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    Massacre de Peuls à Ogossagou, au Mali, «crime contre l’humanité», envisage l’Onu

    © AFP 2019 Habibou Kouyate
    Afrique
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    Coumba Sylla
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    L'Onu a publié conclusions préliminaires de son enquête sur le massacre de Peuls à Ogossagou, dans le centre du Mali, le 23 mars 2019: l'attaque, menée par plus de 100 hommes, était «planifiée», «coordonnée» et pourrait relever du crime contre l'humanité. Joint par Sputnik, l'éditorialiste malien Adam Thiam a jugé ces conclusions «accablantes».

    «Au terme de l'enquête, la MINUSMA est en mesure de conclure que le samedi 23 mars 2019, aux alentours de 5 h 00 du matin (GMT), un groupe composé d'au moins une centaine d'hommes armés, identifiés comme des chasseurs traditionnels (dozos) et accompagnés par une dizaine d'hommes en tenue militaire et d'autres en tenue civile, a mené une attaque planifiée, organisée et coordonnée sur la partie peule du village d'Ogossagou.»

    Bamako is seen during a harmattan dust storm, in this February 19, 2014 file photo.
    © REUTERS / Joe Penney/Files
    Les «conclusions préliminaires» de la mission d'enquête de la Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) sur le massacre d'environ 160 Peuls dans le village malien d'Ogossagou, le 23 mars 2019, sont pour le moins sévères.
    Menée «du 25 au 29 mars», cette enquête précise que «les assaillants ont tué 157 membres de la communauté peule», précisant que ce bilan est fondé sur des «chiffres officiels donnés par les autorités judiciaires régionales (maliennes) le 28 mars».
    S'exprimant le 29 mars devant le Conseil de sécurité à New York, le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, avait évoqué «au moins 160 civils» tués à Ogossagou, un chiffre donc revu légèrement à la baisse par la MINUSMA dans son communiqué daté du 2 mai. De plus, selon la mission onusienne, 65 personnes ont été blessées dans l'attaque, «par balle, arme blanche ou d'autres moyens physiques».

    L'assaut contre ce village «s'inscrivait dans un contexte de nombreuses autres attaques similaires par des groupes de chasseurs traditionnels à l'encontre des populations peules. Ainsi, les atteintes aux droits de l'Homme documentées à Ogossagou, prises dans leur contexte, pourraient être qualifiées de crimes contre l'humanité, s'il est démontré que cette attaque s'inscrivait dans le contexte d'une attaque systématique ou généralisée contre la population civile», a indiqué la MINUSMA dans son communiqué.

    TRIAL International, une ONG qui «lutte contre l'impunité des crimes internationaux» et défend des victimes de crimes graves, précise que «les crimes contre l'humanité sont des infractions spécifiques commises dans le cadre d'une attaque de grande ampleur visant des civils, quelle que soit leur nationalité. Ils comprennent le meurtre, la torture, les violences sexuelles, l'esclavage, la persécution, les disparitions forcées», entre autres actes. Ils «sont souvent perpétrés dans le cadre de politiques d'État, mais ils peuvent aussi être le fait de groupes armés non étatiques ou de forces paramilitaires».

    S'il était «démontré» que le massacre d'Ogossagou «s'inscrivait dans le contexte d'une attaque systématique ou généralisée contre la population civile», ses auteurs pourraient être «jugés par un tribunal compétent, en vertu du droit international pénal, particulièrement l'article 7 du Statut de Rome», a relevé la MINUSMA. Le Statut de Rome est le traité qui a institué la Cour pénale internationale (CPI). Son article 7 traite des crimes contre l'humanité.

    Adam Thiam, auteur de plusieurs études sur les questions de conflit et de développement dans le nord et le centre du Mali, juge dans un entretien à Sputnik ces conclusions «accablantes». Il avait notamment mis en garde contre «les dangers d'une crise négligée» dans le centre du Mali dans une étude publiée en 2017 par le Centre pour le dialogue humanitaire, une organisation de diplomatie privée.

    Rappelons que le Mali est en proie depuis 2012 à une crise complexe, marquée des violences meurtrières. Le nord et le centre du pays sont particulièrement écumés par des groupes djihadistes, des milices d'autodéfense et des bandes de criminels divers, en dépit de la présence de forces maliennes et internationales déployées depuis 2013.

    Même s'il s'agit d'un rapport d'enquête préliminaire, «les conclusions sont accablantes. La MINUSMA estime que le massacre de Ogossagou, le 23 mars dernier, a été planifié. Le gouvernement du Mali avait aussi mis sur pied une commission d'enquête dont on attend les résultats, mais, en vérité, les mesures prises par l'État au lendemain du massacre, dont la dissolution de Dan Nan Ambassagou, [groupe armé, nldr] vers lequel tous les regards convergeaient déjà à l'époque, en disent long», a affirmé M. Thiam.

     

    Le 24 mars, le gouvernement malien a décrété, en conseil des ministres, la dissolution de l'association Dan Na Ambassagou, lui reprochant de s'être «écartée de ses objectifs initiaux, en dépit des mises en garde répétées des autorités administratives locales», mais sans fournir de détail. Il a aussi remplacé huit responsables de l'armée malienne, dont le chef d'État-major et son adjoint.

    Créée en 2016, Dan Na Ambassagou est devenue, d'après des spécialistes et la presse malienne, une milice d'autodéfense dogon, bien équipée et très active dans la région. Son nom n'a pas été cité dans le communiqué de la MINUSMA. Selon certains médias maliens et internationaux, des responsables de Dan Na Ambassagou ont nié l'implication de leur organisation dans le massacre et refusé sa dissolution.

    Adam Thiam a dit espérer que les conclusions des enquêtes, tant de la MINUSMA que de celle commanditée par Bamako, «reposeront sur des données très solides, qui permettront de régler durablement la question des milices qui sèment la terreur dans le centre du Mali, et également la question djihadiste, qui doit être traitée militairement là où le dialogue n'est pas possible».

    Mahamat Saleh Annadif, le représentant spécial du secrétaire général de l'Onu au Mali et chef de la MINUSMA, a appelé à traduire en justice les auteurs des «atrocités» commises à Ogossagou, qui ont provoqué émoi et consternation aussi bien dans le pays qu'à l'étranger.

    «L'émotion suscitée par cette horrible tragédie n'aura de sens que si la chaîne judiciaire se déclenche de façon prompte et efficace pour mettre fin à l'impunité. Le rétablissement de la paix et de la cohésion sociale au Mali est à ce prix», a-t-il estimé.

     

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    civils, dozos, Peuls, paramilitaires, crimes contre l'humanité, massacre, population, ONG Action contre la faim (ACF), MINUSMA, Cour pénale internationale (CPI), ONU, Mahamat Saleh Annadif, Dan Nan Ambassagou, Adam Thiam, Antonio Guterres, Ogossagou, Bamako, Mali
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