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    Des habitants centrafricains

    En Centrafrique, après le massacre de 26 civils, le 8e accord de paix est-il à l'agonie?

    © AFP 2019 Marco Longari
    Afrique
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    Anicet Simo
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    26 civils ont été tués mardi 21 mai par un groupe armé qui a attaqué deux villages du nord-ouest de la Centrafrique, a annoncé la mission locale de l'Onu. Ce massacre, le plus important commis dans le pays depuis février, vient mettre en péril le 8e accord de paix entre le gouvernement et 14 groupes armés.

    La République centrafricaine (RCA) n'en a pas fini avec les massacres communautaires. Alors que l'accord de paix signé en février entre les autorités de Bangui et 14 groupes armés, accumule les retards dans son application, 26 civils ont été tués le 21 mai dans l'ouest du pays, près de la frontière avec le Tchad.

    Une persistance de la violence communautaire que tente d'expliquer le Dr Richard Makon, politologue camerounais, dans un entretien accordé à Sputnik.

    «La montée des violences est due à diverses causes. Parmi les causes propres au contexte centrafricain, l'égoïsme des acteurs politiques nationaux, qui s'enrichissent pour bon nombre des retombées de l'économie de la guerre, me semble la plus importante.

    En effet, la restauration de la paix et de la sécurité intérieure va avoir pour conséquence directe le retour sous le contrôle du pouvoir légitime de tout le territoire national et donc des localités où sont exploités les gisements de mines d'or et de diamants qui alimentent, en termes de ressources financières, l'essentiel du budget de fonctionnement des groupes armés, à côté bien-entendu de la contrebande, de la grande criminalité, des pillages et des prises d'otages. En d'autres termes, seules les populations civiles, victimes ultimes de cette crise, ont intérêt au retour de la paix et de la sécurité, et accessoirement le pouvoir centrafricain jugé sur sa politique sur cette question et qui s'était engagé à faire du retour de la paix et de la sécurité sa priorité», tente d'expliquer le spécialiste du droit international.

    Le groupe 3R (Retour, réclamation, réconciliation), signataire de l'accord de paix, et qui prétend protéger les Peuls, est pointé dans le massacre du 21 mai. Son chef, Bi Sidi Souleymane (alias Sidiki), a pourtant été nommé le 25 mars «conseiller spécial militaire» auprès du Premier ministre en charge de la mise en place des unités mixtes associant membres des Forces armées centrafricaines (Faca) et groupes armés.

    Lors d'une conférence de presse conjointe mercredi 22 mai à Bangui, le gouvernement centrafricain et la mission des nations unies en Centrafrique (MINUSCA) ont exigé de M.Sikidi «l'arrestation des auteurs de ce massacre sous 72h, sous peine d'être tenu responsable de ces actes».

    «La MINUSCA condamne avec la dernière énergie les tueries intervenues aujourd'hui dans les villages de Koundjili et Djoumjoum, en RCA, avec plus 26 morts et de nombreux blessés. Les auteurs de tels crimes seront recherchés, arrêtés et traduits devant la justice», a écrit sur Twitter Mankeur Ndiaye, représentant local du secrétaire général de l'Onu.

    Cette sommation sera-t-elle efficace dans un pays encore contrôlé à 80% par des groupés armés qui agissent en toute impunité? Ce qui est certain, c'est que ce massacre attribué à un des groupes armés signataire de l'accord de paix Khartoum risque de le faire voler en éclats. Joint au téléphone par Sputnik, Kag Sanoussi, président de l'Institut international de gestion des conflits explique:

    «Il y a deux risques majeurs qui peuvent résulter de cette attaque du groupe armé 3R. Le premier à mon avis est un risque psychologique. Celui de laisser croire au peuple centrafricain que la sortie du purgatoire n'est pas pour aujourd'hui. Nous pensons effectivement qu'avec l'accord de paix négocié à Khartoum et signé à Bangui, que c'est un passage de l'enfer au paradis, un passage pendant lequel les choses peuvent aller timidement et avec difficulté. Le peuple peut donc penser après ce massacre que malgré l'accord de paix, les tueries peuvent continuer et ceci peut causer un autre traumatisme. Le deuxième risque est celui de la contagion. D'autres groupes armés pas tout à fait satisfaits des négociations de l'accord peuvent décider d'agir pareillement. Ce qui pourrait dégénérer», estime-t-il.

    Un tragique événement qui fait peser la menace d'une nouvelle vague de violences qui était pourtant plus ou moins retombée après la signature de l'accord de février. Pour sauver les meubles, le spécialiste en gestion et prévention des conflits recommande la fermeté.

    «Les autorités, avec l'appui de la Minusca, doivent être plus fermes et donner un signal clair à ce groupe en sanctionnant comme ils l'ont annoncé les rebelles impliqués dans ce massacre. Il faut éviter que ce type d'événements n'arrive, éviter que les dérapages s'enracinent, éviter l'impunité. Nous sommes néanmoins convaincus que ce triste événement ne marquera pas la fin de cet accord de paix. C'est un cheminement laborieux certes, un passage obligé pour la restauration de la paix dans le pays. Quelque soit les critiques des uns et des autres, cet accord que nous pensons équilibrer peut à moyen terme stabiliser le pays», conclut Kag Sanoussi.

    Cet accord de paix, soutenu par tous les partenaires de Bangui et préparé depuis 2017 par l'Union africaine, est le huitième signé depuis le début de la crise en 2013. Aucun des précédents accords n'a abouti à un retour à la stabilité, pas plus que la présence de la MINUSCA, déployée en 2014 et forte de 11.000 Casques bleus.

    Depuis 2013, la Centrafrique vit sous la coupe de groupes armés et de milices qui commettent d'innombrables violences et exactions.

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    Tags:
    violences, sécurité, prise d'otages, pillage, criminalité, agonie, paix, accords, Union africaine (UA), Casques bleus, ONU, MINUSCA, Mankeur Ndiaye, Khartoum, Cameroun, Tchad, Bangui, République centrafricaine
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