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Après la démission forcée d’Evo Morales en novembre 2019 suite à des accusations de fraude électorale, son dauphin et ex-ministre de l’Économie, Luis Arce, a largement remporté le scrutin présidentiel, dès le premier tour. Décryptage de l’imbroglio bolivien avec Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine.

Luis Arce, le candidat du mouvement vers le socialisme (MAS) a obtenu plus de 52% des voix au premier tour de l’élection présidentielle bolivienne.

C’est davantage que le score d’Evo Morales en 2019, alors Président sortant et candidat du MAS, qui avait obtenu environ 47% des suffrages exprimés. Sauf que celui-ci avait dû démissionner dans la foulée et s’exiler en Argentine, accusé de fraude électorale par l’opposition de droite et sous la pression internationale. Mais cette fois, pas de doute possible, le principal rival de Arce, l’ex-Président centriste Carlos Mesa (2003-2005), a reconnu la «large» victoire de son adversaire, à vingt points d’écart, de même que la Présidente par intérim, la conservatrice Jeanine Anez.

«Élections pacifiques»

Pour Maurice Lemoine, fin connaisseur de l’Amérique latine et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, cette victoire ne constitue pas une surprise: «on savait que le MAS arriverait en tête». Seul l’écart entre les deux candidats était le vrai enjeu du scrutin:

«Si la différence entre Luis Arce et Carlos Mesa avait été minime, l’occasion aurait pu se présenter de crier à la fraude pour obliger un deuxième tour, dans lequel effectivement la droite, en se regroupant, pouvait mettre en difficulté le candidat du MAS», estime-t-il au micro de Sputnik.

La victoire de l’ancien ministre de l’Économie d’Evo Morales a été également été saluée par de nombreux dirigeants de gauche en Amérique latine, de Cuba au Nicaragua en passant par le Venezuela, l’Argentine et le Mexique. La bonne tenue de ces «élections pacifiques» a aussi été saluée par le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres.

​Il a subi un coup d’État, sa maison a été détruite et il a été contraint de quitter le pays, tandis que sa famille et ses partisans étaient harcelés et persécutés par le gouvernement de facto. Mais les gens n’oublient pas ceux qui ne les trahissent pas. Cela a été démontré hier. Toutes nos félicitations, Evo Morales!

Ainsi se réjouissait le Président argentin de la victoire du camp d’Evo Morales, lequel a annoncé son prochain retour dans le pays après un an d’exil, alors que certains n’hésitent pas à évoquer explicitement un coup d’État à son encontre il y a un an. Maurice Lemoine en fait partie.

La fraude électorale, un «fiasco médiatique»

L’accusation de fraude électorale à l’encontre d’Evo Morales «n’a jamais été prouvée» même si elle a été la source des affrontements entre partisans et détracteurs du chef de l’État. La thèse de la fraude a été défendue par l’opposition et par un rapport de l’Organisation des États américains (OEA), qualifiée par Le Monde Diplo de «ministère des colonies américaines» et dont «le secrétaire général Luis Almagro est d’une certaine manière un supplétif du gouvernement de Donald Trump», rappelle M. Lemoine. C’est ainsi que le journaliste s’insurge contre le «silence total» de la presse européenne et française –excepté L’Humanité et Le Monde Diplo-, qui a repris, sans aucun recul, les accusations de fraude.

«Personne n’a dénoncé de coup d’État et tout le monde se retrouve aujourd’hui un peu gêné. Sur le plan médiatique, il y a eu un véritable scandale.»

Un «fiasco médiatique» qu’a également évoqué Anne-Dominique Correa, journaliste et fille de Rafael Correa, ex-Président de l’Équateur. Le scénario a été battu en brèche depuis, «combattu par un certain nombre d’observateurs et d’organismes internationaux». C’est une étude du Center for Economic and Policy Research (CEPR) en novembre 2019 qui dément les malversations électorales, à l’instar du New York Times. Le quotidien américain a en effet admis en juin 2020 que le rapport sur la fraude était «erroné».

«En fait, il n’y avait pas eu fraude et Evo Morales avait gagné les élections. Son renversement a été possible parce que la marge entre lui et le candidat de droite, arrivé second, n’était pas très grande.»

Une telle accusation a secoué le pays durant des semaines de manifestations, au cours desquelles l’armée et la police ont décidé de ne plus soutenir Morales. Après son départ en catimini, c’est donc Jeanine Anez, du parti conservateur Unité démocratique (UD), qui a été désignée Présidente par intérim.

«Retarder l’élection pour tenter de changer le rapport de forces»

Mais pourquoi l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle a-t-elle duré un an? Le contexte sanitaire n’est que l’un des facteurs, selon Maurice Lemoine. «Le MAS est toujours apparu en tête de tous les sondages. Donc le gouvernement de facto de Jeanine Anez a tout fait pour retarder l’élection pour tenter de changer le rapport de forces.» Troisième raison du retard, la division de l’opposition et la multiplication de ses candidats, dans lesquelles les États-Unis seraient impliqués, selon le journaliste. 

«Jeanine Anez a annoncé qu’elle se représenterait, alors qu’elle avait promis qu’elle ne le ferait pas. Il y a eu tout un processus dans lequel l’ambassade des États-Unis a eu un rôle important, c’est de forcer Jeanine Anez à renoncer à sa candidature pour essayer de regrouper la droite en un seul camp.»

Ainsi explique-t-il, «le Venezuela, Cuba, la Bolivie, le Nicaragua, sont les pays qui sont dans le collimateur des États-Unis».

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Tags:
Donald Trump, Jeanine Anez, Evo Morales, Bolivie, États-Unis, Organisation des Etats américains (OEA)
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