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Après la découverte, sur son sol, d’une nouvelle souche du SARS-CoV-2 jusqu’à 70% plus contagieuse, la Grande-Bretagne est en ébullition. Boris Johnson a décidé de reconfiner une partie du pays. Plusieurs voisins européens leur ferment également la porte, laissant le royaume à l’isolement. Une stratégie d’urgence face à une mutation incomprise.

Un par un, les États annoncent la fermeture totale de leurs frontières avec le Royaume-Uni. La France n’y coupe pas. Le temps de mettre en place une stratégie, elle ferme ses portes pour au moins quarante-huit heures à «tous les déplacements de personnes, y compris liés aux transports de marchandises, par voie routière, aérienne, maritime ou ferroviaire». Partout dans le monde, de l’Inde à la Russie, en passant par Israël, c’est la panique depuis qu’une mutation du nouveau coronavirus a été observée en Angleterre, avec plus de 67.000 morts le pays d’Europe le plus touché après l’Italie. Et pour cause, la nouvelle souche du virus se propagerait bien plus vite que la première. On aurait constaté une contagion de 40 à 70% supérieure à celle du Covid initial selon Peter Openshaw, immunologiste à l'Imperial College de Londres. 

Pour l’instant, le territoire français n’a pas enregistré la présence de cette nouvelle forme de Covid-19. En revanche, l’Italie a déjà isolé l’un de ses ressortissants de retour d’Angleterre, porteur du virus mutant. L’Afrique du Sud semble également touchée. Selon toute vraisemblance, le nouveau virus serait apparu dès septembre à Londres, où il serait responsable de 62% des nouveaux cas, ainsi que dans le Kent (Sud-Est), a précisé Patrick Vallance, conseiller scientifique du gouvernement britannique. Le lieu de naissance est donc établi. Mais bien des mystères demeurent quant à son origine.

La fusion de deux Covid-19?

Cette mutation, les scientifiques la nomment N501Y. Malgré le reconfinement qu’il a décidé, Boris Johnson a tenté de rassurer ses concitoyens. Selon lui, cette variante ne serait pas nécessairement plus mortelle ni plus sévère. En tout cas, elle s’avère beaucoup plus contagieuse d’après l’Organisation mondiale de la santé.

«Les mutations –que l’on observe chez ce virus et qui ne sont pas présentes pour les autres souches– facilitent l’infection, c’est-à-dire l’entrée dans les cellules humaines», confirme Stéphane Guindon, microbiologiste et concepteur du logiciel PhyML, outil permettant de retracer la chaîne de transmission.

Il y a donc une certitude: cette forme récente est plus contagieuse. Pour le reste, notre interlocuteur, chercheur au CNRS, estime qu’il existe encore peu d’informations sur les caractéristiques complètes de ce virus. Cela dit, l’origine de la mutation trouve son explication: la nouvelle cellule souche serait née de la rencontre fortuite de différentes souches du virus, permise par l’existence d’une comorbidité (émergence d’un trouble associé à un trouble préexistant dans l’organisme).

«Une hypothèse consiste à envisager que ce virus est apparu après l’infection d’un ou de plusieurs patients, chroniquement infectés par une autre souche. Ces patients ont donc été soumis à une dose élevée du virus qui a circulé dans leur corps durant deux à quatre mois. Cela concerne très peu de patients — a priori des cas graves et des sujets immunodéprimés» [aux défenses immunitaires défaillantes, ndlr], explique Stéphane Guindon.

La forte contagiosité de la nouvelle souche s’explique, elle, par «les bouts du génome du virus qui permettent d’entrer plus facilement dans les cellules humaines». Rien n’indique toutefois qu’elle résistera au vaccin, conclut le scientifique.À l’heure actuelle, les précautions internationales semblent donc prises dans l’attente d’une stratégie de dépistage massif. Fallait-il pour autant reconfiner partiellement un pays et en fermer les frontières?

Nouvelles mesures pour nouveau virus ?

Une précaution, même tardive, est toujours utile. Telle est la théorie défendue par Claire Mathieu au micro de Sputnik. Également chercheuse au CNRS dont elle est lauréate de la médaille d'argent en 2019, cette informaticienne et mathématicienne utilise les graphes pour étudier la propagation du Covid-19. Ces courbes permettent d’évaluer la pertinence des mesures de lutte contre l’épidémie.

Interrogée sur l’utilité de l’isolement anglais (qui plus est, relativement court), ce malgré la circulation probable de cette nouvelle souche depuis trois mois, elle affirme que les bénéfices d’une telle mesure sont notables.

«Plus on ralentit l’arrivée de personnes infectées, plus on retarde l’avancée de cette version de l’épidémie. Chaque semaine compte jusqu’à l’arrivée des vaccins. Donc, si l’on arrive à retarder cette propagation d’une ou deux semaines, on évite certainement des milliers de morts, estime Claire Mathieu. C’est probablement aussi une semaine de confinement en moins lorsque les choses sont ainsi anticipées.»

Quant au délai de reconfinement des Londoniens (jusqu’au 31 décembre) et celui de fermeture des frontières (quarante-huit heures pour la France), il ne fait aucun doute qu’il s’agit là de dates provisoires: «Le temps d’engager une concertation européenne et que les autres pays puissent prendre une décision commune.» Faut-il alors en envisager une prolongation? «Bien sûr», répond Claire Mathieu, avant d’ajouter en bonne mathématicienne: «Le taux d’incidence à Londres est actuellement autour d’une personne pour 500.Un Eurostar rempli acheminerait donc, en moyenne, un ou deux voyageurs contaminés.»

Ces précautions seraient donc essentielles, bien qu’il faille envisager que la forme mutante circule déjà en France.

Joint par la rédaction, l’épidémiologiste Laurent Toubiana prône aussi l’isolement et la fermeture des frontières pour les pays particulièrement touchés. «Une mesure que j’ai toujours défendue», rappelle-t-il. La seule réellement efficace, selon lui, avec l’immunité collective.

En France, aucun cas mutant n’a pour le moment été officiellement recensé, assure le ministère de la Santé. Pourtant, beaucoup s’interrogent sur la levée des suspensions. Les nombreux concitoyens bloqués en Angleterre contre leur gré ignorent encore à quelles propositions s'attendre pour les prochains jours. Le véritable Brexit commence-t-il maintenant?

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Tags:
confinement, Royaume-Uni, mutation, Covid-19
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