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À la veille d’une nouvelle journée de mobilisation contre le Président Bouteflika, l’opposant Rachid Nekkaz s’est confié à Sputnik France. Se disant placé «en résidence surveillée», il appelle le peuple algérien à venir le «libérer» et espère instaurer «un gouvernement d’union nationale». Entretien.

Vendredi 22 mars, des milliers d'Algériens sont encore attendus dans les rues du pays. Le Président Bouteflika a annoncé le 18 mars l'organisation dans un «très proche avenir» d'une «Conférence nationale», qui devrait précéder un changement du «régime de gouvernance». Autant dire qu'il n'a pas convaincu. Dès le lendemain, étudiants et personnels médicaux battaient le pavé à Alger, toujours pour demander le départ du Président, âgé de 82 ans et au pouvoir depuis 20 ans.

​L'opposant Rachid Nekkaz, qui, depuis son retour en Algérie le 15 mars, se dit sous la surveillance des autorités, a lancé un appel au peuple algérien. Il espère que la foule viendra le «libérer» le 22 mars dans son village, situé à 250 kilomètres à l'ouest de la capitale, où il assure se trouver en «résidence surveillée». Pour cette grande journée de mobilisation, l'homme d'affaires et patron du Mouvement pour la Jeunesse et le Changement (MJC) a demandé aux Algériens de bloquer plusieurs raffineries. Il les appelle surtout à se rendre, dattes à la main, devant le palais présidentiel dans le cadre d'une marche pacifique. Selon lui, il est nécessaire de mettre en place un gouvernement d'unité nationale afin d'éviter que le pays ne s'enfonce dans la violence. Interview.

Sputnik France: Vous dites avoir été placé illégalement en résidence surveillée par le pouvoir. Comment cela s'est-il déroulé et quelles sont vos conditions de vie actuellement? Êtes-vous libre de vos déplacements?

Rachid Nekkaz: «Lorsque je suis arrivé à l'aéroport d'Alger à 6 h 45 le 15 mars pour participer aux rassemblements contre Abdelaziz Bouteflika, on m'a arrêté et gardé à vue 24 heures. Ensuite, 70 policiers m'ont escorté jusque que dans mon village, situé à 250 kilomètres à l'ouest de la capitale, où je suis depuis placé en résidence surveillée illégale. J'ai interdiction absolue de me déplacer. Concrètement, à l'heure où nous parlons, il y a 15 policiers devant mon domicile.»

Sputnik France: Vous dites que les autorités ont confisqué votre passeport…

Rachid Nekkaz: «Lorsque je suis arrivé à l'aéroport d'Alger le 15 mars, on m'a confisqué mon passeport algérien afin de m'empêcher de sortir du territoire. Le régime algérien a mal pris le fait que j'ai été porté sur les épaules d'Algériens non seulement à Saint-Denis, mais aussi sur la place de la République à Paris. Il a peur de ces images qui ont fait le tour du monde et qui ont montré la jeunesse algérienne me porter, aussi bien en Algérie qu'à l'étranger.»

Sputnik France: Comment vous rendrez-vous à Alger pour le prochain rassemblement?

Rachid Nekkaz: «J'ai lancé un appel à la population algérienne pour qu'elle vienne me délivrer le 22 mars à 9 h 00 afin de pouvoir participer aux manifestations et à la marche pacifique vers El Mouradia, le palais présidentiel. Je verrai bien la réaction des autorités quand les Algériens viendront dans mon village.»

Sputnik France: Votre page Facebook, qui compte environ 1.800.000 abonnés, n'est plus accessible. Que s'est-il passé?

Rachid Nekkaz: «Il faut savoir que ma page Facebook avait déjà été piratée en décembre 2017 pendant trois jours. Nous avons été en mesure de détecter qui avait été à l'origine de ce piratage. La personne venait de Tlemcen, une ville qui est aussi le fief historique du Président Bouteflika. Les autorités n'ont jamais accepté que je puisse porter plainte contre cet individu, dont on avait réussi à avoir l'adresse IP. Le 17 mars, ma page a été cette fois supprimée. Depuis cette date, je n'y ai plus accès. J'ai contacté la direction régionale de Facebook à Dubaï ainsi que le siège en Californie et je n'ai, pour le moment, obtenu aucune réponse.»

Sputnik France: Le Président Bouteflika a annoncé la tenue prochaine d'une «Conférence nationale» afin de permettre une transition du pouvoir. Quel crédit accordez-vous à ces déclarations?

Rachid Nekkaz: «Depuis 2015, je dis dans les médias algériens que le Président Bouteflika est mort politiquement. Il ne s'est pas directement adressé au peuple algérien depuis 2012. Le régime algérien est le roi de la manipulation politique de l'opinion nationale et internationale. Depuis 7 ans, il ne fonctionne que par lettres, à croire que nous sommes revenus à l'époque du Moyen-Age. Ce n'est pas crédible. Tout ce qui est annoncé et qui provient du Président Bouteflika n'est pas crédible. C'est simplement les gens qui tournent autour de lui qui distillent des informations qui sont totalement fausses. Croyez-moi, il n'y aura ni Conférence nationale ni période de transition.»

Sputnik France: Vous dites proposer une porte de sortie au pouvoir actuel…

Rachid Nekkaz: «Il faut absolument revenir à la légalité constitutionnelle et réorganiser des élections présidentielles comme cela été prévu le 18 avril prochain. Si on ne fait pas ça, nous ne sommes pas à l'abri d'un nouveau cycle de violences en Algérie, comme cela a été le cas dans les années 90. Je crois que le régime algérien a très peur d'être poursuivi en justice. C'est pour cette raison que je propose, si nous gagnons, une loi d'amnistie fiscale et financière afin de laisser une porte ouverte au régime pour qu'il puisse partir de la manière la plus civilisée et pacifique possible.»

Sputnik France: Concernant le 22 mars, vous avez appelé à bloquer des raffineries et aller «boire le thé à El Mouradia», la résidence du pouvoir. Plusieurs internautes vous ont qualifié de dangereux. Que leur répondez-vous?

Rachid Nekkaz: «Toutes les actions que j'ai entreprises aussi bien en Algérie qu'à l'étranger depuis 2013 l'ont toujours été dans un esprit pacifique. J'ai marché des centaines de kilomètres entre Tizi Ouzou et le désert algérien contre le gaz de schiste. J'ai été accueilli par des milliers de personnes. J'ai toujours agi de manière pacifique et ce n'est pas demain que je vais changer de philosophie ou de stratégie. J'ai demandé au peuple algérien de venir devant El Mouradia avec des dattes, symbole algérien de la paix, afin d'envoyer un message, lui aussi de paix, non seulement au régime algérien, mais également à la communauté internationale. Concernant les blocages des raffineries, c'est un message envoyé directement à cette dernière afin qu'elle cesse de soutenir la dictature algérienne.»

Sputnik France: Concrètement, comment mettre en place le gouvernement d'union nationale que vous appelez de vos vœux?

Rachid Nekkaz: «Quand je suis revenu à Alger avant d'être arrêté, je m'apprêtais à rencontrer les responsables de l'opposition afin de discuter des modalités de la mise en place de ce gouvernement d'union nationale. Force est de constater que l'on a tout fait pour empêcher le moindre contact avec ces figures de l'opposition. Il y a une volonté du régime dictatorial de m'empêcher de constituer ce gouvernement d'union nationale. Mais j'espère que, dans les jours à venir, tout cela deviendra possible. Il faut d'abord que je retrouve ma liberté de circulation, "Inch' Allah".»

 

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