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C’est officiel: la campagne de vaccination anti-Covid est lancée en Europe, orchestrée par les laboratoires Pfizer et BioNTech. En France, où elle débute le 27 décembre, les voyants sont-ils tous au vert? Face aux réticences de la population et aux mutations du virus, ne va-t-on pas trop vite en besogne? Le point avec Mylène Ogliastro, virologue.

L’Agence européenne des médicaments (EMA) a donné le top départ: les premières doses de vaccin contre le Covid-19 pourront être administrées avant la fin du mois.

Une opération organisée de concert par l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la France, qui commenceront donc à vacciner dès le 27 décembre. Une cohésion européenne dont se sont félicités Usrula Von der Leyen ou encore Jean Castex, saluant une «communauté de destin», malgré le scepticisme dont font encore preuve beaucoup de citoyens, appuyés par quelques leaders politiques et certains (rares) scientifiques.

Ils remettent notamment en cause le manque de recul et de sécurité, alors que le vaccin aurait été élaboré et testé trop rapidement. Une thèse que relayait, entre autres, le déchu professeur Perronne, récemment démis de ses fonctions de chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

Vice-présidente de la Société française de Virologie, Mylène Ogliastro reconnaît la rapidité exceptionnelle de la mise en place du vaccin, mais défend quant à elle sa fiabilité et l’urgence de sa distribution.

«10 ans de recherche» en quelques semaines

Il faut agir maintenant, plaide Mylène Ogliatro. Pour celle-ci, si un recul est toujours appréciable, l’efficacité du vaccin ne fait aucun doute, compte tenu des essais cliniques et de l’approbation des hautes autorités en la matière.

«Les signaux paraissent au vert au regard de ce qui a été publié par la FDA américaine [Food and Drug Administration, ndlr] et l’Agence européenne du médicament. Ces tests ont été réalisés sur plusieurs dizaines de milliers de personnes dans toutes les categories d'age et ces vaccins montrent une efficacité excellente avec des effets secondaires relativement classiques. Ces données montrent que ces vaccins sont prêts à être administrés. Il ne me parait souhaitable d'attendre compte tenu du risque que représente la maladie pour beaucoup d'entre nous.», insiste la virologue en entretien avec Sputnik.

Pour autant, «aucune étape n’a été grillée», souligne-t-elle, et le vaccin a simplement bénéficié de l’avancée de la recherche scientifique:

«La mise au point d’un vaccin, c’est une dizaine d’années en moyenne, cela inclut le temps de recherche pour cibler la bonne molécule à injecter, puis le temps de la construction des outils. Grâce aux précédentes épidémies de SARS (2001 et 2012), on connaissait ce type de virus et la cible à viser par un vaccin (la protéine “Spike”). Ce sont cinq à huit ans de recherche qui ont été gagnés".»

Des travaux qui datent des années 2000 et portaient originellement sur l’immunothérapie anti-tumeur. La seule nouveauté –et non des moindres– sera leur application à grande échelle.

Le vaccin à toute épreuve?

Déjà source d’inquiétude en lui-même, le vaccin cristallise d’autres angoisses. Celle des effets secondaires notamment, qui toucheraient une personne sur deux. La scientifique nous assure toutefois que, d'après les publications, ces effets (maux de tête, douleurs au point d'injection, fatigue et éventuellement fièvre) sont transitoires (1-2 jours) et qu'aucun cas grave n'a été signalé. Ils sont aussi le signe d’un bon fonctionnement des anticorps, bien que n'étant «pas recommandés pour des personnes présentant des risques d'allergies élevés».

L’apparition, au Royaume-Uni, d’une nouvelle souche plus contagieuse fait également naître des inquiétudes quant à sa potentielle résistance au nouveau vaccin. Sur cette question, la communauté scientifique se veut encore une fois pragmatique: le virus mutant ne serait a priori pas résistant au vaccin même s'il n' est pas exclu que son efficacité soit diminuée. En réalité, les laboratoires Pfizer et BioNTech, tout en affirmant «hautement probable» que le vaccin soit efficace contre la nouvelle souche, promettent déjà une nouvelle formule disponible en «six semaines» en cas de résistance.

Qu’à cela ne tienne, pour Mylène Ogliastro, l’adaptation du vaccin peut attendre. Rappelant que «les dépenses publiques et celles de Pfizer ont été considérables» et que «la priorité a été donnée aux études tests» afin proposer un vaccin le plus fiable possible, la chercheuse à l’Institut national de la recherche agronomique le répète: il ne faut certainement pas reporter la campagne de vaccination, qui sera dans tous les cas efficace.

Mylène Ogliastro, vice-présidente de la Société française de virologie
Mylène Ogliastro, vice-présidente de la Société française de virologie

D’autant plus que la nouvelle souche pourra être combattue «plus tard, dans les années à venir.» Elle l’aura d’ailleurs déjà été indirectement, «grâce à la réactivité de ce premier vaccin.»

Miser sur le «bon sens» citoyen

De quoi rassurer les sceptiques? Pas certain, si l’on en croit les différents sondages mettant en évidence le refus d’une majorité de Français de se faire vacciner. Une contestation alimentée dernièrement par le spectre d’une vaccination rendue obligatoire, notamment via la proposition du «passeport vert», qui serait délivré uniquement aux personnes vaccinées, ou dernièrement via le projet de prolongement indéfini de l’«état d’urgence sanitaire», qui contient des mesures potentiellement liberticides, dont la possibilité de mettre en place le fameux «passeport sanitaire».

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Tags:
Europe, Pfizer, vaccin, Covid-19
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