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Héraut de l’intervention franco-britannique en Libye au nom des droits de l’homme, Bernard-Henri Lévy s’est à nouveau rendu sur place ce 25 juillet, avant d’être refoulé. Retour sur cette visite mouvementée avec Bob Dulas, fin connaisseur du pays et «diplomate de l’ombre».

Un nouvel opus des aventures de Tintin dans les bacs. Chemise immaculée comme à son habitude, Bernard-Henri Lévy a encore fait des siennes ce week-end en Tripolitaine. Ce 25 juillet, à bord d’un jet privé, il a atterri à Misrata afin d’enquêter sur des charniers dans la ville de Tarhouna, «en tant que journaliste», a-t-il déclaré, pour le Wall Street Journal.

Sauf que le sauveur autoproclamé de la Libye n’est visiblement plus en odeur de sainteté dans le pays, son convoi ayant été bloqué, essuyant des tirs et des insultes antisémites, une attaque revendiquée par des groupes pro-GNA (Gouvernement d’union nationale), reconnu par l’Onu.

Il ainsi dû écourter son séjour, annulant même son rendez-vous avec Fathi Bashagha, ministre de l’Intérieur du GNA. L’affaire a pris une tournure politique lorsque le chef du gouvernement reconnu par les Nations unies, Fayez el-Sarraj, a démenti «tout lien» avec la visite de BHL et annoncé dans un communiqué avoir ouvert une «enquête» sur les circonstances de la visite.

BHL en mission pour la France?

Ce gouvernement soupçonne la France d’avoir appuyé l’offensive de Haftar contre Tripoli, ce dont Paris se défend. Le reporter BHL était-il alors en mission pour l’Élysée? Difficile de l’affirmer avec précision. Sputnik a interrogé Bob Dulas, «diplomate de l’ombre», ayant notamment conseillé Mouammar Kadhafi. Il est l’auteur de Mort pour la Françafrique (Éd. Stock). En apprenant l’information, celui-ci a immédiatement fait le rapprochement. Bernard-Henri Lévy pourrait s’être rendu sur le territoire libyen «pour aller essayer de remonter la cote du maréchal» Haftar. Dulas ne voit aucun autre prétexte plausible:

«Il n’y a aucune raison pour qu’il retourne là-bas après le bordel qu’il y a mis. C’est insensé. C’est même risqué […] Il faut être givré pour s’appeler BHL et aller sur place aujourd’hui. Il risque de se faire pendre par les pieds, pour ne pas dire autre chose, ils lui en veulent tous.»

Mais comment expliquer le désamour de la population envers celui qui a encouragé l’intervention franco-britannique en 2011? Robert Dulas considère que les Libyens «étaient heureux avant que BHL n’y mette les pieds, aujourd’hui c’est la catastrophe… BHL, pour eux, c’est le diable

Des islamistes invités de BHL à l’Élysée

Le chaos et les déchirements successifs du pays depuis la mort de Kadhafi seraient le résultat de l’intervention occidentale en 2011. Pour les Libyens, les principaux responsables de la situation du pays sont Nicolas Sarkozy et l’essayiste. Robert Dulas narre une anecdote lui provenant d’un commandant libyen:

«Quand il est venu à Benghazi, il a fait un discours où il s’exprimait en français, personne ne comprenait, mais comme les gens avaient été briefés auparavant, ils criaient bravo, mais ils ne savaient pas ce qu’il racontait […] C’est un peu comme un artiste ou comme un clown. Il y a un moment où il faut savoir se retirer de la scène.»

«La seule chose qui lui importe, c’est lui, son ego, qu’on le voie en priorité avec ses chemises blanches et dans des endroits pas possibles», poursuit Robert Dulas, ce diplomate de l’ombre, accusé de «barbouzerie» par certains, qui a un contentieux personnel avec l’écrivain.

Conseiller officieux du leader libyen à l’époque, Robert Dulas a pris part à Secopex, une société militaire privée, créée par Pierre Marziali, ex-militaire du 3e RPIMA de Carcassonne. Pourtant ils seraient devenus gênants aux yeux des services français et de l’Élysée. Marziali en a payé le prix fort, il a été exécuté en mai 2011 par des membres de la «katiba (ou brigade) du 17 février». Canal Plus y consacra d’ailleurs un Special Investigation «Pierre Marziali: Une affaire d’État?».

Quelques jours auparavant, les deux Français se sont rendus à l’Élysée pour avertir la Présidence de la composition très louche du Conseil national de Transition libyen, reconnu précipitamment par Nicolas Sarkozy, entre djihadistes et anciens cadres du pouvoir. Parmi le cortège de personnalités libyennes présenté à Nicolas Sarkozy par BHL, on y retrouvait notamment Mustafa el-Sagezli, de cette même Brigade du 17 février. Des personnes à qui l’État français a fourni armes et financements. 

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Mouammar Kadhafi, Fayez al-Serraj, Emmanuel Macron, Khalifa Haftar, Nicolas Sarkozy
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