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Élections municipales de 2020 en France (95)
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Après Bordeaux, Strasbourg et Lyon, Marseille pourrait également tomber dans l’escarcelle des Verts. La stratégie d’union des gauches autour des écolos, adoptée dans la cité phocéenne peut-elle faire de l’ombre à échelle nationale à une France Insoumise en perte de vitesse? C’est l’avis de Sébastien Barles, engagé dans le Printemps marseillais.

À droite depuis vingt-cinq ans, la Canebière est dans l’incertitude après la «victoire relative» de Michèle Rubirola, à la tête du Printemps marseillais. L’écologiste a recueilli 38,3% des voix, devant Martine Vassal (LR), qui n’obtient que 30,75% des suffrages exprimés. Celle-ci refuse pourtant de reconnaitre sa défaite, déclarant qu’«il n’y a pas de majorité à Marseille».

La majorité absolue des sièges (101) n’a effectivement été atteinte par aucune liste, l’union de la gauche remportant 42 sièges et la droite 39 sièges. Le conseil municipal du 3 juillet prochain prend ainsi des allures de 3e tour. Les listes minoritaires, celles de la dissidente PS Samia Ghali (8 sièges) et du candidat divers droite Bruno Gilles (3 sièges), joueront les arbitres.

Doublée dans son propre secteur, jugé imperdable, Martine Vassal subit malgré tout un lourd camouflet au profit de la vague verte qui a déferlé sur les métropoles françaises. Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Grenoble, Besançon, Tours, Poitiers, Annecy sont ainsi passées sous pavillon écologiste.

«Un système local fondé sur le clientélisme, l’affairisme, l’incurie»

Fort de 8,10% au premier tour à Marseille, le candidat écologiste Sébastien Barles a rejoint le mouvement de Michèle Rubirola au deuxième tour. Sputnik l’a interrogé. Selon lui, il s’agit d’une fin de cycle très claire, couronnée par de graves soupçons de fraudes et d’irrégularités lors du vote:

«On a pu mettre à mal des décennies d’un système local fondé sur le clientélisme, l’affairisme, l’incurie. On le voit bien avec une ville qui s’effondre à la fois moralement et physiquement, avec des immeubles qui s’écroulent, avec des services publics extrêmement dégradés, comme les écoles.»

L’élu enthousiaste évoque ainsi un «vent nouveau, dégagiste», en quête de nouvelles pratiques politiques. Les Marseillais en ont «marre de la triche, des petits arrangements entre amis, marre du fait que la ville ne fasse que des cadeaux aux rois du béton», affirme-t-il. Le projet du Printemps marseillais, à travers «la transition écologique, des politiques de solidarité, de cohésion sociale entre différents quartiers» répondrait selon lui à cette volonté définitive de tourner la page Gaudin. Appelant Samia Ghali, l’élue des quartiers nord, à rejoindre le mouvement, Barles espère bâtir la majorité autour de Michèle Rubirola: «on ne peut pas voler une nouvelle fois sur tapis vert ce succès».

Les Verts en embuscade à la Présidentielle?

Se réjouissant des victoires écologistes dans les plus grandes métropoles françaises, Sébastien Barles fait remarquer qu’elles ont de surcroît été conquises à la droite, pour les cas bordelais et strasbourgeois. Mais comment l’explique-t-il? Pour l’élu des Verts, la lutte contre le réchauffement climatique débute à l’échelle locale:

«Deux tiers des leviers d’action par rapport à l’urgence climatique sont des leviers d’action locaux. C’est ça que les Français ont très bien compris.»

Il pense avant tout à la biodiversité et l’artificialisation des sols. Après leur succès relatif aux Européennes, avec 13,47% des suffrages, les écologistes engrangent une seconde victoire électorale, qui pourrait se révéler utile moins de deux avant l’élection présidentielle. Barles reste pourtant réservé: «les Présidentielles, c’est loin», souffle-t-il.

​Comme le note le journaliste Yassin Elazzaz, la solidité de l’espace politique des Verts se confirme et peut à terme faire de l’ombre à l’autre grande force politique à gauche, La France Insoumise, dirigée par Jean-Luc Mélenchon. Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste, s’est même dit prêt ce 29 juin sur RTL à se ranger pour la Présidentielle derrière le candidat qui «incarnera le bloc social-écologiste». Pour Sébastien Barles, ce sont donc les logiques unitaires autour de la transformation écologique qui doivent primer à gauche:

«Une des leçons, c’est que le succès des écologistes, ce sont souvent des succès en coalition, avec des mouvements citoyens, parfois avec des organisations de gauche, pas toute la gauche, mais une partie de la gauche. Quand la gauche porte un projet tiré par les écologistes, on remporte des victoires.»  

Lors de ce deuxième tour, Mélenchon, député de Marseille, a apporté son soutien à Michèle Rubirola tout en restant «perplexe» face à la stratégie adoptée par l’écologiste. Une gauche unitaire et plurielle pourra-t-elle se rassembler en vue de l’élection présidentielle de 2022? Il faut malgré tout rester prudent. Rappelons que l’abstention a atteint ce 28 juin 60%, un record dans ce type de scrutin, et que la vague verte ne concerne que les grandes métropoles. En 2017, Yannick Jadot, candidat EELV, s’était même désisté au profit de Benoît Hamon, qui n’a recueilli que 6% des suffrages.

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Benoît Hamon, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Emmanuel Macron, élections municipales
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