Ecoutez Radio Sputnik
    Les ministres des affaires étrangères du G7 marchent du même pas après leur dernière session de travail au Palais des arts de Dinard

    L'Afrique au cœur de la réunion préparatoire du G7 ministériel Affaires étrangères

    © Sputnik .
    Afrique
    URL courte
    Par
    10315
    S'abonner

    Pour la première fois dans l’histoire du G7, le président de la commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, était invité à une rencontre préparatoire des ministres des Affaires étrangères. Le sommet du G7, centré sur la réduction des inégalités, aura lieu à Biarritz du 24 au 26 août prochains. L’Afrique y occupera une place centrale.

    Cinq sessions de travail, deux journées de discussion et un communiqué final «fleuve» de 84 points organisés en cinq chapitres: Jean-Yves Le Drian, ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, a accueilli ses homologues du G7 à Dinard et à Saint-Malo les 5 et 6 avril 2019, avec l'intention de les faire plancher sur les priorités de la présidence française du G7.

    «Au cours de ces deux jours, nous préparerons le sommet de nos chefs d'État et de gouvernement qui se tiendra à Biarritz en août prochain et que le Président de la République a voulu consacrer à la réduction des inégalités», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, précisant:

    «Nous allons traiter des réponses communes aux défis de sécurité internationale, en particulier le terrorisme et les trafics. Nous aborderons le sujet des grandes crises régionales qui fragilisent les sociétés et frappent les plus vulnérables.»

    Rencontre des chefs de diplomatie du G7 en France
    © Sputnik .
    Rencontre des chefs de diplomatie du G7 en France

    Hormis le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, remplacé par John Sullivan, Jean-Yves Le Drian s'est réjoui d'avoir pu accueillir dans les villes bretonnes de Saint-Malo et à Dinard, région dont il est originaire, ses homologues des sept pays les plus industrialisés: Chrystia Freeland (Canada), Tarō Kōno (Japon), Heiko Maas (Allemagne), Enzo Moavero Milanesi (Italie), Jeremy Hunt (Grande-Bretagne, absent samedi pour cause d'ultimes discussions sur le Brexit) et Federica Mogherini (représentante de l'Union européenne). Lors de la conférence de presse finale, il a précisé que l'alliance pour le multilatéralisme, récemment décidée à New York entre la France et l'Allemagne, était rejointe par le Canada et le Japon.

    «Nous ne pouvons pas rester spectateur du refus du multilatéralisme», a martelé Jean-Yves Le Drian, lors de sa conférence de presse finale de la réunion préparatoire des ministres des Affaires étrangères du G7.

    Hormis sur deux points, la situation au Proche-Orient —avec le conflit israélo-palestinien- et les relations avec l'Iran, «aucun autre point de divergence n'a pu être trouvé», a-t-il précisé. Y compris sur la Libye, qui a fait l'objet d'un communiqué final cosigné par les États-Unis. Exprimant sa totale satisfaction que la Bretagne ait ainsi pu être à la hauteur dans l'objectif de «prendre des engagements concrets et opérationnels» concernant la présidence française du G7.

    Priorité à l'Afrique

    Lors du dîner à huis clos du 5 avril consacré à l'Afrique, le ministre des Affaires étrangères, «africaniste convaincu», a pesé de tout son poids dans les débats, selon des indiscrétions recueillies par Sputnik France:

    «Conformément à la priorité accordée par le Président de la République au partenariat avec l'Afrique, nous étudierons les moyens de renforcer la mobilisation de la communauté internationale pour soutenir les opérations africaines de paix et pour lutter contre les trafics au Sahel. La réduction des inégalités entre les femmes et les hommes sera au centre des discussions aussi, qu'il s'agisse de la protection des femmes contre les violences sexuelles dans les conflits, ou du renforcement du rôle des femmes dans les processus de paix et le règlement des crises. Nous le ferons en ouvrant nos discussions à des personnalités de premier plan engagées dans ces causes», a déclaré Jean-Yves Le Drian.

    Parmi celles-ci, le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a fait le déplacement entre deux missions en Libye afin d'être présent à cette réunion. «Il s'agit d'une première dans l'histoire du G7», a précisé le ministre en réponse à une question de Sputnik France, lors de la conférence de presse de clôture.

    Arrivé jeudi 4 avril pour repartir dès le vendredi soir, le Tchadien a néanmoins eu le temps d'expliquer en détail le plan de l'Union africaine pour construire une architecture de défense en Afrique. Un plan qui a été accepté par le G7, les ministres s'étant mis d'accord pour créer un fonds de financement, sans toutefois en préciser le montant, a indiqué Jean-Yves Le Drian à Sputnik France:

    ​Dans le communiqué final, les ministres du G7, après avoir salué l'action de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA), consacrent un long paragraphe à l'action du G5 Sahel, qui regroupe cinq pays (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad).

    «Nous nous réjouissons des efforts déployés dans la mise en œuvre opérationnelle de la Force conjointe du G5 Sahel et nous continuons de soutenir les efforts des pays du G5 Sahel visant à améliorer la coopération régionale non seulement en matière de lutte contre le terrorisme, mais également pour faire progresser la stabilité et le développement de la région», précise le communiqué.

    Exprimant leur préoccupation par rapport à la situation qui prévaut actuellement au Burkina Faso et dans la région du lac Tchad, les ministres du G7 se sont déclarés particulièrement inquiets de la dégradation de la situation dans le nord-est du Nigéria. Les ministres du G7 ont par ailleurs appelé à la poursuite des efforts de tous les partenaires concernés par la lutte contre la criminalité transnationale et le financement du terrorisme.

    «Nous nous félicitons des actions entreprises par certains États membres du G7 pour améliorer la coordination et accélérer la mise en œuvre de l'aide au développement, notamment dans le cadre de l'Alliance Sahel, qui apporte une aide de neuf milliards d'euros et développe plus de 600 projets dans des secteurs clés comme l'éducation des jeunes, l'agriculture et l'accès aux services de base. Nous soulignons qu'il est nécessaire d'investir dans la jeunesse et dans l'emploi dans les zones rurales, en renforçant notamment la résilience des pays et des communautés dans la région», précise encore le communiqué.

    En déplacement en Afrique de l'Est du 11 au 14 mars 2019 pour renforcer le partenariat militaire, culturel et économique de la France avec cette partie du continent, Emmanuel Macron avait déclaré: «Notre destin est lié à celui de l'Afrique: nous réussirons (ou échouerons) ensemble.»

    Après s'être rendu à Djibouti, en Éthiopie et au Kenya, il avait souhaité que les engagements pris dans son fameux discours de Ouagadougou en 2017, considéré comme l'acte fondateur de la nouvelle politique africaine de la France, puissent commencer à voir le jour.

    «Il s'agit de garantir la stabilité et la paix grâce, notamment, à une coopération militaire renforcée au Sahel; créer des opportunités pour la jeunesse en Afrique avec 450 millions de jeunes sur le marché du travail d'ici 2050: cela passe d'abord par un accès à la culture et à une éducation de qualité, en particulier pour les filles», avait-il déclaré.

    Lutter contre les violences faites aux femmes

    Les organisations internationales et la société civile ont également été pleinement associées aux discussions des ministres du G7 sur l'Afrique à Dinard et Saint-Malo avec, notamment, la présence de Leïla Zerrougui, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies en République démocratique du Congo et chef de la mission des Nations unies pour la stabilisation dans ce même pays. Dans le communiqué final, les ministres du G7 sont d'ailleurs revenus sur les derniers développements dans ce pays, insistant sur la nécessité de mettre un terme aux violences sexuelles.

    «En coopération avec les acteurs régionaux, nous continuerons d'encourager les autorités congolaises à intensifier leurs efforts de consolidation de la paix, de la stabilité et du développement dans le pays, notamment les mesures de lutte contre les violences sexistes. Nous reconnaissons également le rôle essentiel de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) pour protéger les populations civiles et soutenir le gouvernement dans ses efforts de stabilisation et de consolidation de la paix», selon les ministres du G7.

    Phumzile Mlambo-Ngcuka, secrétaire générale adjointe de l'Onu, directrice exécutive de l'ONU Femmes, a demandé quant à elle que la résolution 1325 puisse désormais recevoir un plein soutien de la part des pays les plus riches de la planète. Cette résolution prévoit une plus grande participation des femmes dans les missions et les opérations de maintien de la paix.

    Participant également à ce G7 des Affaires étrangères, Marie Cervetti, directrice du centre d'hébergement et de réinsertion «FIT- Une femme, un toit» a déclaré à Sputnik France que, compte tenu des engagements pris par certains États membres du G7, la cause des luttes contre les violences faites aux femmes était enfin reconnue.

    «Les deux tiers des débats ont porté sur les moyens de lutter contre les violences faites aux femmes. Nous sommes sur la bonne voie», a-t-elle confié à Sputnik France.

    Phumzile Mlambo-Ngcuka et Marie Cervetti sont membres du Conseil consultatif du G7 pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Ce thème, récurrent depuis des décennies dans les débats internationaux, a été choisi par la France pour permettre des avancées. Reste maintenant à le traduire en actions lors du sommet des Chefs d'État et de gouvernement à Biarritz.

    *Organisation terroriste interdite en Russie

    Tags:
    débats, diplomatie, sommet, G5 Sahel, G7, Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, Emmanuel Macron, Jean-Yves Le Drian, Dinard, Burkina Faso, Mauritanie, Mali, Afrique, Libye, Europe, Niger, Tchad, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik