionnel [l’épidémie, ndlr] et difficilement gérable, mais nous avons besoin d’avoir plus de visibilité, plus d’engagement et surtout plus d’aide de la part de l’État. Les secteurs de la culture, de l’événementiel et de la nuit vont avoir beaucoup de mal à redémarrer.»

L’industrie fortement touchée par l’épidémie

En matière d’aides, le président du CSLMF regrette le flou autour de celles-ci. En effet, Emmanuel Macron a promis «un plan spécifique […] pour les secteurs comme le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, la culture et l’événementiel, qui seront durablement affectés», comprenant notamment «des annulations de charges et des aides spécifiques», sans plus de précision.

«S’il n’y a que les charges qui sont annulées, cela va être compliqué. Pour redémarrer cette activité, il faut bien évidemment que l’on réinjecte de l’argent à la fois dans le booking artistique et également dans la sécurisation de nos lieux au niveau sanitaire. Quid des arrhes versées aux artistes qui représentent une perte sèche pour nous?», se demande Aurélien Dubois.

Et d’ajouter:

«L’Allemagne a, par exemple, eu le courage de mettre en place des aides pour les artistes, les entrepreneurs, aux alentours de 9.000 euros directement débloqués en 15 minutes grâce à un simple clic sur Internet. Sans compter les 50 milliards d’euros débloqués pour la culture et l’événementiel.»

Au-delà d’un éventuel soutien de la part de l’État, le président du CSLMF souhaite avant tout que le gouvernement «fixe des dates plausibles et claires de réouverture, en cohérence avec ce qui se passe autour de nous».

Anticiper les dates de réouverture

En témoigne la déclaration du chef de l’État, qui a indiqué que «la situation sera collectivement évaluée à partir de mi-mai, chaque semaine, pour adapter les choses et vous donner de la visibilité».

«Les pays limitrophes annoncent des dates beaucoup plus lointaines [les experts préconisent une réouverture des discothèques en mars 2021 pour l’Italie et à l’automne 2021 pour l’Allemagne, ndlr]. Pourquoi ce particularisme français, alors que la France n’est pas moins touchée que les autres? Il faut éclaircir les choses pour que l’on puisse anticiper.»

Le jeudi 16 avril, c’était au tour du ministre de la Culture Franck Riester d’ajouter une couche de brouillard sur la situation. Il a en effet expliqué que de petits festivals, sous réserve de respecter les règles de sécurité, pourraient avoir lieu. Une affirmation qui a semé le doute chez les professionnels du secteur qui s’interrogent: «Qu’est-ce qu’un petit festival? Les concerts pourront-ils également se tenir également?»

«Il est certain qu’un grand rassemblement, une fosse avec 3.000 personnes, les uns sur les autres, ce n’est pas imaginable. En revanche, un petit festival rural, avec une scène, un musicien et 50 personnes, qui sont à un mètre les unes des autres, sur des chaises, qui portent un masque et ont, en rentrant sur le site, la possibilité de bien se laver les mains avec des produits spécifiques: on pourra tenir ces festivals-là», a détaillé le ministre. Autant dire, une minorité parmi les festivals estivaux qui se tiennent chaque année.

​Une navigation à vue de la part du gouvernement qui pourrait empêcher une bonne reprise économique de l’activité. Et pour cause, plus un pays communiquera en amont sur les dates des réouvertures, plus les discothèques qui basent leur attractivité sur leur programmation musicale auront la possibilité de «booker» les artistes les plus en vue.

Accueillir les fêtards en toute sécurité

En outre, Aurélien Dubois plaide pour une réflexion sur les modalités d’accueil du public. «Notre priorité, en tant qu’exploitants d’établissements, c’est bien évidemment la sécurité du public et de notre personnel. Nous ne voulons pas rouvrir dans des conditions de sécurité qui mettraient la vie des personnes en danger.»

«Est-ce que l’on imagine des réouvertures où les individus devront être testés ou est-ce que les gens devront porter des masques? Aujourd’hui, on a du mal à se projeter», déplore le président du CSLMF.

Le monde de la nuit fait preuve de résilience

Les principaux protagonistes des soirées, à savoir les DJ et les fêtards, tentent d’oublier le confinement en s’amusant virtuellement. De nombreux artistes diffusent désormais leurs performances en direct via les réseaux sociaux. Des boîtes de nuit virtuelles ont vu le jour, comme le «Club Q» (pour Club Quarantaine en version française).

Malgré cette situation inextricable, le monde de la nuit fait preuve de solidarité. En témoignent les différentes initiatives mises en place par le milieu. On pourrait citer l’événement caritatif «ReConnect», organisé par la plateforme de streaming Beatport qui réunissait, le 27 mars dernier, pendant vingt-quatre heures des grands noms de l’électro comme Carl Cox, Nina Kravitz ou encore Agoria. Des gains versés au fonds de solidarité COVID-19 pour l’OMS et le fonds de secours de l’Association for Electronic Music.

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boîte de nuit, Covid-19, France
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