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    Une vue du quartier Cincuentas Viviendas, en périphérie d'Ebibeyin, Guinée équatoriale

    Fernandino Eloko, le promoteur du bio en Guinée équatoriale

    © Sputnik . Fabien Essiane
    Afrique
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    Fabien Essiane
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    Alors qu’en Occident, la tendance est à un retour vers l’agriculture traditionnelle, Fernandino Eloko, fondateur de la société et du label Biotop, utilise des méthodes modernes pour cultiver du bio. Sputnik, qui est allé à la rencontre de cet agriculteur équato-guinéen hors-norme sur ses terres, au nord du pays, vous livre son portrait.

    Ferdandino Eloko suit les traces de ses parents, agriculteurs et grands propriétaires terriens dans le nord de la Guinée équatoriale. Ils ont commencé à prospérer au lendemain de l’indépendance en 1968. Quoique l’agriculture n’ait jamais été le métier de ses rêves, il a fini par en faire son activité principale, après avoir vécu vingt ans en Espagne.

    «Mon rêve d’enfance était de devenir ingénieur en aéronautique, mais, pendant mes vacances, j’aidais mes parents dans leurs champs. Ils avaient de vastes champs, ici, à Ebibeyin. Les techniques culturales naturelles qu’ils y utilisaient, bien qu’archaïques, m’ont permis de comprendre le monde agricole et l’importance de cultiver des produits de qualité», raconte au micro de Sputnik l’agriculteur Fernandino Eloko.

    Depuis six ans qu’il a pignon sur rue dans la ville d’Ebibeyin, où il s’est établi à Cincuentas Viviendas, un quartier à la périphérie de cette bourgade agricole située à 240 kilomètres de Bata, la deuxième plus grande ville du pays, cet entrepreneur à la quarantaine sonnée a réussi à concrétiser un projet qui l’a longtemps fasciné: créer une entreprise de production et de transformation de produits biologiques tropicaux.

    Pour y parvenir, il a introduit dans son pays les méthodes utilisées par des agriculteurs espagnols spécialisés dans le bio. L’Espagne, plus avancée dans le domaine, lui apporte un appui considérable. Au fil du temps, l’Équato-Guinéen a su faire évoluer son projet et aujourd’hui, les résultats parlent d’eux-mêmes.

    Fernandino Eloko veut faire connaître «le goût exquis des fruits» bio de son pays. © Sputnik, Fabien Essiane
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    Fernandino Eloko veut faire connaître «le goût exquis des fruits» bio de son pays.

    Il est propriétaire de quatre hectares de plantations de fruits, sur lesquelles travaillent plus de 40 personnes. Partenaire privilégié des grandes surfaces locales et des pays voisins, son label dénommé Biotop est classé parmi les plus respectés du pays. L’agriculteur phare d’Ebibeyin est désormais une référence dans le monde de la production des fruits en Guinée équatoriale.

    Il propose à ses quelque 10.000 clients de Guinée équatoriale et des pays voisins, des produits aussi variés que des pommes, des ananas, des oranges, des mangues, des bananes, des choux, des avocats, etc. Une production obtenue sans aucun pesticide. Il emploie déjà à lui seul plus d’une trentaine de jeunes ingénieurs locaux, qu’il recrute et dont il assure la formation sous forme de bourse.

    «C’est une belle initiative, car elle permet de limiter l’exode rural, le chômage et d’impacter positivement l’économie locale. Je crois que c’est même l’objectif visé par Fernandino», explique Eduardo Ecomo, un ingénieur agricole équato-guinéen interrogé par Sputnik.

    Fernandino Eloko veut accroître sa production bio par l’acquisition de nouvelles terres, la plantation de milliers de pieds d’arbres fruitiers, l’approvisionnement de petits agriculteurs. Un grand site de 10 hectares lui appartenant a déjà été mis en culture à Nsok, localité située à 45 kilomètres d’Ebibeyin, chef-lieu de la province du Kye-Ntem, au nord de la Guinée équatoriale.

    L’agriculture: une activité prometteuse en Guinée équatoriale

    L’usine de Fernandino Eloko produit déjà non seulement de la pulpe de fruits surgelée, destinée à de grands hôtels locaux, mais aussi des fruits frais et séchés, comme les ananas, les bananes et les mangues, pour le marché équato-guinéen et celui des pays voisins comme le Cameroun et le Gabon.

    «Vous pouvez retrouver mes produits jusqu’à l’île Annobon, au sud du pays. Parce que là-bas, les populations sont un peu enclavées», se vante-t-il.

    Son label Biotop, présent sur la province du Kye-Ntem (nord), Nsork (nord-est), Bata (littoral), Annobon (sud), représente 100 millions de FCFA (152.600 euros) de capital et d’actifs. À cela s’ajoutent 50 hectares de plantations concentrées dans la partie continentale de la Guinée équatoriale. Une armada de tracteurs et de pick-up assure le transport.

    Selon des experts qui ont visité ses champs d’Ebebeyin, de Nsok et de Bata, les techniques de production du patron de Biotop, grâce à des contrôles rigoureux, ne présentent aucun danger ni pour l’environnement ni pour la santé de ceux qui les consomment.

    «Fernandino Eloko ne cache pas son plaisir d’expliquer les bienfaits de ses produits à ses visiteurs. Il aime bien leur rappeler le caractère bio de ceux-ci», témoigne Filiberto Asekou, l’un de ses employés, interviewé par Sputnik.

    Avec la crise économique provoquée par la chute du coût du baril du pétrole, qui a entraîné une baisse du pouvoir d’achat en Guinée équatoriale, l’homme d’affaires a vu ses activités diminuer considérablement. C’est l’une des raisons pour lesquelles il explore de nouvelles cultures.

    «Auparavant, nous fournissions aux entreprises de BTP, mais beaucoup ont fermé ou ont licencié. Les entreprises traversent depuis 2017 une période très difficile, ici en Guinée équatoriale», regrette-t-il.

    Ce ralentissement l’oblige aussi à explorer des marchés tel celui de la Communauté des Pays de Langue portugaise (CPLP), qui compte une cinquantaine de membres. Il avait fait un premier essai en présentant quelques-uns de ses produits lors du Forum économique global de la CPLP de 2016 à Dili, au Timor oriental.

    L’État pour une relance des activités de Biotop

    Depuis que l’État a entrepris de valoriser l’activité agricole, Biotop a fait des émules en Guinée équatoriale. L’Institut national pour la promotion agricole et l’élevage (INPAGE) encourage la production locale, qui permet de mieux approvisionner les marchés urbains. Les nouvelles techniques introduites par ce travailleur acharné ont notamment convaincu la Banque Nationale de Guinée équatoriale (BANGE) de soutenir l’entreprise Biotop à travers un appui financier de près de 40 millions de FCFA (61.000 euros environ) en 2017.

    Employés de Biotop dans un champ de choux appartenant à Fernandino Eloko à Ebibeyin. L’agriculteur produit aussi des légumes. © Sputnik, Fabien Essiane
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    Employés de Biotop dans un champ de choux appartenant à Fernandino Eloko à Ebibeyin. L’agriculteur produit aussi des légumes.

    «Je crois au fonctionnement coopératif et pour cela je veux apporter ma pierre à l’édifice. On peut faire beaucoup de choses en se regroupant. C’est l’avenir pour moi. Je vais le transmettre aux jeunes, un jour ou l’autre. C’est comme cela que fonctionne l’économie. Mais quand on est soi-même convaincu d’avoir une bonne idée, il faut essayer de convaincre», renchérit Fernandino Eloko au micro de Sputnik.

    Mais en dépit de toutes les initiatives visant à rendre la Guinée équatoriale autosuffisante à court terme, le pays continue toujours d’importer des denrées agricoles du Cameroun voisin, une situation qui demande plus d’efforts de la part des Équato– Guinéens.

    «L’agriculture est un secteur qui est presque inexploité en Guinée équatoriale. Nous allons apporter notre expertise auprès de jeunes équato-guinéens qui souhaiteraient s’exercer dans ce secteur. Pour cela nous avons déjà recruté des formateurs aguerris» affirme au micro de Sputnik, Gregorio Boho Camo, Président de la chambre de commerce et d’industrie de Guinée équatoriale.

    Considérée comme moyen de lutte contre la pauvreté, l’agriculture est un secteur vital de l’économie africaine. La promotion du bio, en raison de la forte demande et d’une offre insuffisante de ce type de produits dans les pays développés, pourrait représenter une source de devises grâce aux exportations, d’où la nécessité de développer des méthodes d’évaluation dépassant le seul critère de la production.

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