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Le procès de Franco Lollia, jugé pour son tag sur la statue de Colbert, a été renvoyé par le tribunal correctionnel de Paris au 10 mai prochain. Une date «hautement symbolique» pour le prévenu, porte-parole de la Brigade anti-négrophobie. En effet, c’est celle de la journée commémorative de l’abolition de l’esclavage. Sputnik était sur place.

«C’était le seul moyen de nous faire entendre et de dénoncer une négrophobie qui a été enfantée en France, notamment par Colbert, au nom de l’État français.»

Avant d’entrer dans la salle d’audience, Franco Lollia tentait d’expliquer son geste au micro de Sputnik.

Le porte-parole de la Brigade anti-négrophobie (BAN) comparaissait, ce lundi 18 janvier, devant le tribunal correctionnel de Paris. Son délit? Avoir tagué en juin dernier «Négrophobie d’État» sur le socle de la statue de Colbert, devant l’Assemblée nationale. Cette figure historique est décriée par une partie des militants antiracistes. Le ministre de Louis XIV est considéré comme à l’initiative du Code noir, rédigé en 1685 et qui a fixé le cadre juridique de l’esclavage dans les colonies françaises.

​En plein mouvement Black Lives Matter, cette dégradation avait indigné la classe politique et provoqué de vives réactions en France sur la question du déboulonnage de statues jugées offensantes par les activistes anticolonialistes.

Un geste qui crée la polémique

Lors de son allocution du 14 juin dernier, Emmanuel Macron avait dénoncé le «communautarisme et la réécriture haineuse et fausse du passé», avant de prévenir que «la République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. Elle n'oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statues.» Durant une interview pour le média en ligne Brut en décembre, le chef de l’État avait néanmoins concédé: «Il y a toute une part de notre histoire qui parle à une jeunesse qui est noire ou maghrébine et ils ont leurs héros. Simplement, on ne les a pas reconnus, on ne leur a pas donné une place.»

«Une histoire […] qui a des répercussions sur le présent et nourrit les phénomènes de discrimination raciale, au logement, à l’emploi, les contrôles au faciès, les crimes policiers, l’accès inéquitable à la justice, etc., qui touchent particulièrement les Noirs», affirme Franco Lollia.

Pour le militant, ce procès est donc avant tout symbolique. Toutefois, il prévient que cela risque d’être une mascarade: «La justice sera rendue pour un, alors que notre action visait la justice pour tous.»

​Néanmoins, pour maître Saïda Benouari, avocate représentant l’Assemblée nationale, concernant cette «action symbolique, on pourrait dire “très bien”. Mais quid du préjudice matériel, des dégradations?»

«Quel est le sens de cette action symbolique dès lors que l’on ravage, dégrade des biens qui sont du domaine public. Cela n’a pas beaucoup de sens. Quand bien même on voudrait provoquer un débat, il y a d’autres manières, je crois, plus citoyennes de le faire et on n’en serait pas là aujourd’hui», regrette-t-elle en réponse à Sputnik.

L’avocate a d’ailleurs tenu à rappeler que, pour l’Assemblée nationale, cela reste un «dossier de dégradation matérielle». «On demande réparation. Pour le reste, c’est de l’ordre du débat public»,  précise-t-elle.

​Un point qui n’a pas manqué de faire tiquer les avocats du prévenu. Ceux-ci ont déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) portant sur l'égalité des armes et la capacité de l'Assemblée nationale à se constituer partie civile. Une action qui a provoqué le renvoi du procès au 10 mai prochain.

«On sait que l’État français est irresponsable pénalement parce qu’il a posé le principe de son irresponsabilité. En droit français, il y a globalement deux irresponsables: le fou et l’État français. […] L’autre question porte sur le fait que l’Assemblée nationale n’est ni une personne physique, ni une personne morale. Alors, c’est qui?» s’interroge maître Georges-Emmanuel Germany.

Franco Lollia s’est, quant à lui, réjoui de la date de renvoi. Et pour cause, elle correspond à la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition. Une date choisie en raison de l’adoption, le 10 mai 2001, de la loi Taubira qui reconnaît la traite et l'esclavage comme «crime contre l'humanité».

«Cette date est hautement symbolique. […] J’ai envie de pleurer tellement c’est beau», a ironisé Franco Lollia.

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procès, Brigade anti-négrophobie
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